{"id":2415,"date":"2023-06-05T17:15:43","date_gmt":"2023-06-05T15:15:43","guid":{"rendered":"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/?p=2415"},"modified":"2023-06-05T17:17:30","modified_gmt":"2023-06-05T15:17:30","slug":"triduum-pascal-2023","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/2023\/06\/05\/triduum-pascal-2023\/","title":{"rendered":"Triduum pascal 2023"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Vivre l\u2019esp\u00e9rance<\/em><\/h2>\n\n\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Le propos sur l\u2019esp\u00e9rance a \u00e9t\u00e9 dominant dans la th\u00e9ologie du XXe si\u00e8cle. Il prend aujourd\u2019hui une dimension plus modeste. Il faut donc une certaine audace pour proposer de prendre ce terme pour sujet de notre m\u00e9ditation qui introduit \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration du Myst\u00e8re pascal. Et pourtant&#8230; Quoi de plus n\u00e9cessaire qu\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019esp\u00e9rance quand s\u2019effacent les utopies fond\u00e9es sur la notion de Progr\u00e8s ? Quoi de plus n\u00e9cessaire en ce temps o\u00f9 la situation du monde est porteuse de craintes. Il y a la guerre. Elle est aux portes de notre vieille Europe. Mais elle est potentiellement pr\u00e9sente dans notre territoire comme l\u2019atteste l\u2019implantation des armes atomiques dites \u00ab tactiques \u00bb, celles dont on use dans une guerre de terrain \u00e0 conqu\u00e9rir. Elle est partout ou presque en Afrique o\u00f9 les islamistes avancent au-del\u00e0 du Sahel et d\u00e9truisent tout ce qui n\u2019entre pas dans leur religion fanatique. Elle est au Moyen Orient dans les pays de grande culture o\u00f9 sont n\u00e9s les grands mythes dont nous sommes les h\u00e9ritiers. Elle est aussi dans la domination et les dictatures et cela souvent avec une dimension religieuse comme aux Indes et jusqu\u2019aux Philippines. Elle est dans nos tensions sociales et soci\u00e9tales avec l\u2019immigration&#8230; Bref, notre foi se heurte au r\u00e9el et nous en souffrons dans la lucidit\u00e9 et la conscience de notre faiblesse pour y faire face. Parler de l\u2019esp\u00e9rance c\u2019est se tenir dans la vive conscience de notre fragilit\u00e9 face \u00e0 la puissance du mal \u00e0 l\u2019\u0153uvre \u2013 quand ce n\u2019est pas le mal actif, c\u2019est l\u2019inertie et la pesanteur face \u00e0 nos forces d\u00e9risoires. C\u2019est dans ce contraste que notre r\u00e9flexion sur l\u2019esp\u00e9rance doit s\u2019inscrire.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tape sera un enracinement dans la source du monoth\u00e9isme avec la figure fondatrice d\u2019Abraham. La deuxi\u00e8me \u00e9tape sera une consid\u00e9ration de la th\u00e9ologie moderne (i.e. XXe si\u00e8cle) dans le souci de la responsabilit\u00e9 sociale et collective. La troisi\u00e8me sera une consid\u00e9ration de l\u2019esp\u00e9rance comme la mani\u00e8re d\u2019avancer sur le chemin de la nouvelle cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Une remarque pr\u00e9liminaire s\u2019impose. La Bible emploie les deux termes \u00ab foi \u00bb et \u00ab esp\u00e9rance \u00bb ou \u00ab croire \u00bb et \u00ab esp\u00e9rer \u00bb. Surprise : les mots esp\u00e9rer ou esp\u00e9rance ne soient pas pr\u00e9sents dans les \u00e9vangiles ! Par contre, ils sont pr\u00e9sents chez saint Paul \u2013 qui a le souci d\u2019\u00e9noncer plus largement les exigences de la vie chr\u00e9tienne puisqu\u2019il s\u2019adresse \u00e0 des Grecs \u2013 donc \u00e0 des personnes qui n\u2019ont pas. Cela signifie que le verbe \u00ab croire \u00bb exprime plus que ce l\u2019on pense aujourd\u2019hui. Ce vocabulaire est li\u00e9 au cat\u00e9chisme traditionnel qui mentionne trois \u00ab vertus \u00bb qui se rapportent \u00e0 Dieu : la foi, l\u2019esp\u00e9rance et la charit\u00e9. Aujourd\u2019hui le terme de \u00ab foi \u00bb renvoie \u00e0 ce qui rel\u00e8ve de la connaissance (croyance ou science) de ce qui est donn\u00e9 \u00e0 voir et \u00e0 comprendre ; le terme \u00ab esp\u00e9rance \u00bb renvoie \u00e0 ce qui n\u2019est pas pr\u00e9sent ou actuel ; tandis que le terme charit\u00e9 renvoie \u00e0 l\u2019amour et \u00e0 l\u2019action. Cette division est le fruit d\u2019une \u00e9laboration th\u00e9ologique ult\u00e9rieure \u00e0 la r\u00e9daction des textes qui constituent le Nouveau Testament. Une des cons\u00e9quences est que le propos sur l\u2019esp\u00e9rance ne s\u2019appuie pas seulement sur les textes o\u00f9 figure le mot ou le verbe esp\u00e9rer&#8230; Il faut tenir compte de cette souplesse<\/p>\n<p>1<\/p>\n<p>dans l\u2019usage du terme en respectant ce qui rel\u00e8ve de l\u2019emploi actuel du mot \u00ab esp\u00e9rer \u00bb qui est un regard vers le futur. Le mot fran\u00e7ais vient du verbe latin : <em>sperare <\/em>qui signifie \u00ab consid\u00e9rer quelque chose comme devant se r\u00e9aliser \u00bb. Le mot \u00ab <em>spes <\/em>\u00bb signifie \u00ab attente d\u2019un \u00e9v\u00e9nement heureux \u00bb. En fran\u00e7ais il garde ce sens : \u00ab attendre \u00bb ou \u00ab s\u2019attendre \u00e0 \u00bb ; il signifie aussi \u00ab avoir confiance en \u00bb. Comme dans l\u2019expression m\u00e9ridionale o\u00f9 on se r\u00e9jouit en disant \u00ab j\u2019esp\u00e8re !\u00bb face \u00e0 une attente.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab esp\u00e9rance \u00bb d\u00e9signe le sentiment qui fait voir comme r\u00e9alisable ce que l\u2019on d\u00e9sire \u00bb. Le mot est entr\u00e9 en th\u00e9ologie pour d\u00e9signer une des trois \u00ab vertus th\u00e9ologales \u00bb et l\u2019expression \u00ab acte d\u2019esp\u00e9rance \u00bb pour d\u00e9signer une pri\u00e8re jadis apprise au cat\u00e9chisme. Le mot d\u00e9signe aussi ce qui est l\u2019objet de l\u2019esp\u00e9rance dans le cours de la vie\u00ab avoir des esp\u00e9rances \u00bb c\u2019est attendre un enfant ou encore un versement d\u2019argent par h\u00e9ritage. Le mot est entr\u00e9 en math\u00e9matique comme terme de statistique \u00ab esp\u00e9rance math\u00e9matique \u00bb ou en sociologie dans l\u2019expression \u00ab esp\u00e9rance de vie \u00bb. Le mot \u00ab espoir \u00bb d\u00e9signe le sentiment qui accompagne l\u2019esp\u00e9rance o\u00f9 l\u2019occasion qui porte \u00e0 esp\u00e9rer.<\/p>\n<p>Le langage commun trace une route qu\u2019il faut suivre dans la perspective de la c\u00e9l\u00e9bration du myst\u00e8re pascal. Nous c\u00e9l\u00e9brons donc la mort et la r\u00e9surrection de J\u00e9sus et donc la r\u00e9alisation du salut qui est pour nous \u00ab objet d\u2019esp\u00e9rance \u00bb.<\/p>\n<p>La foi ne saisit pas un objet de mani\u00e8re totale, puisqu\u2019il est plus grand que ce qui est pens\u00e9, d\u00e9sir\u00e9 ou imagin\u00e9. Mais cet \u00ab objet \u00bb est un appel \u00e0 vivre une relation cr\u00e9atrice. L\u2019esp\u00e9rance est un aspect de cette d\u00e9marche.<\/p>\n<p>2<\/p>\n<p><strong>1. L\u2019alliance et l\u2019\u00e9lection : Abraham Le temps de la promesse <\/strong><\/p>\n<p>Pourquoi parler d\u2019Abraham ? Parce qu\u2019il nous ressemble. Il n\u2019est ni roi, ni proph\u00e8te, ni mage ; c\u2019est un homme dont on peut dire qu\u2019il est \u00ab comme tout le monde \u00bb, en ce sens que son destin est celui d\u2019un homme face \u00e0 des probl\u00e8mes universels : la r\u00e9sidence et la descendance. Il nous est fraternel, en ce sens qu\u2019il est comme tous ceux qui cherchent un lieu de vivre et vivent dans la pr\u00e9carit\u00e9. Il repr\u00e9sente aussi ceux qui consid\u00e8re que leur vie est vaine, car l\u2019absence d\u2019un enfant ne se compense pas bien \u2013 fut-ce par le service d\u2019une \u00ab m\u00e8re- porteuse \u00bb (en l\u2019occurrence l\u2019esclave au service de sa femme !). Il est pour cette raison une figure universelle qui n\u2019est pas dans les palais, mais dans la pr\u00e9carit\u00e9, voire la mis\u00e8re o\u00f9 l\u2019on est contraint \u00e0 la survie. Prendre comme figure liminaire Abraham c\u2019est ne pas d\u00e9laisser le r\u00e9el et le prendre dans tous ses aspects : la beaut\u00e9, mais aussi la faute et la cruaut\u00e9. Ce n\u2019est pas sans rapport avec l\u2019esp\u00e9rance, car l\u2019esp\u00e9rance est v\u00e9cue par une personne qui lutte contre le mal. Elle ne consent pas \u00e0 la pr\u00e9sence du mal. Elle le combat sans s\u2019en faire complice. Elle engage le combat, m\u00eame s\u2019elle sait ne pas \u00eatre s\u00fbre de l\u2019emporter. Cette attitude est fond\u00e9e sur une lecture des \u00e9vangiles et des figures de la tradition catholique de son enfance. Notre r\u00e9flexion doit \u00eatre plus soucieuse des sources et de l\u2019origine de cette esp\u00e9rance. Pour cela nous devons ouvrir les \u00c9critures en commen\u00e7ant par le commencement. Nous commencerons donc en ouvrant le livre de la Gen\u00e8se. Le r\u00e9cit inaugural rapporte la cr\u00e9ation de l\u2019humanit\u00e9 et lui donne un projet : \u00eatre \u00e0 l\u2019image et \u00e0 la ressemblance de Dieu. On entend la phrase dans un sens dynamique : l\u2019image est donn\u00e9e et la ressemblance est \u00e0 construire ; c\u2019est une t\u00e2che qui demande du temps et de l\u2019application. Il y a un mouvement. Tout n\u2019est pas donn\u00e9 d\u2019avance. Il faut faire le chemin par soi-m\u00eame avec le d\u00e9sir d\u2019accomplir le projet de vie.<\/p>\n<p><strong><em>1. Abraham et Sara <\/em><\/strong><\/p>\n<p>La figure d\u2019Abraham telle qu\u2019elle est expos\u00e9e dans la Gen\u00e8se est plus qu\u2019exemplaire, elle est fondatrice. Dans les commentaires, on parle \u00e9quivalemment de la foi ou de l\u2019esp\u00e9rance. Les deux termes ne sont pas strictement distingu\u00e9s. Ils sont rassembl\u00e9s dans un m\u00eame dynamisme. Nous consid\u00e8rerons ce qui est li\u00e9 \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance : le souci de l\u2019avenir et pour cela,<\/p>\n<p>1 nous devons consid\u00e9rer les personnes d\u2019Abraham et de Sara .<\/p>\n<p><strong>1.1. Prendre la route : une rupture fondatrice <\/strong><\/p>\n<p>Le premier acte propos\u00e9 est celui o\u00f9 Dieu demande \u00e0 celui qui s\u2019appelle encore Abram de prendre la route pour un pays qui n\u2019est pas le sien. Nous lisons2 :<\/p>\n<p>1 Nous reprenons les analyses de Marie BALMARY, <em>Le Sacrifice interdit. Freud et la Bible<\/em>, Paris, Grasset, 1986. 2 Le texte de la Bible est celui de la traduction de la Bible de J\u00e9rusalem.<\/p>\n<p>3<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2425\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image.png\" \/><\/p>\n<p>Cet appel fait d\u2019Abraham un \u00ab apatride \u00bb ; il ne sera jamais possesseur d\u2019un royaume. L\u2019explication du fait qu\u2019il est \u00ab semi-nomade \u00bb reste g\u00e9n\u00e9rale. Elle ne prend pas en compte ce qu\u2019Abraham a v\u00e9cu. La figure de l\u2019errance d\u2019Abraham est une figure de l\u2019esp\u00e9rance. L\u2019esp\u00e9rance est d\u00e9sir. Elle n\u2019est pas possession d\u2019un bien, mais qu\u00eate de ce qui doit \u00eatre donn\u00e9 \u2013 parce que promis par Dieu. On peut lire cette aventure comme une lib\u00e9ration de l\u2019idol\u00e2trie qui est perversion. S\u2019il s\u2019agit d\u2019une lib\u00e9ration, cela n\u2019efface pas ce qu\u2019implique ce geste : un arrachement. Il faut en effet aller plus loin, vers quelque chose qui est toujours cach\u00e9 sous le voile de l\u2019incertain. On parle alors d\u2019esp\u00e9rance \u2013 ici d\u00e9finie comme \u00e9nergie pour avancer dans l\u2019inconnu spatial et l\u2019incertain temporel.<\/p>\n<p>Cette situation est explicit\u00e9e par la mani\u00e8re de d\u00e9signer ce que la Tradition appelle \u00ab la Terre promise \u00bb. Celle-ci n\u2019est pas nomm\u00e9e par un nom g\u00e9ographique ; mais toujours avec la marque de l\u2019inconnu : \u00ab Le pays que je te montrerai \u00bb. L\u2019initiative est dans l\u2019action de Dieu et dans sa libert\u00e9 ; le pays n\u2019a pas de nom. Aujourd\u2019hui, pour nos atlas g\u00e9ographiques3 il y a un nom, mais pour Abraham, seule existe l\u2019initiative de Dieu. C\u2019est Dieu qui lui montrera le pays qui n\u2019existe dans sa pens\u00e9e ou vision des actes pos\u00e9s que comme promis.<\/p>\n<p>Il y a aussi un rapport entre \u00ab je \u00bb et \u00ab tu \u00bb (\u00ab <strong><em>je te <\/em><\/strong><em>montrerai <\/em>\u00bb) : Abraham n\u2019est pas un explorateur ; il n\u2019est pas un conqu\u00e9rant ; il ne sera pas un roi qui g\u00e8rera des provinces conquises. Il est en relation avec son Dieu.<\/p>\n<p>De fait, nous savons qu\u2019Abraham ne deviendra pas vraiment un habitant de ce que l\u2019on appelle dans le cat\u00e9chisme \u00ab la terre promise \u00bb, car il a toujours \u00e9t\u00e9 un errant dans cette r\u00e9gion. Plus ! Il y sera humili\u00e9. La plus humiliante est d\u2019avoir surv\u00e9cu en Egypte et en Canaan gr\u00e2ce la prostitution de sa femme qu\u2019il pr\u00e9sente comme sa s\u0153ur \u2013 le demi-mensonge est une condition de survie \u2013 comme on le voit avec l\u2019immigration aujourd\u2019hui o\u00f9 l\u2019imm\u00e9diat avenir des femmes qui arrivent en pays riche est souvent la prostitution. Abraham n\u2019aura pas de propri\u00e9t\u00e9, sinon celle qu\u2019il ach\u00e8te pour sa s\u00e9pulture \u00e0 H\u00e9bron. Cet \u00ab enracinement \u00bb ultime montre par contraste que l\u2019essentiel de la vie d\u2019Abraham transcende les consid\u00e9rations sociologiques sur le semi-nomadisme que d\u00e9veloppent les historiens. S\u2019il est juste de dire avec les sociologues et les g\u00e9ographes que le temps des patriarches est celui d\u2019un nomadisme devenant semi-nomadisme selon les conditions de vie du temps, cela ne suffit pas. Il y a plus profond\u00e9ment une qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 inscrite dans un projet o\u00f9 Dieu est impliqu\u00e9 ! Ainsi, au lecteur de la Bible, est donn\u00e9e en Abraham et Sara une figure qui a valeur exemplaire pour vivre le pr\u00e9sent dans un regard tourn\u00e9 vers l\u2019avenir. C\u2019est ce que saint Paul appelle<\/p>\n<p>4<\/p>\n<p>Chapitre 12 : \u00ab <em>1 Yahv\u00e9 dit \u00e0 Abram : Quitte ton pays, ta parent\u00e9 et la maison de ton p\u00e8re, pour <\/em><strong><em>le pays que je t&rsquo;indiquerai<\/em><\/strong><em>. 2 Je ferai de toi un grand peuple, je te b\u00e9nirai, je <\/em>magnifierai ton nom ; sois une b\u00e9n\u00e9diction ! <em>3 Je b\u00e9nirai ceux qui te b\u00e9niront, je r\u00e9prouverai ceux qui te maudiront. Par toi se b\u00e9niront tous les clans de la terre. 4 Abram partit, comme lui avait dit Yahv\u00e9, et Lot partit avec lui. Abram avait soixante-quinze ans lorsqu&rsquo;il quitta Har\u00e2n. 5 Abram prit sa femme Sara\u00ef, son neveu Lot, tout l&rsquo;avoir qu&rsquo;ils avaient amass\u00e9 et le <\/em>personnel qu&rsquo;ils avaient acquis \u00e0 Har\u00e2n ; ils se mirent en route pour le pays de Canaan et ils <em>y arriv\u00e8rent. \u00bb <\/em><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" width=\"33\" height=\"1\" class=\"wp-image-2426\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-1.png\" \/> <img decoding=\"async\" width=\"33\" height=\"1\" class=\"wp-image-2427\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-2.png\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"33\" height=\"1\" class=\"wp-image-2428\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-3.png\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2429\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-4.png\" \/><\/p>\n<p>3 Et aussi pour les sionistes et fondamentalistes&#8230;<\/p>\n<p>l\u2019esp\u00e9rance : \u00ab <em>Notre salut est objet d\u2019esp\u00e9rance <\/em>; et voir ce qu<em>\u2019on esp\u00e8re, ce n\u2019est plus l\u2019esp\u00e9rer : ce qu\u2019on voit comment pourrait-on l\u2019esp\u00e9rer encore ? <\/em>\u00bb (Rm 8,25)<\/p>\n<p>Le fait de ne pas avoir de terre en possession stable est v\u00e9cu comme une ouverture vers quelque chose de meilleur dont le statut est d\u2019\u00eatre \u00ab chose promise \u00bb. Ce point est essentiel pour situer l\u2019esp\u00e9rance par rapport \u00e0 d\u2019autres religions : la d\u00e9marche de la foi n\u2019est pas prise dans la vision cyclique des religions (selon le retour des saisons, des ann\u00e9es et des \u00e2ges) mais dans une ligne tendue vers un avant.<\/p>\n<p>S\u2019il y a l\u2019espace (la terre, le b\u00e9tail et les conditions de vie&#8230;), il y a plus intime : la descendance. En effet, la victoire sur la mort est li\u00e9e \u00e0 la descendance. Mais l\u00e0 encore, l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 n\u2019est pas suffisante. Le d\u00e9sir n\u2019est pas rassasi\u00e9. Il demande une transformation dans la relation entre l\u2019homme et la femme non seulement au plan de la structure sociale que de l\u2019investissement personnel.<\/p>\n<p><strong>1.2. Une descendance <\/strong><\/p>\n<p>Le rapport d\u2019Abraham et Sara \u00e0 leur descendance est celui de tous les vivants. Elle est v\u00e9cue par Abraham et Sara sous le signe du d\u00e9sir, mais aussi l\u2019attente qui se fait souffrance. Elle est v\u00e9cue par le couple qui comble la frustration par la mainmise sur autrui : le statut de la servante pour Sara et les domestiques sans le statut d\u2019\u00e9pouse. Ce qui m\u00e8ne \u00e0 la guerre. En effet, dans la suite du r\u00e9cit biblique une part importante des ennemis d\u2019Isra\u00ebl sera constitu\u00e9e des peuples fruits de cette parent\u00e9 de second rang \u2013 celle qui n\u2019est pas advenue selon les exigences de la promesse.<\/p>\n<p>5<\/p>\n<p>Chapitre 15 : <em>1 Apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements, la parole de Yahv\u00e9 fut adress\u00e9e \u00e0 Abram, dans une vision : Ne crains pas, Abram ! Je suis ton bouclier, ta r\u00e9compense sera tr\u00e8s grande. 2 Abram r\u00e9pondit : Mon Seigneur Yahv\u00e9, que me donnerais-tu ? Je m&rsquo;en vais sans enfant&#8230; 3 Abram dit : Voici que tu ne m&rsquo;as pas donn\u00e9 de descendance et qu&rsquo;un des gens de ma maison h\u00e9ritera de moi. 4 Alors cette parole de Yahv\u00e9 lui fut adress\u00e9e : Celui-l\u00e0 ne sera pas ton h\u00e9ritier, mais bien quelqu&rsquo;un issu de ton sang. 5 Il le conduisit dehors et dit : L\u00e8ve les yeux au ciel et d\u00e9nombre les \u00e9toiles si tu peux les d\u00e9nombrer et il lui dit : Telle sera ta post\u00e9rit\u00e9. 6 Abram crut en Yahv\u00e9, qui le lui compta comme justice. <\/em><\/p>\n<p>L\u2019exigence de f\u00e9condit\u00e9 dans le cadre de l\u2019alliance ne rel\u00e8ve pas seulement de la confiance en Dieu, ni de l\u2019exercice de la toute-puissance : elle demande une transformation de la vie personnelle. Cela est signifi\u00e9 dans le r\u00e9cit de la Gen\u00e8se par le changement de nom. Il ne s\u2019agit pas des papiers pour passer \u00e0 la douane quand la fronti\u00e8re est ferm\u00e9e, mais d\u2019un renouvellement int\u00e9rieur. Le changement est pluriel.<\/p>\n<p>Dans le r\u00e9cit, ce changement a plusieurs dimensions. D\u2019abord, la circoncision \u2013 un rite qui rel\u00e8ve d\u2019une symbolique fort complexe, on y voit une affirmation symbolique de la virilit\u00e9. Mais cette modification n\u2019est rien si elle n\u2019est pas accompagn\u00e9e d\u2019un changement personnel. Il est signifi\u00e9 par le changement des noms ce qui touche au profond de l\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p>6<\/p>\n<p><em>CHAPITRE 17 :1 Lorsqu&rsquo;Abram eut atteint quatre-vingt-dix-neuf ans, Yahv\u00e9 lui apparut et lui dit : Je suis El Shadda\u00ef, marche en ma pr\u00e9sence et sois parfait. 2 J&rsquo;institue mon alliance entre moi et toi, et je t&rsquo;accro\u00eetrai extr\u00eamement.3 Et Abram tomba la face contre terre. Dieu lui parla ainsi :4 Moi, voici mon alliance avec toi : tu deviendras p\u00e8re d&rsquo;une multitude de nations. 5 Et l&rsquo;on ne t&rsquo;appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te fais p\u00e8re d&rsquo;une multitude de nations.6 Je te rendrai extr\u00eamement f\u00e9cond, de toi je ferai des nations, et des rois sortiront de toi. 7 J&rsquo;\u00e9tablirai mon alliance entre moi et toi, et ta race apr\u00e8s toi, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, une alliance perp\u00e9tuelle, pour \u00eatre ton Dieu et celui de ta race apr\u00e8s toi. <\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"112\" height=\"1\" class=\"wp-image-2430\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-5.png\" \/><\/p>\n<p>Abram signifie \u00ab p\u00e8re \u00e9lev\u00e9 \u00bb, Abraham signifie \u00ab p\u00e8re d\u2019une multitude \u00bb. Le passage de \u00ab p\u00e8re \u00e9lev\u00e9 \u00bb \u00e0 \u00ab p\u00e8re d\u2019une multitude \u00bb n\u2019est pas sans exprimer un renversement dans le d\u00e9sir et le projet de vie. La premi\u00e8re nomination d\u00e9signe un homme sup\u00e9rieur aux autres ; il est au-dessus ; il vient d\u2019ailleurs ; il ne partage pas la condition humaine commune aux \u00ab terriens \u00bb (<em>Adam<\/em>). Il devient \u00ab p\u00e8re d\u2019une multitude \u00bb c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est ouvert sur le passage des g\u00e9n\u00e9rations et qu\u2019il vit dans la logique d\u2019une descendance, et plus, car il s\u2019agit d\u2019un lignage. Il n\u2019est pas un \u00eatre \u00ab au-dessus \u00bb ou mis \u00ab \u00e0 part \u00bb ; il est dans la paternit\u00e9, ouverte sur le passage des g\u00e9n\u00e9rations. Abraham est le premier \u00e0 inscrire son nom dans la g\u00e9n\u00e9alogie qui sera celle du Messie.<\/p>\n<p>Le changement de nom vaut pour Abraham. Il a aussi lieu pour Sara. Nous lisons : <em>15 Dieu dit \u00e0 Abraham : Ta femme Sara\u00ef, tu ne l&rsquo;appelleras plus Sara\u00ef, mais son nom est Sara. <\/em>16 Je la b\u00e9nirai et m\u00eame je te donnerai d&rsquo;elle un fils ; je la b\u00e9nirai, elle deviendra des <em>nations, et des rois de peuples viendront d&rsquo;elle. <\/em>Quel est le changement ? Le \u00ab <em>\u00ef <\/em>\u00bb est le signe d\u2019une appartenance : \u00ab <em>sara\u00ef <\/em>\u00bb se traduit en fran\u00e7ais par \u00ab ma princesse \u00bb. La suppression du possessif (<em>\u00ef<\/em>) fait que \u00ab <em>sara <\/em>\u00bb se traduit par \u00ab princesse \u00bb ou \u00ab la princesse \u00bb. Le changement de nom, signifie un changement dans la relation \u00e0 la vie : Sara n\u2019est pas poss\u00e9d\u00e9e par un homme (fut-ce un homme \u00e9minent, \u00ab tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 \u00bb) ; elle est une femme qui a une vie \u00e0 vivre pour elle-m\u00eame dans une relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 avec un homme.<\/p>\n<p>Tant pour Abraham que pour Sarah, le changement de nom est d\u2019une certaine mani\u00e8re plus radical que le changement de lieu. En effet, le nom que l\u2019on porte est le moyen par lequel un \u00eatre humain entre en relation avec autrui. D\u2019aborde le nom est re\u00e7u. Un humain re\u00e7oit un nom ; ce nom sert \u00e0 \u00eatre appel\u00e9. Cet appel demande \u00e0 \u00eatre re\u00e7u et int\u00e9rioris\u00e9. Il est alors ce qui est entendu en soi, ce qui parle dans son \u00eatre. Or cet appel fixe un destin. Pas seulement une d\u00e9termination dans les registres de l\u2019\u00c9tat-civil, mais ce qui demeure au cours d\u2019une vie qui change et qui porte le sceau d\u2019un destin. Le changement de nom est analogue \u00e0 une gu\u00e9rison. C\u2019est une lib\u00e9ration par rapport \u00e0 un destin de contrainte et d\u2019aveuglement. Le changement de nom d\u2019Abraham et de Sara est donc le point de d\u00e9part pour une marche sur un chemin qui s\u2019ouvre et qui conduit \u00e0 la vie. C\u2019est ce que l\u2019on peut appeler ouverture sur une esp\u00e9rance.<\/p>\n<p><strong>1.3. Un don gratuit <\/strong><\/p>\n<p>La visite des trois h\u00f4tes d\u2019Abraham \u00e0 Mambr\u00e9 est bien connu gr\u00e2ce aux ic\u00f4nes &#8211; tout particuli\u00e8rement l\u2019ic\u00f4ne de Roublev au Mus\u00e9e de Saint-P\u00e9tersbourg o\u00f9 certains voient une figure trinitaire. Cette lecture est due au fait qu\u2019aux versets 2 et 3 o\u00f9 il y a un jeu myst\u00e9rieux du singulier et du pluriel. Cela ne doit pas d\u00e9tourner du sens premier du texte qui est l\u2019hospitalit\u00e9 et, par cette situation, une r\u00e9v\u00e9lation de la mani\u00e8re dont Dieu agit dans l\u2019histoire.<\/p>\n<p>7<\/p>\n<p>CHAPITRE 18 1 <em>Yahv\u00e9 apparut \u00e0 Abraham au Ch\u00eane de Mambr\u00e9, tandis qu&rsquo;il \u00e9tait assis \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la tente, au plus chaud du jour. 2 Ayant lev\u00e9 les yeux, voil\u00e0 qu&rsquo;il vit trois <\/em>hommes qui se tenaient debout pr\u00e8s de lui ; d\u00e8s qu&rsquo;il les vit, il courut de l&rsquo;entr\u00e9e de la Tente \u00e0 <em>leur rencontre et se prosterna \u00e0 terre. 3 Il dit : \u00ab Monseigneur, je t&rsquo;en prie, si j&rsquo;ai trouv\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 tes yeux, veuille ne pas passer pr\u00e8s de ton serviteur sans t&rsquo;arr\u00eater. 4 Qu&rsquo;on apporte un peu d&rsquo;eau, vous vous laverez les pieds et vous vous \u00e9tendrez sous l&rsquo;arbre. 5 Que j&rsquo;aille chercher un <\/em>morceau de pain et vous vous r\u00e9conforterez le c\u0153ur avant d&rsquo;aller plus loin ; c&rsquo;est bien pour <em>cela que vous \u00eates pass\u00e9s pr\u00e8s de votre serviteur ! \u00bb Ils r\u00e9pondirent : \u00ab Fais donc comme tu as dit \u00bb. 6 Abraham se h\u00e2ta vers la tente aupr\u00e8s de Sara et dit : Prends vite trois boisseaux de farine, de fleur de farine, p\u00e9tris et fais des galettes. 7 Puis Abraham courut au troupeau et <\/em>prit un veau tendre et bon ; il le donna au serviteur qui se h\u00e2ta de le pr\u00e9parer. 8 Il prit du caill\u00e9, du lait, le veau qu&rsquo;il avait appr\u00eat\u00e9 et pla\u00e7a le tout devant eux ; il se tenait debout pr\u00e8s <em>d&rsquo;eux, sous l&rsquo;arbre, et ils mang\u00e8rent. 9 Ils lui demand\u00e8rent : \u00ab O\u00f9 est Sara, ta femme ? \u00bb Il r\u00e9pondit : \u00ab Elle est dans la tente \u00bb. 10 L&rsquo;h\u00f4te dit : \u00ab <\/em>Je reviendrai vers toi l&rsquo;an prochain ; <em>alors, ta femme Sara aura un fils \u00bb. Sara \u00e9coutait, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la tente, qui se trouvait derri\u00e8re lui. 11 Or Abraham et Sara \u00e9taient vieux, avanc\u00e9s en \u00e2ge, et Sara avait cess\u00e9 d&rsquo;avoir ce qu&rsquo;ont les femmes. 12 Donc, Sara rit en elle-m\u00eame, se disant : Maintenant que je suis us\u00e9e, je conna\u00eetrais le plaisir ! Et mon mari qui est un vieillard ! 13 Mais Yahv\u00e9 dit \u00e0 Abraham : \u00ab Pourquoi Sara a-t-elle ri, se disant : Vraiment, vais-je encore enfanter, alors que je suis devenue vieille ? 14 Y a-t-il rien de trop merveilleux pour Yahv\u00e9 ? \u00c0 la m\u00eame saison l&rsquo;an prochain, je reviendrai chez toi et Sara aura un fils. \u00bb 15 Sara d\u00e9mentit : \u00ab Je n&rsquo;ai pas ri, dit- elle, car elle avait peur, mais il r\u00e9pliqua : Si, tu as ri. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>Le rire de Sara a suscit\u00e9 bien des commentaires. Il y a tant de mani\u00e8re de rire. Rire pour se d\u00e9tendre ou, au contraire, pour briser le poids de la n\u00e9cessit\u00e9. C\u2019est ce qui advient dans les plaisanteries que l\u2019on appelle \u00ab humour \u00bb \u2013 par l\u00e0 une situation de contrari\u00e9t\u00e9 est effac\u00e9e par un trait d\u2019humour. Le rire serait-il ici une mani\u00e8re de souligner l\u2019impossibilit\u00e9 de ce qui est annonc\u00e9 et donc un refus d\u2019entendre une promesse ? Serait-il une mani\u00e8re de faire face \u00e0 ce qui contrarie ? Sara consid\u00e8re que les visiteurs sont tr\u00e8s gentils, mais bien na\u00effs ; ce sont des hommes qui ignorent ce que pensent et devinent les femmes qui \u00e9coutent derri\u00e8re la tente ce que disent les h\u00f4tes au service de qui elles se trouvent. Mais aussi, ce peut \u00eatre aussi une manifestation de victoire sur le destin. C\u2019est ce que Sara a longtemps esp\u00e9r\u00e9 et qu\u2019elle savait devenu impossible. Si elle entend quelque chose comme une action qui ne peut relever que de l\u2019action de Dieu, c\u2019est alors l\u2019expression de l\u2019esp\u00e9rance : on ne s\u2019enferme pas dans le pr\u00e9sent. Ainsi, le rire devient une mani\u00e8re de sortir de la perspective qui est habituellement appel\u00e9e \u00ab destin \u00bb dans les religions : quelque chose o\u00f9 les humains sont enferm\u00e9s.<\/p>\n<p>Le rire de Sara est l\u2019attestation que le dernier mot n\u2019est pas la mort, mais la vie. Ainsi se r\u00e9alise la promesse de Dieu. Cette interpr\u00e9tation est confirm\u00e9e par le r\u00e9cit de la naissance d\u2019 Isaac.<\/p>\n<p>6 <em>Et Sara dit : Dieu m&rsquo;a donn\u00e9 de quoi rire, tous ceux qui l&rsquo;apprendront me souriront. <\/em>Nous lisons d\u2019abord ce que dit Sara : \u00ab Dieu m\u2019a donn\u00e9 de quoi rire ! \u00bb. C\u2019est le rire de la victoire. Il contresigne un point d\u2019accomplissement. Sara esp\u00e8re que ce qui suivra. Le reste sera la vie des m\u00e8res d\u2019un petit gar\u00e7on appel\u00e9 \u00e0 un bel avenir eu \u00e9gard \u00e0 la valeur de son p\u00e8re. Cela ne doit pas faire oublier de consid\u00e9rer ce que dit Abraham, car il y a l\u00e0 encore un obstacle pour la raison que l\u2019on peut appeler un myst\u00e8re.<\/p>\n<p>Le texte dit \u00ab au fils qui lui naquit \u00bb ; Abraham s\u2019approprie l\u2019enfant comme si l\u2019enfant n\u2019existait que pour lui. Il y a encore un pas \u00e0 franchir.<\/p>\n<p><strong><em>2. Le Fils de la Promesse <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le chapitre 21 rapporte la naissance du fils de la promesse. Il semble que tout devait aller pour le mieux. Mais voil\u00e0 qu\u2019un r\u00e9cit brise ce qui nous semblerait normal \u2013 ce texte ne cesse de susciter commentaires et controverses. Il y a en effet dans ce texte quelque chose comme une rupture de l\u2019histoire qui a fait d\u2019Isaac une figure de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Dieu : donner un enfant \u00e0 un homme et \u00e0 sa femme malgr\u00e9 leur grand \u00e2ge. Ce r\u00e9cit a re\u00e7u tant et tant de commentaires&#8230;<\/p>\n<p>Il demande \u00e0 \u00eatre bien situ\u00e9 dans son contexte : l\u2019interdiction des sacrifices humains. Ils \u00e9taient pratiqu\u00e9s en Isra\u00ebl, m\u00eame \u00e0 J\u00e9rusalem. Ainsi la faute du roi Achaz est-elle d\u2019avoir offert un sacrifice que le proph\u00e8te Isa\u00efe juge impie et le r\u00e9dacteur du Livre des Rois abominable : il a offert son fils en sacrifice pour que la ville assi\u00e9g\u00e9e soit lib\u00e9r\u00e9e. Comme si le mal s\u2019ajoutant au mal pouvait gu\u00e9rir du mal ! C\u2019est dans ce contexte que le proph\u00e8te Isa\u00efe prononce l\u2019oracle de l\u2019Emmanuel : l\u2019enfant promis est donn\u00e9 par Dieu sans m\u00e9diation royale (Isa\u00efe 7).<\/p>\n<p>8<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"138\" height=\"1\" class=\"wp-image-2431\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-6.png\" \/><\/p>\n<p>CHAPITRE 21 <em>1. Yahv\u00e9 visita Sara comme il avait dit et il fit pour elle comme il avait promis. 2 Sara con\u00e7ut et enfanta un fils \u00e0 Abraham d\u00e9j\u00e0 vieux, au temps que Dieu avait marqu\u00e9. 3 Au fils qui lui naquit, enfant\u00e9 par Sara, Abraham donna le nom d&rsquo;Isaac. 4 Abraham circoncit son fils Isaac, quand il eut huit jours, comme Dieu lui avait ordonn\u00e9. 5 Abraham avait cent ans lorsque lui naquit son fils Isaac. <\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"99\" height=\"1\" class=\"wp-image-2432\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-7.png\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"151\" height=\"1\" class=\"wp-image-2433\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-8.png\" \/><\/p>\n<p><em>CHAPITRE 22 1 Apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements, il arriva que <\/em><strong><em>Dieu <\/em><\/strong><em>\u00e9prouva Abraham et lui dit : \u00ab Abraham ! Abraham ! \u00bb Il r\u00e9pondit : \u00ab Me voici ! \u00bb 2 <\/em><strong><em>Dieu <\/em><\/strong><em>dit : \u00ab Prends ton fils, ton unique, que tu ch\u00e9ris, Isaac, et va-t&rsquo;en au pays de Moriyya, et l\u00e0 tu l&rsquo;offriras en holocauste sur une montagne que je t&rsquo;indiquerai \u00bb. 3 Abraham se leva t\u00f4t, sella son \u00e2ne et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac. Il fendit le bois de l&rsquo;holocauste et se mit en route pour l&rsquo;endroit que Dieu lui avait dit. 4 Le troisi\u00e8me jour, Abraham, levant les yeux, vit l&rsquo;endroit de loin. 5 Abraham dit \u00e0 ses serviteurs : \u00ab Demeurez ici avec l&rsquo;\u00e2ne. Moi et l&rsquo;enfant nous irons jusque l\u00e0-bas, nous adorerons et nous reviendrons vers vous \u00bb. 6 Abraham prit le bois de l&rsquo;holocauste et le chargea sur son fils Isaac, lui-m\u00eame prit en mains le feu et le couteau et ils <\/em><\/p>\n<p>9<\/p>\n<p><em>s&rsquo;en all\u00e8rent tous deux ensemble. 7 Isaac s&rsquo;adressa \u00e0 son p\u00e8re Abraham et dit : \u00ab Mon p\u00e8re ! \u00bb Il r\u00e9pondit : \u00ab Oui, mon fils ! &#8211; Eh bien, reprit-il, voil\u00e0 le feu et le bois, mais o\u00f9 est l&rsquo;agneau pour l&rsquo;holocauste ? \u00bb 8 Abraham r\u00e9pondit : \u00ab C&rsquo;est Dieu qui pourvoira \u00e0 l&rsquo;agneau pour l&rsquo;holocauste, mon fils \u00bb, et ils s&rsquo;en all\u00e8rent tous deux ensemble. 9 Quand ils furent arriv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;endroit que Dieu lui avait indiqu\u00e9, Abraham y \u00e9leva l&rsquo;autel et disposa le bois, puis il lia son fils Isaac et le mit sur l&rsquo;autel, par-dessus le bois. 10 Abraham \u00e9tendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. 11 Mais l&rsquo;Ange de <\/em><strong><em>Yahv\u00e9 <\/em><\/strong><em>l&rsquo;appela du ciel et dit : \u00ab Abraham ! Abraham ! \u00bb Il r\u00e9pondit : \u00ab Me voici ! \u00bb 12 L&rsquo;Ange dit : \u00ab N&rsquo;\u00e9tends pas la main contre l&rsquo;enfant ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m&rsquo;as pas refus\u00e9 ton fils, ton unique \u00bb. 13 Abraham leva les yeux et vit un b\u00e9lier, qui s&rsquo;\u00e9tait pris par les cornes dans un buisson, et Abraham alla prendre le b\u00e9lier et l&rsquo;offrit en holocauste \u00e0 la place de son fils. 14 \u00c0 ce lieu, Abraham donna le nom de Yahv\u00e9 pourvoit, en sorte qu&rsquo;on dit aujourd&rsquo;hui : Sur la montagne, Yahv\u00e9 pourvoit.15 L&rsquo;Ange de Yahv\u00e9 appela une seconde fois Abraham du ciel 16 et dit : \u00ab Je jure par moi-m\u00eame, <\/em><strong><em>parole de Yahv\u00e9 <\/em><\/strong><em>: parce que tu as fait cela, que tu ne m&rsquo;as pas refus\u00e9 ton fils, ton unique, 17 je te comblerai de b\u00e9n\u00e9dictions, je rendrai ta post\u00e9rit\u00e9 aussi nombreuse que les \u00e9toiles du ciel et que le sable qui est sur le bord de la mer, et ta post\u00e9rit\u00e9 conquerra la porte de ses ennemis. 18 Par ta post\u00e9rit\u00e9 se b\u00e9niront toutes les nations de la terre, parce que tu m&rsquo;as ob\u00e9i. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>Ce r\u00e9cit de la Gen\u00e8se ne cesse de susciter des commentaires souvent contradictoires, tant la notion de sacrifice humain nous semble horrible. Elle l\u2019est ici d\u2019autant plus que l\u2019enfant choisi pour le sacrifice est le \u00ab fils de la promesse \u00bb. Il n\u2019est pas possible ici de rendre compte de toutes les interpr\u00e9tations. Ce texte abolit l\u2019usage des sacrifices humains. Il s\u2019accorde \u00e0 l\u2019enseignement des proph\u00e8tes qui relativisent la valeur des sacrifices en mettant au premier plan l\u2019amour. \u00ab C\u2019est l\u2019amour que je veux et non les sacrifices \u00bb (Os\u00e9e 6,6) &#8211; cette parole est reprise par J\u00e9sus. Si la condamnation est claire, l\u2019interpr\u00e9tation de cette phrase reste d\u00e9licate, tant la persistance du discours sacrificiel est forte dans le monde eccl\u00e9siastique. Pourtant il est clair que le texte change la port\u00e9e de tout ce qui li\u00e9 au sacrifice consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9change : je donne et je re\u00e7ois : je donne une part de ma vie et je re\u00e7ois en r\u00e9ponse un plus dans ma vie. Je donne mon fils, et j\u2019aurai la paix et la prosp\u00e9rit\u00e9 sur la Terre promise.<\/p>\n<p>Nous avons vu l\u2019accueil de l\u2019enfant par Abraham : \u00ab <em>un fils lui naquit <\/em>\u00bb. L\u2019expression est centr\u00e9e sur Abraham : l\u2019enfant est \u00ab pour Abraham \u00bb &#8211; cette affirmation enl\u00e8ve la port\u00e9e d\u2019un don et d\u2019une vie qui a un autre horizon que d\u2019assurer \u00e0 Abraham une descendance l\u00e9gitime selon la b\u00e9n\u00e9diction qui est la possession d\u2019une terre. Si Isaac est donn\u00e9 par Dieu ce n\u2019est pas seulement pour cela. Il doit \u00eatre lui-m\u00eame, il faut une rupture avec cet enfermement dans le lignage paternel. Le r\u00e9cit du chapitre 22 r\u00e9pond \u00e0 cette question : Abraham doit renoncer \u00e0 \u00eatre le \u00ab p\u00e8re tout-puissant \u00bb. De fait, dans la mise en perspective, Abraham est seul dans sa paternit\u00e9. La m\u00e8re de l\u2019enfant n\u2019est pas l\u00e0. Elle n\u2019existe plus : le gar\u00e7on n\u2019est plus un enfant ; il est d\u00e9j\u00e0 adolescent et il est entr\u00e9 dans le monde masculin, celui de la guerre, comme celui de toute comp\u00e9tition sociale ou \u00e9conomique et de la bataille dans le c\u0153ur o\u00f9 sont les d\u00e9sirs.<\/p>\n<p>Un \u00e9l\u00e9ment donne le mouvement : l\u2019emploi du verbe \u00ab \u00e9lever \u00bb ou \u00ab monter \u00bb ou \u00ab faire monter \u00bb. Dans la parole dite \u00e0 Abraham, il n\u2019y a pas le mot \u00ab sacrifier \u00bb. La traduction habituelle est trop lourde : elle cache la r\u00e9alit\u00e9. L\u2019\u00e9l\u00e9vation dite en termes de mort est en r\u00e9alit\u00e9 en termes de vie dans un mouvement d\u2019accomplissement. C\u2019est le mouvement vers l\u2019avenir qui est l\u2019essentiel : une vie qui est r\u00e9ponse \u00e0 un appel de Dieu. Abraham le vit lui aussi en devenant p\u00e8re d\u2019un enfant qui n\u2019est pas sa propri\u00e9t\u00e9, sur qui il a droit de vie et de mort, mais en terme d\u2019accomplissement d\u2019une promesse.<\/p>\n<p><strong><em>2.1. Esp\u00e9rer : voir <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Au plan de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se critique, on peut penser que le r\u00e9cit \u00e9chappe \u00e0 ce qui sera fait dans le livre des Chroniques (donc apr\u00e8s la reconstruction du Temple apr\u00e8s l\u2019Exil). Il fallait justifier le choix de J\u00e9rusalem comme sanctuaire unique pour le peuple \u00e9lu, dispers\u00e9. En effet, du point de vue g\u00e9ographique le nom de la montagne Moriyya n\u2019est pas compatible avec J\u00e9rusalem. Le lieu reste inconnu \u2013 sans doute effac\u00e9 par la r\u00e9forme de Josias instaurant un sanctuaire unique. Mais en centrant le juda\u00efsme sur J\u00e9rusalem, la r\u00e9forme de Josias et la reconstruction de J\u00e9rusalem avaient besoin d\u2019\u00eatre justifi\u00e9es. L\u2019identification avec J\u00e9rusalem \u00e9tait un biais pour le r\u00e9aliser. La reconnaissance du sanctuaire est justifi\u00e9e par la pr\u00e9sence d\u2019 Abraham.<\/p>\n<p>Le mouvement d\u2019identification conduit cependant \u00e0 des d\u00e9bats qui portent sur le sens de l\u2019\u00e9pisode. On le voit \u00e0 partir d\u2019un point pr\u00e9sent \u00e0 la fin du r\u00e9cit. La traduction du verset 14 est probl\u00e9matique. On peut traduire : \u00ab \u00c0 ce lieu, Abraham donna le nom de <em>Yahv\u00e9 voit<\/em>, en sorte qu&rsquo;on dit aujourd&rsquo;hui : Sur la montagne, <em>Yahv\u00e9 voit<\/em>. \u00bb (v. 14). D\u2019autres pr\u00e9f\u00e8rent traduire : \u00ab \u00c0 ce lieu, Abraham donna le nom de <em>Yahv\u00e9 pourvoit<\/em>, en sorte qu&rsquo;on dit aujourd&rsquo;hui : Sur la montagne, <em>Yahv\u00e9 pourvoit<\/em>. \u00bb Cette traduction porte l\u2019attention sur le fait qu\u2019\u00e0 l\u2019initiative de Dieu, Isaac a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un animal. Cela justifie les rituels et les sacrifices du temple de J\u00e9rusalem. Je pr\u00e9f\u00e8re la traduction plus proche du sens premier du verbe \u00ab voir \u00bb et de lire \u00ab Yahv\u00e9 voit \u00bb ou \u00ab Yahv\u00e9 verra \u00bb. C\u2019est l\u2019origine du mot \u00ab providence \u00bb h\u00e9las galvaud\u00e9 par un usage fataliste.<\/p>\n<p>L\u2019affirmation que Dieu voit est une banalit\u00e9&#8230; Sauf si l\u2019on consid\u00e8re que la notion de vision n\u2019est pas une passivit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du croyant. Consid\u00e9rer que \u00ab il est vu \u00bb s\u2019entend dans un sens purement passif r\u00e9duit l\u2019existence humaine \u00e0 une existence banale. Par contre, la notion de vision peut s\u2019entendre dans un sens majeur : \u00eatre vu, ce n\u2019est pas seulement \u00eatre un objet dans un champ de vision, mais exister selon un projet de vie. \u00ab \u00catre vu \u00bb est la source d\u2019une b\u00e9n\u00e9diction.<\/p>\n<p>Le regard port\u00e9 est un regard qui est source de vie. On le voit sur un lieu o\u00f9 jouent les enfants ; il y a des balan\u00e7oires, des \u00e9chelles, des toboggans, des balan\u00e7oires&#8230; L\u2019enfant joue ; il tente de faire ce qu\u2019il voit faire par un plus grand. Il ose prendre le risque quand il sait qu\u2019il est vu par ses parents. De m\u00eame, le sportif par le supporter, ou l\u2019artiste par qui l\u2019\u00e9coute. Exp\u00e9rience aussi du pr\u00e9dicateur qui pr\u00eache bien quand il sent qu\u2019il est \u00e9cout\u00e9. Ainsi la notion de vision est une notion essentielle pour la vie chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>10<\/p>\n<p>Cela se retrouve dans la notion de providence (construite sur le fait que Dieu voit \u2013 en latin <em>videre<\/em>). Dieu voit et cela donne l\u2019\u00e9nergie pour avancer. Ce n\u2019est pas un ajout \u00e0 ce que l\u2019on est, mais l\u2019ouverture d\u2019un espace o\u00f9 ce qui est latent, d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 mais en r\u00e9serve, peut s\u2019exprimer ; l\u2019action fait grandir celui qui pose l\u2019acte o\u00f9 se r\u00e9alise son d\u00e9sir. L\u2019exp\u00e9rience humaine du regard d\u2019autrui dans la confiance permet de donner sens \u00e0 l\u2019expression \u00ab Dieu voit \u00bb.<\/p>\n<p>Au plan de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se historico-critique, on peut penser que ce verset est un ajout qui a eu lieu lorsqu\u2019il fallait justifier le choix de J\u00e9rusalem comme sanctuaire unique pour le peuple \u00e9lu. En effet, le nom de la montagne Moriyya n\u2019est pas compatible avec J\u00e9rusalem. Le lieu reste inconnu \u2013 sans doute effac\u00e9 par la r\u00e9forme de Josias voulant un sanctuaire unique. Mais en centrant le juda\u00efsme sur J\u00e9rusalem, la r\u00e9forme de Josias et la reconstruction de J\u00e9rusalem avait besoin de se justifier. L\u2019identification avec J\u00e9rusalem \u00e9tait un biais pour le r\u00e9aliser. La reconnaissance du sanctuaire est corr\u00e9lative du choix op\u00e9r\u00e9 par les pr\u00eatres au retour de l\u2019exil.<\/p>\n<p><strong>2.2. Une vis\u00e9e mondiale <\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9cit est repris dans la version ult\u00e9rieure qui identifi\u00e9 le mont Moriyya \u00e0 J\u00e9rusalem : \u00ab Salomon commen\u00e7a alors la construction de la maison de Yahv\u00e9. C\u2019\u00e9tait \u00e0 J\u00e9rusalem, sur le mont Moriyya, l\u00e0 o\u00f9 son p\u00e8re David avait eu une vision \u00bb (2 Chr 3, 1). Cette promesse est un d\u00e9passement de tout int\u00e9r\u00eat tribal, national&#8230; car ce sont toutes les nations qui seront b\u00e9n\u00e9ficiaires de l\u2019Alliance accomplie : \u00ab Par ta post\u00e9rit\u00e9 seront b\u00e9nies toutes les Nations sur la terre \u00bb. Nous lisons cette parole mise sur les l\u00e8vres de Dieu : \u00ab Je te comblerai de b\u00e9n\u00e9dictions, je rendrai ta post\u00e9rit\u00e9 aussi nombreuse que les \u00e9toiles du ciel et que le sable qui est au bord de la mer, et ta post\u00e9rit\u00e9 conquerra la porte de ses ennemis \u00bb (v. 15).<\/p>\n<p>Le geste d\u2019Abraham est une ouverture de l\u2019avenir non seulement pour lui et son peuple, mais pour tous ses ennemis.<\/p>\n<p><strong><em>2. La volont\u00e9 de Dieu <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de la Gen\u00e8se n\u2019a pas seulement une port\u00e9e religieuse (sur le statut des sacrifices), il a une port\u00e9e th\u00e9ologique au sens strict : il apporte un \u00e9l\u00e9ment nouveau pour la connaissance de Dieu lui-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>3.1. Le nom de Dieu <\/strong><\/p>\n<p>On note dans le texte une diff\u00e9rence concernant la d\u00e9signation de Dieu. Dans les premiers versets, il s\u2019agit de \u00ab Elohim \u00bb. Ce terme est le nom commun du terme qui d\u00e9signe les divinit\u00e9s ou les \u00eatres c\u00e9lestes. Mais \u00e0 la fin du texte, celui qui parle c\u2019est \u00ab Yahv\u00e9 \u00bb. Le nom propre qui sera donn\u00e9 \u00e0 Mo\u00efse plus tard. C\u2019est l\u00e0 une contradiction pour le lecteur du texte biblique, car il semblerait logique que le nom \u00e9tant donn\u00e9 \u00e0 Mo\u00efse \u2013 comme une nouveaut\u00e9 irr\u00e9ductible de la singularit\u00e9 du peuple \u00e9lu &#8211; Abraham ne pouvait le conna\u00eetre. Quoi qu\u2019il en soit de cette question, il importe de noter que le changement de nom d\u00e9signe un changement dans le rapport avec Dieu : d\u2019un nom commun (<em>Elohim<\/em>) on passe \u00e0 un nom propre (<em>Yahv\u00e9<\/em>).<\/p>\n<p>11<\/p>\n<p>Si on lit le r\u00e9cit dans son dynamisme, on constate que c\u2019est le propre de la foi que d\u2019\u00eatre un chemin qui fait passer d\u2019une nomination de Dieu \u00e0 une autre nomination. Le nom \u00ab <em>Elohim <\/em>\u00bb para\u00eet dans le rappel du choix du lieu \u00ab au lieu que lui a dit Elohim \u00bb. Mais quand Abraham a pris le couteau, c\u2019est quelqu\u2019un d\u2019autre qui parle : le messager de Yahv\u00e9. Que signifie ce changement de nom dans l\u2019invocation de Dieu, sinon une mani\u00e8re de reconna\u00eetre que Dieu est une personne et pas seulement celui qui remplit une fonction : celle de cr\u00e9ateur ou de juge ? Cr\u00e9ateur, il a donn\u00e9 un enfant \u00e0 une femme st\u00e9rile, juge, il donne une r\u00e9compense \u00e0 celui qui lui ob\u00e9it malgr\u00e9 tout ce que la demande a d\u2019odieux et de douloureux. Si Dieu a un nom personnel, c\u2019est parce qu\u2019il tisse une relation personnelle avec une personne humaine. Abraham qui offre le sacrifice (selon les rituels canan\u00e9ens des sacrifices de f\u00e9condit\u00e9) rencontre du Dieu qui lui est favorable. L\u2019ordre religieux du monde, fond\u00e9 sur le sacrifice, s\u2019efface pour laisser place \u00e0 une autre perspective.<\/p>\n<p>Il y a donc r\u00e9v\u00e9lation. Le sacrifice des premiers-n\u00e9s est la manifestation de l\u2019\u00eatre de Dieu qui d\u00e9voile autre chose qu\u2019une fonction de cr\u00e9ateur ; il entend \u00eatre reconnu comme source de la vie. Le sacrifice du fils a\u00een\u00e9 est en effet un acte par lequel Dieu affirme sa propri\u00e9t\u00e9 sur l\u2019enfant qui nait en premier. Il lui appartient comme \u00ab pr\u00e9mices \u00bb. Il doit lui \u00eatre offert en sacrifice&#8230; par la suite, ce sera une \u00ab cons\u00e9cration \u00bb. En quoi consiste-t-elle ? La r\u00e9ponse est donn\u00e9e dans la suite du r\u00e9cit : construire un lignage par lequel sera transmise l\u2019identit\u00e9 du groupe dont il est l\u2019a\u00een\u00e9. Cette affirmation ouvre sur une dimension de l\u2019esp\u00e9rance : la continuit\u00e9 assur\u00e9e dans la fid\u00e9lit\u00e9 par la fructification d\u2019une promesse. Ce sera l\u2019obsession des auteurs bibliques : la continuit\u00e9 entre le patriarche et ses descendants. La nature de cette continuit\u00e9 \u00e9tant en d\u00e9bat : est-ce seulement la chair (la g\u00e9n\u00e9ration charnelle) ou bien l\u2019esprit ou l\u2019\u00e2me \u2013 c\u2019est l\u2019enjeu de la th\u00e9ologie de saint Paul.<\/p>\n<p>L\u2019esp\u00e9rance repose sur le nom de Dieu. Le nom de Dieu <em>Yahv\u00e9<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 comme le nom propre dans la suite du r\u00e9cit, atteste que le r\u00e9dacteur est d\u00e9j\u00e0 soucieux d\u2019inscrire la d\u00e9marche du patriarche dans une continuit\u00e9 qui passera les temps.<\/p>\n<p>Le changement de nom est le fait du r\u00e9dacteur qui rapporte l\u2019\u00e9v\u00e9nement au moment de la r\u00e9daction de la <em>Torah <\/em>sous la forme que nous connaissons. L\u2019\u00e9criture n\u2019est pas attest\u00e9e comme dans nos \u00e9ditions o\u00f9 le livre porte la date de l\u2019impression&#8230; C\u2019est le fruit d\u2019une r\u00e9daction complexe qui suppose des reprises \u2013 ce que l\u2019ex\u00e9g\u00e8se du XXe si\u00e8cle a articul\u00e9 \u00e0 la reconnaissance de documents divers tant par la date de la mise par \u00e9crit que par la perspective : autre la r\u00e9daction dans une perspective identitaire ou nationaliste, autre celle qui a le souci du culte, autre celle de la prise en compte de l\u2019avenir&#8230; Dans notre lecture soucieuse de la vie chr\u00e9tienne, ce qui prime c\u2019est le fait que le texte rapporte l\u2019action de Dieu. Celle-ci est \u00ab au-del\u00e0 de la morale \u00bb.<\/p>\n<p><strong>3.2. La r\u00e9ception du texte <\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9cit du \u00ab sacrifice d\u2019Isaac \u00bb a marqu\u00e9 les lecteurs de ce r\u00e9cit. Tout le monde s\u2019accorde \u00e0 reconna\u00eetre que le r\u00e9cit fonde le refus des sacrifices du premier-n\u00e9 qui avait lieu \u00e0 J\u00e9rusalem \u00e0 l\u2019\u00e9poque royale. On en voit l\u2019attestation quand on veut comprendre un des textes les plus importants du livre d\u2019Isa\u00efe : l\u2019annonce de la naissance de l\u2019Emmanuel. Le r\u00e9cit<\/p>\n<p>12<\/p>\n<p>rapporte la proph\u00e9tie d\u2019Isa\u00efe reprochant au roi Achaz d\u2019avoir commis une faute gravissime dans la panique, au moment o\u00f9 l\u2019ennemi mettait le si\u00e8ge autour de J\u00e9rusalem. Isa\u00efe annonce la conception et la naissance d\u2019un enfant par une \u00ab jeune femme \u00bb ou \u00ab jeune fille \u00bb (en h\u00e9breu <em>Alma<\/em>). Si le terme h\u00e9breu reste g\u00e9n\u00e9ral, le texte grec pr\u00e9cise qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00ab vierge \u00bb &#8211; ce qui est re\u00e7u au sens strict par la tradition chr\u00e9tienne pour dire la conception virginale de J\u00e9sus. Cette consid\u00e9ration ne doit pas oblit\u00e9rer le sens premier du texte d\u2019Isa\u00efe. La mal\u00e9diction port\u00e9e contre le roi Achaz vient du fait qu\u2019il a commis une tr\u00e8s grave faute \u2013 rapport\u00e9e dans le Deuxi\u00e8me Livre des Rois. Dans sa panique, le roi a particip\u00e9 \u00e0 un culte \u00ab pa\u00efen \u00bb et il y a sacrifi\u00e9 son fils a\u00een\u00e9. Nous lisons : \u00ab Achaz ne fit pas ce qui est agr\u00e9able \u00e0 Yahv\u00e9, son Dieu [&#8230;]. Il imita la conduite des rois d\u2019Isra\u00ebl, et m\u00eame il fit passer son fils par le feu, selon les coutumes abominables des nations que Yahv\u00e9 avait chass\u00e9es devant les Isra\u00e9lites \u00bb (2 R 16, 3).<\/p>\n<p>Le sens de la parole d\u2019Isa\u00efe est explicit\u00e9 dans la suite du texte. Le roi qui a accompli cette abomination a perdu sa dignit\u00e9 de p\u00e8re. Ayant perdu sa dignit\u00e9 et son autorit\u00e9, l\u2019enfant qui na\u00eetra de cette femme dont ne connait que le statut dit par le mot h\u00e9breu \u00ab <em>Almah <\/em>\u00bb sera nomm\u00e9 par sa m\u00e8re. \u00ab Voici que l\u2019<em>Almah <\/em>est enceinte ; elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d\u2019Emmanuel \u00bb. C\u2019est elle qui nomme l\u2019enfant ! Cela va \u00e0 l\u2019encontre de la pratique universelle car, dans la physiologie du temps, le p\u00e8re donne tout \u00e0 l\u2019enfant, la m\u00e8re n\u2019\u00e9tant que r\u00e9ceptrice passive \u2013 comme la terre qui re\u00e7oit la graine. Cette nomination de l\u2019enfant par sa m\u00e8re, ouvre sur une autre mani\u00e8re de comprendre l\u2019histoire du salut. Elle laisse place \u00e0 une modification de la mani\u00e8re de comprendre l\u2019action de Dieu.<\/p>\n<p>Ainsi le texte du \u00ab sacrifice d\u2019Isaac \u00bb o\u00f9 Dieu intervient pour que l\u2019enfant ne soit pas immol\u00e9 par son p\u00e8re est-il un appel \u00e0 une religion qui abolit le sacrifice. Le texte est donc ouvert sur une lecture spirituelle qui fait barrage \u00e0 la violence des religions. C\u2019est l\u00e0 un horizon d\u2019esp\u00e9rance. En restant dans le livre d\u2019Isa\u00efe, on voit poindre cette esp\u00e9rance, d\u00e8s le d\u00e9but du livre d\u2019Isa\u00efe, chapitre 2 :<\/p>\n<p>13<\/p>\n<p><em>\u00ab 2 Il arrivera dans la suite des temps que la montagne de la maison de Yahv\u00e9 sera \u00e9tablie en t\u00eate des montagnes et s&rsquo;\u00e9l\u00e8vera au-dessus des collines. Alors toutes les nations afflueront vers elle, 3 alors viendront des peuples nombreux qui diront : \u00ab\u00a0Venez, montons \u00e0 la montagne de Yahv\u00e9, \u00e0 la maison du Dieu de Jacob, qu&rsquo;il nous enseigne ses voies et que nous suivions ses sentiers.\u00a0\u00bb Car de Sion vient la Loi et de J\u00e9rusalem la parole de Yahv\u00e9. 4 Il jugera entre les nations, il sera l&rsquo;arbitre de peuples nombreux. Ils briseront leurs \u00e9p\u00e9es pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne l\u00e8vera plus l&rsquo;\u00e9p\u00e9e nation contre nation, on n&rsquo;apprendra plus \u00e0 faire la guerre. 5 Maison de Jacob, allons, marchons \u00e0 la lumi\u00e8re de Yahv\u00e9. L&rsquo;\u00e9clat de la majest\u00e9 de Yahv\u00e9. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019attitude d\u2019Abraham ouvre sur un avenir. C\u2019est ce regard sur le futur qui est appel\u00e9 \u00ab esp\u00e9rance \u00bb. Ce regard n\u2019est pas vain ; il est empli d\u2019une esp\u00e9rance.<\/p>\n<p><strong><em>Conclusion <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Au terme de la lecture de ces textes bibliques, la notion d\u2019esp\u00e9rance prend forme. Le regard du disciple (dont Abraham est la figure fondatrice) est un regard port\u00e9 sur l\u2019avenir. Ce regard suppose que les liens avec le pr\u00e9sent ne soient pas consid\u00e9r\u00e9s comme un point final, comme un tout qui se suffit \u00e0 soi-m\u00eame. Ce constat s\u2019impose. Dans ce chemin, en effet, on voit comment le d\u00e9sir humain (en l\u2019occurrence celui d\u2019Abraham qui est une figure universelle) est confront\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Ce qu\u2019il a d\u00e9sir\u00e9 advient \u2013 fondamentalement dans les textes relev\u00e9s la naissance d\u2019un fils l\u00e9gitime puisque sanctifi\u00e9 par le mariage. Mais cette r\u00e9alisation ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un acquis d\u00e9finitif. Le cours du temps se poursuit et ce qui est donn\u00e9 encha\u00eene sur une autre situation impr\u00e9visible. De cette situation un nouveau regard s\u2019\u00e9l\u00e8ve. Il ouvre sur une autre voie dont le terme n\u2019est pas encore advenu.<\/p>\n<p>14<\/p>\n<p><strong>Lettre aux Romains<\/strong>, chapitre 8 <em>: \u00ab 19 Car la cr\u00e9ation en attente aspire \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation des fils de Dieu : 20 si elle fut assujettie \u00e0 la vanit\u00e9 &#8211; non qu&rsquo;elle l&rsquo;e\u00fbt voulu, mais \u00e0 cause de celui qui l&rsquo;y a soumise &#8211; c&rsquo;est avec l&rsquo;esp\u00e9rance 21 d&rsquo;\u00eatre elle aussi lib\u00e9r\u00e9e de la servitude de la corruption pour entrer dans la libert\u00e9 de la gloire des enfants de Dieu. 22 Nous le savons en effet, toute la cr\u00e9ation jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour g\u00e9mit en travail d&rsquo;enfantement. 23 Et non pas elle seule : nous-m\u00eames qui poss\u00e9dons les pr\u00e9mices de l&rsquo;Esprit, nous g\u00e9missons nous aussi int\u00e9rieurement dans l&rsquo;attente de la r\u00e9demption de notre corps. 24 Car notre salut est objet <\/em>d&rsquo;esp\u00e9rance ; et voir ce qu&rsquo;on esp\u00e8re, ce n&rsquo;est plus l&rsquo;esp\u00e9rer : ce qu&rsquo;on voit, comment pourrait- <em>on l&rsquo;esp\u00e9rer encore ? 25 Mais esp\u00e9rer ce que nous ne voyons pas, c&rsquo;est l&rsquo;attendre avec <\/em>constance. 26 Pareillement l&rsquo;Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l&rsquo;Esprit lui-m\u00eame interc\u00e8de pour nous en des <em>g\u00e9missements ineffables, 27 et Celui qui sonde les c\u0153urs sait quel est le d\u00e9sir de l&rsquo;Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>L\u2019image qui d\u00e9crit la situation dont Abraham est la figure fondatrice est celle de la marche : ce qui se donne \u00e0 voir n\u2019est pas un point final. Le d\u00e9sir se porte sur ce qui transcende ce qui est donn\u00e9. L\u2019enfant de la Promesse doit devenir autre que ce que son p\u00e8re d\u00e9sirait. Tel est la premi\u00e8re marque de ce que l\u2019on appelle esp\u00e9rance. Saint Paul le dit : \u00ab Voir ce que l\u2019on esp\u00e8re, ce n\u2019est plus esp\u00e9rer \u00bb (Rm 8,24). N\u2019est-ce pas ce qui caract\u00e9rise la notion biblique de Dieu : celui dont le nom ouvre sur un infini. Le nom m\u00eame de Dieu l\u2019exprime : c\u2019est une promesse dont on attend la manifestation.<\/p>\n<p><strong>V<\/strong>ivre l\u2019esp\u00e9rance <strong><em>Deuxi\u00e8me \u00e9tape <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019esp\u00e9rance d\u2019un peuple <\/strong><\/p>\n<p>La th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 partir de la figure d\u2019Abraham, de Sara et d\u2019Isaac. L\u2019esp\u00e9rance porte sur une descendance et la possession d\u2019une terre qui sera un lieu o\u00f9 la vie sera assur\u00e9e. L\u2019attitude personnelle d\u2019Abraham a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e. Elle serait mal comprise si on ne percevait pas la dimension collective. Elle est patente dans <em>l\u2019Apocalypse de Jean <\/em>qui tourne ses regards vers une nouvelle cr\u00e9ation. Dire \u00ab nouvelle cr\u00e9ation \u00bb, c\u2019est pr\u00e9senter une transformation du monde pr\u00e9sent dans sa totalit\u00e9. Il ne s\u2019agit pas seulement de la vie spirituelle, mais d\u2019une transformation de toute la cr\u00e9ation. L\u2019action de Dieu porte sur un monde nouveau. Cette perspective s\u2019enracine dans une vision de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 telle qu\u2019elle est pr\u00e9sent\u00e9e dans le Nouveau Testament. Le lien entre le pr\u00e9sent et le futur est intime \u00e0 ce qui rel\u00e8ve de la vie chr\u00e9tienne o\u00f9 se croisent deux termes : foi et esp\u00e9rance. Nous lisons dans la <em>Lettre aux H\u00e9breux <\/em>:<\/p>\n<p>15<\/p>\n<p>Lettre aux H\u00e9breux, 10 <em>19 Ayant donc, fr\u00e8res, l&rsquo;assurance voulue pour l&rsquo;acc\u00e8s au sanctuaire par le sang de J\u00e9sus, 20 par cette voie qu&rsquo;il a inaugur\u00e9e pour nous, r\u00e9cente et vivante, \u00e0 travers le voile &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire sa chair -, 21 et un pr\u00eatre souverain \u00e0 la t\u00eate de la maison de Dieu, 22 approchons-nous avec un c\u0153ur sinc\u00e8re, dans la pl\u00e9nitude de la foi, les c\u0153urs nettoy\u00e9s de toutes les souillures d&rsquo;une conscience mauvaise et le corps lav\u00e9 d&rsquo;une eau pure. 23 Gardons ind\u00e9fectible la confession de l&rsquo;esp\u00e9rance, car celui qui a promis est fid\u00e8le, 24 et faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charit\u00e9 et les \u0153uvres bonnes. <\/em><\/p>\n<p><strong><em>1. Une histoire du salut <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ce que nous appelons aujourd\u2019hui \u00ab histoire du salut \u00bb est le fruit d\u2019une relecture des \u00e9v\u00e9nements rapport\u00e9s par la Bible. Cette relecture place les \u00e9pisodes en continuit\u00e9 dans la perspective d\u2019une croissance vers un accomplissement.<\/p>\n<p>Le chapitre commence par donner une d\u00e9finition simple de l\u2019acte humain fondateur qui fait un lien entre foi (<em>pistis<\/em>) et choses esp\u00e9r\u00e9es (<em>elpis<\/em>) la foi porte sur un bien \u00e0 venir et donc elle a un versant qui est celui de l\u2019esp\u00e9rance. \u00ab Or la foi est la garantie des biens que l&rsquo;on esp\u00e8re, la preuve des r\u00e9alit\u00e9s qu&rsquo;on ne voit pas \u00bb. La foi porte sur ce qui n\u2019est pas \u00e9vident, d\u2019abord parce que absent au sens o\u00f9 rien n\u2019est encore totalement donn\u00e9 \u2013pour deux raisons : la premi\u00e8re est la diff\u00e9rence avec la r\u00e9alit\u00e9 mondaine, la seconde l\u2019espacement dans le cours du temps. Il faut tenir \u00e0 distance la s\u00e9paration stricte entre les vertus th\u00e9ologales pr\u00e9sent\u00e9es<\/p>\n<p>par le cat\u00e9chisme ; cela permet de respecter le mouvement du texte qui pr\u00e9sente ce que l\u2019on appelle \u00ab histoire du salut \u00bb.<\/p>\n<p>16<\/p>\n<p><em>CHAPITRE 11 1 Or la foi est la garantie des biens que l&rsquo;on esp\u00e8re, la preuve des r\u00e9alit\u00e9s qu&rsquo;on ne voit pas. 2 C&rsquo;est elle qui a valu aux anciens un bon t\u00e9moignage.3 Par la foi, nous comprenons que les mondes ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s par une parole de Dieu, de sorte que ce que l&rsquo;on voit provient de ce qui n&rsquo;est pas apparent. 4 Par la foi, <\/em><strong><em>Abel <\/em><\/strong><em>offrit \u00e0 Dieu un <\/em>sacrifice de plus grande valeur que celui de Ca\u00efn ; aussi fut-il proclam\u00e9 juste, Dieu ayant <em>rendu t\u00e9moignage \u00e0 ses dons, et par elle aussi, bien que mort, il parle encore. 5 Par la foi, <\/em><strong><em>H\u00e9noch <\/em><\/strong><em>fut enlev\u00e9, en sorte qu&rsquo;il ne vit pas la mort, et on ne le trouva plus, parce que Dieu l&rsquo;avait enlev\u00e9. Avant son enl\u00e8vement, en effet, il lui est rendu t\u00e9moignage qu&rsquo;il avait plu \u00e0 Dieu. 6 Or sans la foi il est impossible de lui plaire. Car celui qui s&rsquo;approche de Dieu doit croire qu&rsquo;il existe et qu&rsquo;il se fait le r\u00e9mun\u00e9rateur de ceux qui le cherchent. 7 Par la foi, <\/em><strong><em>No<\/em><\/strong><em>\u00e9, divinement averti de ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas encore visible, saisi d&rsquo;une crainte religieuse, construisit une arche pour sauver sa famille. Par la foi, il condamna le monde et il devint h\u00e9ritier de la justice qui s&rsquo;obtient par la foi.8 Par la foi, <\/em><strong><em>Abraham <\/em><\/strong><em>ob\u00e9it \u00e0 l&rsquo;appel de partir vers un pays qu&rsquo;il devait recevoir en h\u00e9ritage, et il partit ne sachant o\u00f9 il allait. 9 Par la foi, il vint s\u00e9journer dans la Terre promise comme en un pays \u00e9tranger, y vivant sous des tentes, ainsi qu&rsquo;<\/em><strong><em>Isaac <\/em><\/strong><em>et <\/em><strong><em>Jacob<\/em><\/strong><em>, h\u00e9ritiers avec lui de la m\u00eame promesse. 10 C&rsquo;est qu&rsquo;il attendait la ville pourvue de fondations dont Dieu est l&rsquo;architecte et le constructeur. 11 Par la foi, <\/em><strong><em>Sara<\/em><\/strong><em>, elle aussi, re\u00e7ut la vertu de concevoir, et cela en d\u00e9pit de son \u00e2ge avanc\u00e9, parce qu&rsquo;elle estima fid\u00e8le celui qui avait promis. 12 C&rsquo;est bien pour cela que d&rsquo;un seul homme, et d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9 par la mort, naquirent des descendants comparables par leur nombre aux \u00e9toiles du ciel et aux grains de sable sur le rivage de la mer, innombrables&#8230; 13 C&rsquo;est dans la foi qu&rsquo;ils moururent tous sans avoir re\u00e7u l&rsquo;objet des promesses, mais ils l&rsquo;ont vu et salu\u00e9 de loin, et ils ont confess\u00e9 qu&rsquo;ils \u00e9taient \u00e9trangers et voyageurs sur la terre. 14 Ceux qui parlent ainsi font voir clairement qu&rsquo;ils sont \u00e0 la recherche d&rsquo;une patrie. 15 Et s&rsquo;ils avaient pens\u00e9 \u00e0 celle d&rsquo;o\u00f9 ils \u00e9taient sortis, ils auraient eu le temps d&rsquo;y retourner. 16 Or, en fait, ils aspirent \u00e0 une patrie meilleure, c&rsquo;est-\u00e0-dire <\/em>c\u00e9leste. C&rsquo;est pourquoi, Dieu n&rsquo;a pas honte de s&rsquo;appeler leur Dieu ; il leur a pr\u00e9par\u00e9, en <em>effet, une ville&#8230; 17 Par la foi, <\/em><strong><em>Abraham<\/em><\/strong><em>, mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, a offert Isaac, et c&rsquo;est son fils unique qu&rsquo;il offrait en sacrifice, lui qui \u00e9tait le d\u00e9positaire des promesses, 18 lui \u00e0 qui il avait \u00e9t\u00e9 dit : C&rsquo;est par <\/em><strong><em>Isaac <\/em><\/strong><em>que tu auras une post\u00e9rit\u00e9. 19 Dieu, pensait-il, est capable <\/em>m\u00eame de ressusciter les morts ; c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il recouvra son fils, et ce fut un <em>symbole. 20 Par la foi encore, Isaac donna \u00e0 Jacob et \u00e0 \u00c9sa\u00fc des b\u00e9n\u00e9dictions assurant l&rsquo;avenir. 21 Par la foi, <\/em><strong><em>Jacob <\/em><\/strong><em>mourant b\u00e9nit chacun des fils de Joseph et il se prosterna appuy\u00e9 sur l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de son b\u00e2ton. 22 Par la foi, <\/em><strong><em>Joseph<\/em><\/strong><em>, proche de sa fin, \u00e9voqua l&rsquo;exode des fils d&rsquo;Isra\u00ebl et donna des ordres au sujet de ses restes. 23 Par la foi, <\/em><strong><em>Mo\u00efse<\/em><\/strong><em>, \u00e0 sa naissance fut cach\u00e9 par ses parents pendant trois mois, parce qu&rsquo;ils virent que le petit enfant \u00e9tait joli, et ils ne craignirent pas l&rsquo;\u00e9dit du roi. 24 Par la foi, <\/em><strong><em>Mo\u00efse<\/em><\/strong><em>, devenu grand, refusa d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9 fils d&rsquo;une fille d&rsquo;un Pharaon, 25 aimant mieux \u00eatre maltrait\u00e9 avec le peuple de Dieu que de conna\u00eetre la jouissance \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du p\u00e9ch\u00e9, 26 estimant comme une richesse sup\u00e9rieure aux tr\u00e9sors de l&rsquo;\u00c9gypte l&rsquo;opprobre du Christ. Il avait, en effet, les yeux fix\u00e9s sur la r\u00e9compense. 27 Par la foi, il quitta l&rsquo;\u00c9gypte sans craindre la fureur du <\/em><\/p>\n<p>17<\/p>\n<p><em>roi : comme s&rsquo;il voyait l&rsquo;Invisible, il tint ferme.28 Par la foi, il c\u00e9l\u00e9bra la P\u00e2que et fit l&rsquo;aspersion du sang, afin que l&rsquo;Exterminateur ne touch\u00e2t point les premiers-n\u00e9s d&rsquo;Isra\u00ebl. 29 Par la foi, ils travers\u00e8rent la mer Rouge comme une terre s\u00e8che, tandis que les \u00c9gyptiens, ayant essay\u00e9 le passage, furent engloutis. 30 Par la foi, les murs de J\u00e9richo tomb\u00e8rent, quand on en eut fait le tour pendant sept jours. 31 Par la foi, <\/em><strong><em>Rahab <\/em><\/strong><em>la prostitu\u00e9e ne p\u00e9rit pas avec les incr\u00e9dules, parce qu&rsquo;elle avait accueilli pacifiquement les \u00e9claireurs. 32 Et que dirai-je encore ? Car le temps me manquerait si je racontais ce qui concerne <\/em><strong><em>G\u00e9d\u00e9on<\/em><\/strong><em>, <\/em><strong><em>Baraq<\/em><\/strong><em>, <\/em><strong><em>Samson<\/em><\/strong><em>, <\/em><strong><em>Jepht\u00e9<\/em><\/strong><em>, <\/em><strong><em>David<\/em><\/strong><em>, ainsi que <\/em><strong><em>Samuel et les Proph\u00e8tes<\/em><\/strong><em>, 33 eux qui, gr\u00e2ce \u00e0 la foi, soumirent des royaumes, exerc\u00e8rent la justice, obtinrent l&rsquo;accomplissement des promesses, ferm\u00e8rent la gueule des lions, 34 \u00e9teignirent la violence du feu, \u00e9chapp\u00e8rent au tranchant du glaive, furent rendus vigoureux, de malades qu&rsquo;ils \u00e9taient, montr\u00e8rent de la vaillance \u00e0 la guerre, refoul\u00e8rent les invasions \u00e9trang\u00e8res. 35 Des femmes ont recouvr\u00e9 leurs morts par la r\u00e9surrection. Les uns se sont laiss\u00e9 torturer, refusant leur d\u00e9livrance afin d&rsquo;obtenir une meilleure r\u00e9surrection. 36 D&rsquo;autres subirent l&rsquo;\u00e9preuve des d\u00e9risions et des fouets, et m\u00eame celle des cha\u00eenes et de la prison.37 Ils ont \u00e9t\u00e9 lapid\u00e9s, sci\u00e9s, ils ont p\u00e9ri par le glaive, ils sont all\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0, sous des peaux de moutons et des toisons de ch\u00e8vres, d\u00e9nu\u00e9s, opprim\u00e9s, maltrait\u00e9s, 38 eux dont le monde \u00e9tait indigne, errant dans les d\u00e9serts, les montagnes, les cavernes, les antres de la terre. 39 Et tous ceux-l\u00e0, bien qu&rsquo;ils aient re\u00e7u un bon t\u00e9moignage \u00e0 cause de leur foi, ne b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent pas de la promesse : 40 c&rsquo;est que Dieu pr\u00e9voyait pour nous un sort meilleur, et ils ne devaient pas parvenir sans nous \u00e0 la perfection. <\/em><\/p>\n<p><strong><em>1. Les th\u00e9ologies modernes de l\u2019esp\u00e9rance <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les travaux th\u00e9ologiques les plus importants du XXe si\u00e8cle reposent sur les travaux universitaires. Pour des raisons sociales, politiques, \u00e9conomiques, ce sont les \u00c9tats europ\u00e9ens qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le moteur. Tout \u00e0 la fois par la force de leurs structures universitaires et par les moyens utilis\u00e9s pour financer les \u00e9tudes. Cette th\u00e9ologie est tr\u00e8s marqu\u00e9e par cet enracinement : ce sont des pays qui ont v\u00e9cu les deux grandes guerres, dites \u00ab mondiales \u00bb. Mais cela n\u2019\u00e9tait possible que sur la base d\u2019une r\u00e9flexion sur la culture et d\u2019une clarification de l\u2019anthropologie.<\/p>\n<p><strong>1.1. Prendre au s\u00e9rieux l\u2019esp\u00e9rance <\/strong><\/p>\n<p>La th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance s\u2019est d\u00e9gag\u00e9e d\u2019une vision spiritualiste de l\u2019enseignement des \u00e9vangiles. On la trouve dans sa radicalit\u00e9 dans la th\u00e9ologie de la figure la plus \u00e9minente de la th\u00e9ologie de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, Karl Barth, qui entend affirmer la transcendance de Dieu et de la manifestation de J\u00e9sus. Pour comprendre cette radicalit\u00e9, il faut voir le contexte social, intellectuel et politique.<\/p>\n<p>La th\u00e9ologie du XXe si\u00e8cle s\u2019est construite en opposition au mouvement g\u00e9n\u00e9ral de la pens\u00e9e europ\u00e9enne. Celle-ci peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e par un mouvement de \u00ab s\u00e9cularisation \u00bb. Ce terme sociologique d\u00e9signe ce qui est advenu au XIXe si\u00e8cle. Dans la soci\u00e9t\u00e9 et les moyens de vivre, mais d\u2019abord en philosophie. Les philosophes ont pris en compte une \u00ab philosophie de l\u2019histoire \u00bb.<\/p>\n<p>La philosophie de l\u2019histoire est d\u2019inspiration chr\u00e9tienne (Hegel, Schelling&#8230;) \u2013 en effet c\u2019est la lecture chr\u00e9tienne de la Bible qui la fonde. La Bible se distingue des autres textes religieux parce qu\u2019elle inscrit les faits, les paroles et les intentions humaines dans le cadre d\u2019une progression de la premi\u00e8re alliance (la cr\u00e9ation) \u00e0 une nouvelle alliance (le don de l\u2019Esprit saint) dans une tension vers un ach\u00e8vement. Mais la philosophie de l\u2019histoire ne se contente pas de pr\u00e9senter cette d\u00e9marche. Elle entend expliquer ce qui advient en ne consid\u00e9rant que la responsabilit\u00e9 des humains. D\u2019abord, les acteurs directs et imm\u00e9diats (les rois et les reines, les financiers, les propri\u00e9taires des ressources agricoles ou industrielles, les arm\u00e9es&#8230;) sont consid\u00e9r\u00e9s de mani\u00e8re pr\u00e9cise et cela conduit \u00e0 tenir \u00e0 distance les motivations spirituelles. Ensuite, l\u2019anthropologie consid\u00e8re que l\u2019\u00eatre humain est un \u00eatre de d\u00e9sir, ayant une vie intellectuelle, affective, artistique, relationnelle qui fait un tout qui n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre compl\u00e9t\u00e9 ou corrig\u00e9 par un \u00ab don d\u2019en haut \u00bb. L\u2019\u00eatre humain est ainsi possesseur des moyens de r\u00e9aliser lui-m\u00eame son bonheur. La perspective d\u2019un don de Dieu n\u2019est pas prise en compte. Le discours philosophique prend la place du discours th\u00e9ologique ; la mystique naturelle (dont t\u00e9moignent les religions du monde) existe en tout \u00eatre humain ; cela relativise les affirmations de la transcendance de Dieu. C\u2019est l\u00e0 ce que l\u2019on appelle un processus de \u00ab s\u00e9cularisation \u00bb. C\u2019est contre cette r\u00e9duction anthropologique que s\u2019est dress\u00e9e Karl Barth. Elle n\u2019est pas une affaire culturelle comme le dit la notion de chr\u00e9tient\u00e9 telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e par les auteurs \u00ab humanistes \u00bb qui voit dans le christianisme une synth\u00e8se entre le \u00ab monde de Dieu \u00bb et le \u00ab monde des hommes \u00bb &#8211; avec une th\u00e9ologie de l\u2019histoire. Barth insiste sur la transcendance. Cette conception protestante a son \u00e9quivalent dans le monde catholique par la valorisation des vocations contemplatives (dont les carm\u00e9lites sont encore la figure exemplaire et romantique). L\u2019absolu de Dieu efface les consid\u00e9rations philosophiques, psychologiques ou culturelles. L\u2019esp\u00e9rance est consid\u00e9r\u00e9e comme ce qui va au-del\u00e0 du pr\u00e9sent et sa force est de rompre avec les raisons et les calculs qui s\u2019enferment dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 des faits actuels. Cette radicalit\u00e9 a marqu\u00e9 la th\u00e9ologie du XXe si\u00e8cle. Elle a \u00e9t\u00e9 une des sources de la th\u00e9ologie qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la promotion de la notion d\u2019esp\u00e9rance \u2013 encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>1.2. Reconstruire <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019essor de la th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance est corr\u00e9lative de la situation de la chr\u00e9tient\u00e9 en en Europe d\u2019abord et dans le monde ensuite. Il y a d\u2019une part l\u2019ampleur du d\u00e9sastre de ce que l\u2019on appelle \u00ab guerre mondiale \u00bb et qui sonne le d\u00e9clin de l\u2019Europe dans le monde. Mais aussi la mani\u00e8re de r\u00e9pondre au d\u00e9fi de la reconstruction. Cette reconstruction n\u2019est possible que parce qu\u2019il y a une esp\u00e9rance. Ce fait a deux aspects. Il y a d\u2019abord l\u2019ampleur du d\u00e9sastre humain, social et \u00e9conomique. Il y a ensuite, une reconstruction sur des ruines. L\u2019Europe a \u00e9t\u00e9 exemplaire sur ce point \u2013 la France en premier lieu par la bonne d\u00e9mographie de l\u2019apr\u00e8s- guerre.<\/p>\n<p>La reconstruction a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur le souci de faire mieux. Comme le dit la chanson sur le vieux chalet emport\u00e9 par la temp\u00eate, il est reb\u00e2ti \u00ab mieux qu\u2019avant \u00bb. Cet effort de reconstruction s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 en lien avec une \u00ab philosophie de l\u2019histoire \u00bb. Deux grands th\u00e9ologiens allemands ont marqu\u00e9 cette th\u00e9ologie : Pannenberg et Moltmann.<\/p>\n<p>18<\/p>\n<p>Moltmann a \u00e9t\u00e9 le plus original et le plus audacieux. Dans le contexte des ann\u00e9es de reconstruction, il est entr\u00e9 en dialogue (ou plus exactement assum\u00e9 les th\u00e9matiques) avec le marxisme qui s\u2019est diffus\u00e9 dans le monde comme vision d\u2019une transformation des conditions de vie pour r\u00e9aliser un monde plus juste. La philosophie de Marx \u2013 et pas le syst\u00e8me stalinien qui le trahit. C\u2019est une philosophie qui entend \u00eatre la lib\u00e9ration des servitudes et la reconnaissance des droits de mani\u00e8re universelle. Le marxisme dont il s\u2019agit est la philosophie du \u00ab jeune Marx \u00bb qui est d\u00e9velopp\u00e9e contre l\u2019enseignement donn\u00e9 dans le Parti. Un effort<\/p>\n<p>4 <br \/>pour repenser une philosophie dont les racines bibliques sont patentes . Le point de d\u00e9part a<\/p>\n<p>\u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9tude du philosophe d\u2019origine russe, devenu parisien, Nicolas Berdiaeff, <em>Christianisme et marxisme<\/em>,5 qui montre que la pens\u00e9e de Marx est, \u00e0 l\u2019origine, une s\u00e9cularisation de l\u2019esp\u00e9rance messianique juive.<\/p>\n<p>Ces propos th\u00e9ologiques s\u2019enracinent dans l\u2019action. Celle-ci est fond\u00e9e sur une th\u00e9ologie de l\u2019eschatologique qui assume des exigences qui sont explicit\u00e9es dans la th\u00e9ologie qui emploie le terme \u00ab eschatologie \u00bb<\/p>\n<p><strong>1.3. Une eschatologie <\/strong><\/p>\n<p>La th\u00e9ologie de l\u2019eschatologie repose sur quelques principes simples qui ont le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre source de l\u2019action. 1\u00b0- L\u2019eschatologie concerne la personne humaine comme individu et comme membre de l\u2019humanit\u00e9. On parle donc de la vie personnelle : l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me apr\u00e8s la mort et la r\u00e9surrection et le bonheur \u00e9ternel \u00ab dans son \u00e2me et dans son corps \u00bb. Mais aussi de l\u2019humanit\u00e9 puisque tous les humains sont solidaires et qu\u2019il y aura \u00ab un nouveau ciel et une nouvelle terre\u00bb, dont la construction est \u00e0 faire. C\u2019est une voie pour un accomplissement. 2\u00b0- L\u2019accomplissement n\u2019est pas un d\u00e9veloppement harmonieux et une progression pacifi\u00e9e, c\u2019est un antagonisme qui vient de la pr\u00e9sence du mal qui est m\u00eal\u00e9 inextricablement comme le bon grain et l\u2019ivraie de la parabole. C\u2019est pourquoi il y a un jugement ! 3\u00b0- L\u2019accomplissement est l\u2019\u0153uvre de Dieu. Cela implique que l\u2019on ne doit pas mettre au m\u00eame plan les deux issues du jugement. Dieu veut le salut de tous. L\u2019enfer n\u2019est pas la d\u00e9cision de Dieu, mais la cons\u00e9quence immanente \u00e0 laquelle s\u2019expose la libert\u00e9 de qui refuse radicalement Dieu. Le ciel et l\u2019enfer ne sont pas deux possibilit\u00e9s \u00e9quivalentes pour un choix. C\u2019est une possibilit\u00e9 ind\u00e9passable de la libert\u00e9 humaine. L\u2019esp\u00e9rance du ciel pr\u00e9vaut sur la crainte de l\u2019enfer. 4\u00b0- La consid\u00e9ration sur l\u2019avenir ultime ne doit pas faire oublier que Dieu se donne au cours du temps. Il ne cesse de se donner dans les actes fondateurs du salut (de l\u2019appel d\u2019Abraham \u00e0 la r\u00e9surrection de J\u00e9sus). L\u2019esp\u00e9rance ne porte pas seulement sur l\u2019avenir ; elle est une mani\u00e8re d\u2019habiter le pr\u00e9sent et donc concerne les actes pos\u00e9s par les humains. Ce qui est fait pour que la justice et la paix adviennent maintenant est \u0153uvre de l\u2019esp\u00e9rance. 5\u00b0- La r\u00e9alisation pl\u00e9ni\u00e8re du d\u00e9sir humain de bonheur, de paix, de justice, de v\u00e9rit\u00e9 et de beaut\u00e9 ne peut \u00eatre que future. Elle ne peut se r\u00e9aliser qu\u2019\u00e0 l\u2019initiative de Dieu pour se r\u00e9aliser aupr\u00e8s de Dieu.<\/p>\n<p>4 Ce paradoxe est manifeste : La premi\u00e8re pr\u00e9sentation globale de la philosophie de Marx devenue le classique de l\u2019enseignement universitaire a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite par un j\u00e9suite, Jean-Yves CALVEZ, <em>La Pens\u00e9e de Marx<\/em>, Paris, Seuil, 1956. La raison est simple : le marxisme voulant \u00eatre la seule interpr\u00e9tation valide de la pens\u00e9e du ma\u00eetre ne retenait que ce qui entrait dans la \u00ab ligne du parti \u00bb.<\/p>\n<p>5 Nicolas BERDIAEFF, <em>Christianisme et marxisme<\/em>, Paris, Centurion, 1975 et <em>Pour un christianisme de cr\u00e9ation et de libert\u00e9<\/em>, Paris, Cerf, 2009.<\/p>\n<p>19<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2434\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-9.png\" \/><\/p>\n<p><strong><em>2. Un \u00eatre nouveau <\/em><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience douloureuse de la croissance est la base d\u2019une prise de conscience que les enthousiasmes mobilisateurs des collectivit\u00e9s n\u2019ont pas donn\u00e9 le paradis promis. Il y a une<\/p>\n<p>6<\/p>\n<p>L\u2019effondrement du r\u00eave socialiste dans les dictatures qui se d\u00e9font pour se refaire (de Staline \u00e0 Poutine, de Mao \u00e0 Ji Ping&#8230;) atteste que l\u2019impur a recouvert et recouvre encore le d\u00e9sir pur des origines. Le d\u00e9sir pur est celui qui est volont\u00e9 d\u2019\u00e9craser les autres. Les mots de justice, solidarit\u00e9, coop\u00e9ration&#8230;<\/p>\n<p>sont apparus comme des slogans, i.e. des mots us\u00e9s et vid\u00e9s de leur sens. Il faut les revisiter.<\/p>\n<p>Dans la th\u00e9ologie catholique, le souci de transcendance de la vertu d\u2019esp\u00e9rance est li\u00e9 \u00e0 une r\u00e9flexion qui distingue entre deux ordres de pr\u00e9sence et de l\u2019action de Dieu, la nature et la gr\u00e2ce. Une distinction qui m\u00e9rite attention \u2013 malgr\u00e9 sa subtilit\u00e9 ou plut\u00f4t \u00e0 cause des complications qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p><strong>3.1. Le don de Dieu <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019esp\u00e9rance ne peut venir que d\u2019ailleurs&#8230; pas de soi.. ; pas de son semblable&#8230; La notion de gr\u00e2ce appara\u00eet dans la Bible pour pr\u00e9ciser et caract\u00e9riser la mani\u00e8re dont Dieu agit dans l\u2019histoire du salut. Le terme dit la gratuit\u00e9. C\u2019est-\u00e0-dire un engagement de la personne dans une relation avec autrui qui transcende l\u2019ordre de la justice et des obligations qui s\u2019en suivent. Selon toute justice, tout travail m\u00e9rite salaire ; aussi l\u2019argent vers\u00e9 par le \u00ab patron \u00bb \u00e0 son \u00ab employ\u00e9 \u00bb lui est d\u00fb. Le \u00ab patron \u00bb doit verser un salaire. Cette exigence \u00e9conomique est un exemple majeur qui indique une exigence de justice fondamentale ; elle concerne d\u2019autres situations. C\u2019est de l\u2019ordre du \u00ab devoir \u00bb dans le cadre d\u2019une exigence : la justice.<\/p>\n<p>La relation entre Dieu et le peuple rel\u00e8ve de la justice. Pour cette raison, elle est explicit\u00e9e dans les textes (et les interpr\u00e9tations traditionnelles) qui forment un ensemble que l\u2019on appelle: la Loi. Le fid\u00e8le a des devoirs envers Dieu \u2013 ou, comme on dit, des \u00ab obligations \u00bb. Or la notion de \u00ab loi \u00bb n\u2019est pas absolutis\u00e9e. Elle est situ\u00e9e dans une perspective diff\u00e9rente o\u00f9 para\u00eet un autre mode d\u2019action. La relation n\u2019est enferm\u00e9e dans la grille du devoir. Plusieurs termes le disent.<\/p>\n<p>Le mot \u1e25<em>anan <\/em>dit la bienveillance dans la relation d\u2019un \u00ab sup\u00e9rieur \u00bb \u00e0 un \u00ab subordonn\u00e9 \u00bb. Cette bienveillance qui t\u00e9moigne d\u2019un amour r\u00e9el qui entend pratiquer la justice avec indulgence. Le mot \u1e25<em>\u00e9sed <\/em>dit la fid\u00e9lit\u00e9 qui se concr\u00e9tise par des faveurs et des largesses. La fid\u00e9lit\u00e9 surmonte l\u2019usure du temps et la ferveur des premiers amours. Le mot <em>ra<\/em>\u1e25<em>am <\/em>dit la tendresse du p\u00e8re pour le petit enfant. La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 inconditionnelle de l\u2019accueil de la vie. Le mot <em>\u00e7edeq <\/em>dit l\u2019action dict\u00e9e par la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9. La stabilit\u00e9 d\u2019une relation qui surmonte le passage du temps. Ainsi le mot gr\u00e2ce qui venant du latin insiste sur la gratuit\u00e9 et donc sur la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Dieu prend les harmoniques d\u2019un Dieu qui n\u2019est pas dans la seule<\/p>\n<p>6 Cf. Corine PELLUCHON<em>, L\u2019Esp\u00e9rance ou la travers\u00e9e de l\u2019impossible<\/em>, Paris, Biblioth\u00e8que Rivages, Payot, 2023,p. 68s<\/p>\n<p>d\u00e9ception devant les promesses de ce qui se r\u00e9v\u00e8le comme de faux biens.<\/p>\n<p>20<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2435\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-10.png\" \/><\/p>\n<p>relation autoritaire de la Loi. Ce que la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne exprime avec la notion de \u00ab paternit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est dans le cadre de la pens\u00e9e de Paul que le terme devient central dans la th\u00e9ologie du Nouveau Testament. Le terme permet \u00e0 Paul de tenir \u00e0 distance les imp\u00e9ratifs de la Loi et d\u2019insister sur l\u2019universalit\u00e9 du salut. Celui-ci est pour les Juifs qui ont la Loi, mais aussi pour les pa\u00efens qui n\u2019ont pas sur cette voie. Ainsi la gratuit\u00e9 est soulign\u00e9e : c\u2019est \u00ab sans raison \u00bb que Dieu donne le salut. Ce \u00ab sans raison \u00bb a donn\u00e9 naissance \u00e0 des d\u00e9bats qui sont importants pour notre compr\u00e9hension de l\u2019esp\u00e9rance.<\/p>\n<p><strong>3.2. La nature et la gr\u00e2ce <\/strong><\/p>\n<p>Dans la th\u00e9ologie latine (en Occident) les th\u00e9ologiens et les moralistes se sont heurt\u00e9s \u00e0 propos de la gr\u00e2ce. C\u2019est en grande raison parce que les d\u00e9bats se sont enracin\u00e9s dans les perspectives de saint Augustin. Cette figure fondatrice de la th\u00e9ologie latine a v\u00e9cu une conversion dont la radicalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e par une mise en opposition entre l\u2019avant et l\u2019apr\u00e8s sa conversion. Cette mise en opposition s\u2019est \u00e9tendue \u00e0 la vision d\u2019ensemble de la vie chr\u00e9tienne marqu\u00e9e par le traumatisme de la prise et du pillage de Rome par les barbares et par la destruction de la chr\u00e9tient\u00e9 d\u2019Afrique par les Vandales. La fin d\u2019un monde&#8230; Pour Augustin l\u2019humanit\u00e9 est en perdition irr\u00e9m\u00e9diable \u2013 c\u2019est une \u00ab <em>massa damnata <\/em>\u00bb : tout le monde ira dans les peines de l\u2019enfer. Tous, sauf quelques \u00e9lus qui ne le pourrons que par un don de Dieu. C\u2019est un vrai don, car rien ne saurait le m\u00e9riter ! Il y a une impuissance invincible \u00e0 faire le bien. Il faut un don de Dieu : une gr\u00e2ce au sens strict : un don qui n\u2019est pas du tout m\u00e9rit\u00e9. La libert\u00e9 de l\u2019homme est vaine. La gr\u00e2ce est donc premi\u00e8re. Sans elle, rien n\u2019est bon dans l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour ce qui rel\u00e8ve de notre d\u00e9marche, il fait noter que cette vision fait que l\u2019esp\u00e9rance est un don surnaturel. Ce don de Dieu ne doit rien \u00e0 la nature. Le vocabulaire de l\u2019\u00e9lection est repris dans sa rigueur. Le choix de Dieu n\u2019est pas une reconnaissance du bien qui a \u00e9t\u00e9 fait, ni une validation de ce qui a \u00e9t\u00e9 accompli. Le choix est un choix au-del\u00e0 de toute raison. Toute d\u00e9marche est une reconnaissance qu\u2019un don a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 toute demande ou initiative. En d\u2019autres termes, ce n\u2019est pas la nature qui d\u00e9sire la gr\u00e2ce. Le don de la gr\u00e2ce est au-del\u00e0 de toute raison : l\u2019initiative de Dieu est radicale. Ce n\u2019est qu\u2019une fois que la gr\u00e2ce est donn\u00e9e qu\u2019il y a une reconnaissance.<\/p>\n<p>C\u2019est par la gr\u00e2ce que la nature est reconnue comme capacit\u00e9 de faire le bien. Sans elles l\u2019humanit\u00e9 est dans l\u2019aveuglement. Cette tradition insiste sur l\u2019initiative de Dieu qui est un amour inconditionnel. Dans cette perspective l\u2019esp\u00e9rance est un don de Dieu qui est une nouvelle initiative de Dieu pour lui donner confiance en la mis\u00e9ricorde de Dieu. C\u2019est dans l\u2019intime de la relation \u00e0 Dieu que tout se joue. C\u2019est incommensurable.<\/p>\n<p><strong>3.3. La libert\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 ce pessimisme ontologique, la modernit\u00e9 se situe dans une exigence humaniste qui contrecarre ce pessimisme. Elle promeut la libert\u00e9. Cela donne \u00e0 l\u2019\u00eatre humain la responsabilit\u00e9 de sa vie : ses options fondamentales et le style de vie qui est pratiqu\u00e9.<\/p>\n<p>21<\/p>\n<p>Les questions qui se posent alors peuvent \u00eatre saisies sur un point particulier : le d\u00e9sir. Parler de d\u00e9sir permet de reconna\u00eetre la faiblesse de l\u2019\u00eatre humain \u2013 \u00e9tant donn\u00e9 que cette faiblesse peut \u00eatre diversement comprise. Mais cette faiblesse est ouverte sur un plus : le d\u00e9sir d\u2019une vie plus riche, plus belle, plus heureuse. Le d\u00e9sir a plusieurs champs : le bonheur, mais aussi les exigences de v\u00e9rit\u00e9, de justice ou encore de relation juste avec la nature, les autres \u00eatres humains et plus radicalement la relation entre un d\u00e9sir et sa fin.<\/p>\n<p>Cette perspective \u00e9carte les th\u00e9ologies qui se contentent de juxtaposer l\u2019ordre de la nature et l\u2019ordre de la gr\u00e2ce. La nature est, en effet, d\u00e9sirante d\u2019une pleine r\u00e9alisation des capacit\u00e9s ontologiques de l\u2019humanit\u00e9. Elle accueille donc ce qui comblera le d\u00e9sir au-del\u00e0 de ses limites propres.<\/p>\n<p>La perspective de l\u2019histoire du salut s\u2019inscrit dans cette dynamique. L\u2019alliance entre Dieu et l\u2019humanit\u00e9 est fond\u00e9e sur une participation. Cette participation est r\u00e9aliste et donc l\u2019histoire qui en d\u00e9coule est une \u00ab histoire du salut \u00bb. Le texte biblique est re\u00e7u dans sa litt\u00e9ralit\u00e9 singuli\u00e8re (le destin du peuple \u00e9lu) et compris comme paradigmatique pour toute l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est un point qui est apparue dans la th\u00e9ologie de Paul.<\/p>\n<p><strong><em>Conclusion <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Au terme de ces analyses, une distinction est \u00e9clairante, voire n\u00e9cessaire. Il convient de ne pas confondre \u00ab espoir \u00bb et \u00ab esp\u00e9rance \u00bb. Certes, il y a dans les deux termes le rapport \u00e0 l\u2019avenir et le constat d\u2019une incertitude. L\u2019avenir est sous le sceau de l\u2019impr\u00e9visible \u2013 mais cette situation n\u2019est pas v\u00e9cue de la m\u00eame mani\u00e8re. L\u2019espoir se situe dans le cadre des possibilit\u00e9s humaines : la raison, les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la vie et \u00e0 la construction du cadre de vie, la culture&#8230; Ces possibilit\u00e9s ne cessent de se renouveler et de se diversifier&#8230; et donc de surmonter les \u00e9checs. Pourtant, on constate que cela ne suffit pas. La course en avant sous la banni\u00e8re du \u00ab progr\u00e8s \u00bb qui a domin\u00e9 la culture europ\u00e9enne depuis le XVIIIe si\u00e8cle a montr\u00e9 ses limites : elle laisse dans l\u2019ombre des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la vie humaine. La notion d\u2019esp\u00e9rance vient en contrepoint sur deux aspects. D\u2019abord l\u2019enracinement. Au sens o\u00f9 la th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance prend en compte toute l\u2019existence humaine. Elle ne fait pas comme le sp\u00e9cialiste qui traite une maladie et parle \u00e0 son patient de son \u00e9volution (avec comp\u00e9tence et humanit\u00e9), mais reste au seuil de questions ou d\u2019incertitudes concernant ce qui est plus radical : la vie elle-m\u00eame et m\u00eame encore plus : la raison d\u2019\u00eatre et de vivre.<\/p>\n<p>22<\/p>\n<p><em>Troisi\u00e8me \u00e9tape <\/em><\/p>\n<p><strong>Une nouvelle cr\u00e9ation <\/strong><\/p>\n<p>Nous avons parcouru les pages de la Bible (Ancien et Nouveau Testament) et nous avons vu comment, au cours du temps, les relations entre l\u2019humanit\u00e9 et Dieu se sont forg\u00e9es. L\u2019alliance a \u00e9t\u00e9 un chemin de transformation : la transformation d\u2019Abraham et de Sara au principe du peuple \u00e9lu a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e9tape. Ce chemin a \u00e9t\u00e9 un mouvement vers une tension vers un avenir sous la perspective d\u2019une promesse. Ce chemin \u00e9tait un changement dans la mani\u00e8re de concevoir Dieu et une maturation de la relation avec Dieu. Pour dire le point ultime de cette transformation, saint Paul utilise une expression qui lui est propre : <em>kainos anthropos <\/em>: l\u2019homme nouveau pour dire la condition nouvelle du chr\u00e9tien, disciple de J\u00e9sus et baptis\u00e9 dans l\u2019Esprit Saint. Le terme \u00ab <em>kainos <\/em>\u00bb (nouveau) doit \u00eatre entendu au sens strict : c\u2019est vraiment une cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>\u00ab Si quelqu\u2019un est dans le Christ, c\u2019est une cr\u00e9ation nouvelle ; l\u2019\u00eatre ancien a disparu, un \u00eatre nouveau et l\u00e0 \u00bb (2 Co 5,17) et \u00ab La circoncision n\u2019est rien, ni l\u2019incirconcision ; il s\u2019agit d\u2019\u00eatre une cr\u00e9ature nouvelle \u00bb (Gal 6, 15).<\/p>\n<p><strong><em>1. Une nouvelle cr\u00e9ation <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le terme \u00abnouveau\u00bb s\u2019inscrit dans un mouvement de la proph\u00e9tie qui devient apocalyptique, c\u2019est-\u00e0-dire tout \u00e0 la fois une radicalisation et une universalisation. Une universalisation, car la transformation n\u2019est pas limit\u00e9e \u00e0 la subjectivit\u00e9 humaine, mais concerne toute la cr\u00e9ation. C\u2019est une sorte de globalisation.<\/p>\n<p><strong>1.1. Vision de la fin <\/strong><\/p>\n<p>Cette modification appara\u00eet dans la deuxi\u00e8me partie du livre d\u2019Isa\u00efe \u00e0 propos d\u2019une intervention divine en faveur du peuple. Dieu d\u00e9clare: \u00ab<em>Les premiers \u00e9l\u00e9ments ou \u00e9v\u00e9nements sont arriv\u00e9s. J\u2019en proclame (ou annonce) de nouveaux <\/em>\u00bb (42,9) c\u2019est dans un des \u00ab chants du Serviteur \u00bb. Ce texte est du temps o\u00f9 la captivit\u00e9 \u00e0 Babylone prend fin avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Cyrus et introduit \u00e0 l\u2019appel \u00e0 reconstruire J\u00e9rusalem.<\/p>\n<p>Cette reconstruction n\u2019est pas chose facile comme en t\u00e9moigne la troisi\u00e8me partie du livre d\u2019Isa\u00efe.<\/p>\n<p>23<\/p>\n<p>Isa\u00efe 65,16 : \u00ab <em>Ceux qui se b\u00e9niront sur terre se b\u00e9niront par le Dieu de v\u00e9rit\u00e9, et ceux qui jureront sur terre jureront par le Dieu de v\u00e9rit\u00e9 <\/em>; on oubliera les angoisses anciennes ; <em>elles auront disparu de mes yeux. Car voici que je vais cr\u00e9er des cieux nouveaux et une terre nouvelle. On ne se souviendra plus du pass\u00e9 <\/em>; il ne reviendra plus \u00e0 l<em>\u2019esprit. Mais soyez pleins d\u2019all\u00e9gresse et exultez \u00e9ternellement de ce que moi, je vais cr\u00e9er <\/em>; car voici que je vais <em>faire de J\u00e9rusalem une exultation et de mon peuple une all\u00e9gresse. J\u2019exulterai en J\u00e9rusalem. <\/em><\/p>\n<p>L\u2019expression \u00ab cieux nouveaux et terre nouvelle \u00bb (Is 66,22) montre que l\u2019action de Dieu concerne tout ce qui est ; c\u2019est \u00ab une nouvelle cr\u00e9ation \u00bb ; c\u2019est plus que le salut du seul \u00ab peuple \u00e9lu \u00bb. Cette annonce \u00e9tend \u00e0 l\u2019univers ce qui avait \u00e9t\u00e9 dit pas le proph\u00e8te J\u00e9r\u00e9mie de l\u2019Alliance nouvelle.<\/p>\n<p>24<\/p>\n<p><em>\u00ab Voici venir des jours, oracles de Yahv\u00e9, o\u00f9 je conclurai avec la maison d\u2019Isra\u00ebl et la maison de Juda une alliance nouvelle. Non pas comme l\u2019alliance que j\u2019ai conclue avec leurs p\u00e8res, le jour o\u00f9 je les pris par la main pour les faire sortir du pays d\u2019\u00c9gypte \u2013 mon alliance qu\u2019eux-m\u00eames ont rompue bien que je fusse leur ma\u00eetre \u2013 oracle de Yahv\u00e9. Voici l\u2019alliance que je conclurai avec la maison d\u2019Isra\u00ebl apr\u00e8s ces jours-l\u00e0 \u2013 orale de Yahv\u00e9. Je mettrai ma loi au fond de leur \u00eatre et je l\u2019\u00e9crirai sur leur c\u0153ur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. \u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong>1.2. Une eschatologie <\/strong><\/p>\n<p>La th\u00e9ologie de l\u2019eschatologie repose sur quelques principes simples qui ont le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre source de l\u2019action.<\/p>\n<p>1\u00b0- L\u2019eschatologie concerne la personne humaine comme individu et comme membre de l\u2019humanit\u00e9. On parle donc de la vie personnelle : l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me apr\u00e8s la mort et la r\u00e9surrection et le bonheur \u00e9ternel \u00ab dans son \u00e2me et dans son corps \u00bb. Mais aussi de l\u2019humanit\u00e9 puisque tous les humains sont solidaires et qu\u2019il y aura \u00ab un nouveau ciel et une nouvelle terre \u00bb, dont la construction est \u00e0 faire. C\u2019est une voie pour un accomplissement ;<\/p>\n<p>2\u00b0- L\u2019accomplissement n\u2019est pas un d\u00e9veloppement harmonieux et une progression pacifi\u00e9e, c\u2019est un antagonisme qui vient de la pr\u00e9sence du mal qui est m\u00eal\u00e9 inextricablement comme le bon grain et l\u2019ivraie de la parabole. C\u2019est pourquoi il y a un jugement !<\/p>\n<p>3\u00b0- L\u2019accomplissement est l\u2019\u0153uvre de Dieu. Cela implique que l\u2019on ne doit pas mettre au m\u00eame plan les deux issues du jugement. Dieu veut le salut de tous. L\u2019enfer n\u2019est pas la d\u00e9cision de Dieu, mais la cons\u00e9quence immanente \u00e0 laquelle s\u2019expose la libert\u00e9 de qui refuse radicalement Dieu. Le ciel et l\u2019enfer ne sont pas deux possibilit\u00e9s \u00e9quivalentes pour un choix. C\u2019est une possibilit\u00e9 ind\u00e9passable de la libert\u00e9 humaine. L\u2019esp\u00e9rance du ciel pr\u00e9vaut sur la crainte de l\u2019enfer.<\/p>\n<p>4\u00b0- La consid\u00e9ration sur l\u2019avenir ultime ne doit pas faire oublier que Dieu se donne au cours du temps. Il ne cesse de se donner dans les actes fondateurs du salut (de l\u2019appel d\u2019Abraham \u00e0 la r\u00e9surrection de J\u00e9sus). L\u2019esp\u00e9rance ne porte pas seulement sur l\u2019avenir ; elle est une mani\u00e8re d\u2019habiter le pr\u00e9sent et donc concerne les actes pos\u00e9s par les humains. Ce qui est fait pour que la justice et la paix adviennent maintenant est \u0153uvre de l\u2019esp\u00e9rance.<\/p>\n<p>5\u00b0- La r\u00e9alisation pl\u00e9ni\u00e8re du d\u00e9sir humain de bonheur, de paix, de justice, de v\u00e9rit\u00e9 et de beaut\u00e9 ne peut \u00eatre que future. Elle ne peut se r\u00e9aliser qu\u2019\u00e0 l\u2019initiative de Dieu pour se r\u00e9aliser aupr\u00e8s de Dieu.<\/p>\n<p><strong>1.3. Un \u00eatre nouveau <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience douloureuse la modernit\u00e9 habite la prise de conscience que les<\/p>\n<p>enthousiasmes mobilisateurs des collectivit\u00e9s n\u2019ont pas donn\u00e9 le paradis promis. Il y a une<\/p>\n<p>7 <br \/>d\u00e9ception devant les promesses de ce qui se r\u00e9v\u00e8le comme de faux biens . L\u2019effondrement du<\/p>\n<p>r\u00eave socialiste dans les dictatures qui se d\u00e9font pour se refaire (de Staline \u00e0 Poutine, de Mao \u00e0 Ji Ping&#8230;) atteste que l\u2019impur a recouvert et recouvre encore le d\u00e9sir pur des origines. Le d\u00e9sir pur est celui qui est volont\u00e9 d\u2019\u00e9craser les autres. Les mots de justice, solidarit\u00e9, coop\u00e9ration&#8230; sont apparus comme des slogans, i.e. des mots us\u00e9s et vid\u00e9s de leur sens.<\/p>\n<p>C\u2019est par rapport \u00e0 cette d\u00e9ception que se comprend la th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance. Elle est une radicalit\u00e9 qui ne peut advenir qu\u2019\u00e0 l\u2019initiative de Dieu. Le langage de l\u2019apocalypse le pr\u00e9sente comme un don gratuit et non m\u00e9rit\u00e9. Ce n\u2019est pas de l\u2019ordre de la justice, mais un acte de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de la part de Dieu.<\/p>\n<p><strong><em>2. Un don de Dieu <\/em><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019esp\u00e9rance ne peut venir que d\u2019ailleurs&#8230; pas de soi.. ; pas de son semblable&#8230; Ce ne peut \u00eatre qu\u2019un don. La notion de gr\u00e2ce appara\u00eet dans la Bible pour pr\u00e9ciser et caract\u00e9riser la mani\u00e8re dont Dieu agit dans l\u2019histoire du salut.<\/p>\n<p><strong>2.1. Un don gratuit <\/strong><\/p>\n<p>Le terme dit la gratuit\u00e9. C\u2019est-\u00e0-dire un engagement de la personne dans une relation avec autrui qui transcende l\u2019ordre de la justice et des obligations qui s\u2019en suivent. Selon toute justice, tout travail m\u00e9rite salaire ; aussi l\u2019argent vers\u00e9 par le \u00ab patron \u00bb \u00e0 son \u00ab employ\u00e9 \u00bb lui est d\u00fb. Le \u00ab patron \u00bb doit verser un salaire. Cette exigence \u00e9conomique est un exemple majeur qui indique une exigence de justice fondamentale ; elle concerne d\u2019autres situations. C\u2019est de l\u2019ordre du \u00ab devoir \u00bb dans le cadre d\u2019une exigence : la justice.<\/p>\n<p>La relation entre Dieu et le peuple rel\u00e8ve de la justice. Pour cette raison, elle est explicit\u00e9e dans les textes (et les interpr\u00e9tations traditionnelles) qui forment un ensemble que l\u2019on appelle: la Loi. Le fid\u00e8le a des devoirs envers Dieu \u2013 ou, comme on dit, des \u00ab obligations \u00bb.<\/p>\n<p>Or la notion de \u00ab loi \u00bb n\u2019est pas absolutis\u00e9e. Elle est situ\u00e9e dans une perspective diff\u00e9rente o\u00f9 para\u00eet un autre mode d\u2019action. La relation n\u2019est enferm\u00e9e dans la grille du devoir. Plusieurs termes le disent.<\/p>\n<p>Le mot \u1e25<em>anan <\/em>dit la bienveillance dans la relation d\u2019un \u00ab sup\u00e9rieur \u00bb \u00e0 un \u00ab subordonn\u00e9 \u00bb. Cette bienveillance qui t\u00e9moigne d\u2019un amour r\u00e9el qui entend pratiquer la justice avec indulgence. Le mot \u1e25<em>\u00e9sed <\/em>dit la fid\u00e9lit\u00e9 qui se concr\u00e9tise par des faveurs et des largesses. La fid\u00e9lit\u00e9 surmonte l\u2019usure du temps et la ferveur des premiers amours. Le mot <em>ra<\/em>\u1e25<em>am <\/em>dit la tendresse du p\u00e8re pour le petit enfant. La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 inconditionnelle de l\u2019accueil de la vie. Le mot <em>\u00e7edeq <\/em>dit l\u2019action dict\u00e9e par la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9. La stabilit\u00e9 d\u2019une relation qui surmonte le passage du temps. Ainsi le mot gr\u00e2ce qui venant du latin insiste sur la gratuit\u00e9 et<\/p>\n<p>7 Cf. Corine PELLUCHON<em>, L\u2019Esp\u00e9rance ou la travers\u00e9e de l\u2019impossible<\/em>, Paris, Biblioth\u00e8que Rivages, Payot, 2023,p. 68s<\/p>\n<p>25<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2437\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-12.png\" \/><\/p>\n<p>donc sur la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Dieu prend les harmoniques d\u2019un Dieu qui n\u2019est pas dans la seule relation autoritaire de la Loi. Ce que la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne exprime avec la notion de \u00ab paternit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est dans le cadre de la pens\u00e9e de Paul que le terme devient central dans la th\u00e9ologie du Nouveau Testament. Le terme permet \u00e0 Paul de tenir \u00e0 distance les imp\u00e9ratifs de la Loi et d\u2019insister sur l\u2019universalit\u00e9 du salut. Celui-ci est pour les Juifs qui ont la Loi, mais aussi pour les pa\u00efens qui n\u2019ont pas connu cette voie. Ainsi la gratuit\u00e9 est soulign\u00e9e : c\u2019est \u00ab sans raison \u00bb que Dieu donne le salut. Ce \u00ab sans raison \u00bb a donn\u00e9 naissance \u00e0 des d\u00e9bats infinis qui sont importants pour notre compr\u00e9hension de l\u2019esp\u00e9rance.<\/p>\n<p><strong>2.2. Un don r\u00e9ellement donn\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Toute la difficult\u00e9 th\u00e9ologique repose sur la notion de don. Il faut dire deux choses : le don est donn\u00e9 \u2013 il est donc \u00e0 l\u2019initiative du donateur. Mais si le don est donn\u00e9, il appartient \u00e0 celui qui a re\u00e7u le don. On peut donc consid\u00e9rer le don dans ses deux partenaires : le donateur et le b\u00e9n\u00e9ficiaire. Le b\u00e9n\u00e9ficiaire qui a re\u00e7u un don n\u2019est plus ce qu\u2019il \u00e9tait avant de recevoir le don.<\/p>\n<p>Il faut donc dire deux choses le don est un vrai don. Il n\u2019est pas un salaire, une reconnaissance ou une r\u00e9tribution. Il est gratuit. Mais cette gratuit\u00e9 n\u2019est pas la source d\u2019une humiliation : celui qui re\u00e7oit le don devant se sentir humili\u00e9 par la grandeur de celui qui lui fait don.<\/p>\n<p>Le don est au-del\u00e0 de la r\u00e9ciprocit\u00e9 d\u2019une reconnaissance mutuelle. Si l\u2019initiative vient<\/p>\n<p>8 <br \/>du donateur, elle n\u2019est pas humiliante . Paradoxalement, c\u2019est l\u2019affirmation de la grandeur de<\/p>\n<p>Dieu qui permet de fonder la libert\u00e9. En soulignant la transcendance de Dieu, on affirme sa capacit\u00e9 de donner sans que ce don soit fait dans le souci de grandir dans son \u00eatre. Il faut insister sur le sens premier du terme \u00ab don \u00bb. C\u2019est ce qui constitue celui qui re\u00e7oit le don comme source de son \u00eatre : mieux devenir soi.<\/p>\n<p>Ce point fait la difficult\u00e9 \u00e0 la racine de la condition du refus de l\u2019humanisme moderne. La libert\u00e9 donn\u00e9e est comme une humiliation. Telle est la source du conflit avec l\u2019humanisme moderne. qui est \u00e0 la racine de la condition de l\u2019d\u2019accorder l\u2019action de Dieu et la libert\u00e9 humaine. Dieu et l\u2019homme sont mis en position de confrontation.<\/p>\n<p>8 Dans la th\u00e9ologie latine (en Occident) les th\u00e9ologiens et les moralistes se sont heurt\u00e9s \u00e0 propos de la gr\u00e2ce. C\u2019est en grande raison parce que les d\u00e9bats se sont enracin\u00e9s dans les perspectives de saint Augustin. Cette figure fondatrice de la th\u00e9ologie latine a v\u00e9cu une conversion dont la radicalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e par une mise en opposition entre l\u2019avant et l\u2019apr\u00e8s sa conversion. Cette mise en opposition s\u2019est \u00e9tendue \u00e0 la vision d\u2019ensemble de la vie chr\u00e9tienne marqu\u00e9e par le traumatisme de la prise et du pillage de Rome par les barbares et par la destruction de la chr\u00e9tient\u00e9 d\u2019Afrique par les Vandales. La fin d\u2019un monde&#8230; Pour Augustin l\u2019humanit\u00e9 est en perdition irr\u00e9m\u00e9diable \u2013 c\u2019est une \u00ab <em>massa damnata <\/em>\u00bb : tout le monde ira en enfer. Tous, sauf quelques \u00e9lus qui ne le pourrons que par un don de Dieu. C\u2019est un vrai don, car rien ne saurait le m\u00e9riter ! Il y a une impuissance invincible \u00e0 faire le bien. Il faut un don de Dieu : une gr\u00e2ce au sens strict : un don qui n\u2019est pas du tout m\u00e9rit\u00e9. La libert\u00e9 de l\u2019homme est vaine. La gr\u00e2ce est donc premi\u00e8re. Sans elle, rien n\u2019est bon dans l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>26<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2438\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-13.png\" \/><\/p>\n<p>Il faut sortir du pi\u00e8ge de la notion de \u00ab destin \u00bb. La conception de Dieu est celle d\u2019une libert\u00e9 face \u00e0 une autre libert\u00e9.<\/p>\n<p><strong>2.3. La libert\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 ce pessimisme ontologique, la modernit\u00e9 se situe dans une exigence humaniste qui contrecarre ce pessimisme. Elle promeut la libert\u00e9. Cela donne \u00e0 l\u2019\u00eatre humain la responsabilit\u00e9 de sa vie : ses options fondamentales et le style de vie qui est pratiqu\u00e9.<\/p>\n<p>Les questions qui se posent alors peuvent \u00eatre saisies sur un point particulier : le d\u00e9sir. Parler de d\u00e9sir permet de reconna\u00eetre la faiblesse de l\u2019\u00eatre humain \u2013 \u00e9tant donn\u00e9 que cette faiblesse peut \u00eatre diversement comprise. Mais cette faiblesse est ouverte sur un plus : le d\u00e9sir d\u2019une vie plus riche, plus belle, plus heureuse. Le d\u00e9sir a plusieurs champs : le bonheur, mais aussi les exigences de v\u00e9rit\u00e9, de justice ou encore de relation juste avec la nature, les autres \u00eatres humains et plus radicalement la relation entre un d\u00e9sir et sa fin.<\/p>\n<p>Cette perspective \u00e9carte les th\u00e9ologies qui se contentent de juxtaposer l\u2019ordre de la nature et l\u2019ordre de la gr\u00e2ce. La nature est, en effet, d\u00e9sirante d\u2019une pleine r\u00e9alisation des capacit\u00e9s ontologiques de l\u2019humanit\u00e9. Elle accueille donc ce qui comblera le d\u00e9sir au-del\u00e0 de ses limites actuelles en accomplissant le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre de tout \u00eatre : devenir soi. La perspective de l\u2019histoire du salut s\u2019inscrit dans cette dynamique. L\u2019alliance entre Dieu et l\u2019humanit\u00e9 est fond\u00e9e sur une participation. Cette participation est r\u00e9aliste et donc l\u2019histoire qui en d\u00e9coule est une \u00ab histoire du salut \u00bb. Le texte biblique est re\u00e7u dans sa litt\u00e9ralit\u00e9 singuli\u00e8re (le destin du peuple \u00e9lu) et compris comme paradigmatique pour toute l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est un point qui est apparu dans la th\u00e9ologie de Paul.<\/p>\n<p><strong><em>3. Le vocabulaire de l\u2019amour <\/em><\/strong><\/p>\n<p>La notion traditionnelle de \u00ab vertu \u00bb est traditionnelle. Le terme vient du grec. Il a ses lettres de noblesse. Malheureusement, il a \u00e9t\u00e9 falsifi\u00e9 dans une vision moralisante.<\/p>\n<p><strong>3.1. Par amour <\/strong><\/p>\n<p>Le terme prend des sens diff\u00e9rents selon les auteurs. Pour les Philosophes grecs, la vertu est dans la connaissance : chez Platon embl\u00e9matiquement \u2013 comme pour la philosophie de l\u2019\u00e9ducation nationale selon la parole de Victor Hugo : \u00ab Ouvrir une \u00e9cole, c\u2019est fermer une prison \u00bb. C\u2019est oublier l\u2019importance de la volont\u00e9 et de l\u2019engagement par des d\u00e9cisions. Le bien se fait par d\u00e9sir du bien comme tel. Or dans une d\u00e9cision, un \u00e9l\u00e9ment important rel\u00e8ve de<\/p>\n<p>9 l\u2019amour. Or l\u2019amour implique une relation \u00e0 ce qui est aim\u00e9 .<\/p>\n<p>9 \u00ab Pour comprendre ce qu\u2019est l\u2019esp\u00e9rance et rencontrer cette petite fille qui arrive dans le brouillard, comme l\u2019aube apr\u00e8s une nuit qui semblait ne plus avoir de fin, il faut avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u par des faux biens. Un peuple ne reconna\u00eet son identit\u00e9, qui est narrative et ouverte aux diff\u00e9rences, que s\u2019il a dig\u00e9r\u00e9 sa perte de prestige et renonc\u00e9 aux grandeurs provenant de l\u2019imaginaire de la domination. Se percevant comme une puissance moyenne qui doit compter avec les autres et mesurant le p\u00e9ril associ\u00e9 aux nations mesurant le p\u00e9ril associ\u00e9 aux nations menant des politiques de puissance, il saisit ce que la nostalgie de la grandeur pass\u00e9e et l\u2019appel au Grand Soir ont de vain. Il peut alors identifier ce qui, dans le r\u00e9el, annonce un possible plein de promesses. \u00bb (p. 68) \u00ab Un d\u00e9sir profond et pur, qui donne la joie et la certitude d\u2019\u00eatre \u00e0 sa place, \u00e9merge parce que les d\u00e9sirs impurs, la toute- puissance et la volont\u00e9 d\u2019\u00e9craser les autres se sont \u00e9vanouis. La justice, la solidarit\u00e9, le d\u00e9sir de coop\u00e9rer, le souci<\/p>\n<p>27<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2440\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-14.png\" \/><\/p>\n<p>C\u2019est dans cette perspective que se situe la notion de gr\u00e2ce : un don qui appelle la reconnaissance et motive l\u2019action qui est v\u00e9cue par amour. Pour ce qui rel\u00e8ve de notre d\u00e9marche, il fait noter que cette vision fait que l\u2019esp\u00e9rance est un don surnaturel. Ce don de Dieu ne doit rien \u00e0 la nature. Le vocabulaire de l\u2019\u00e9lection est repris dans sa rigueur. Le choix de Dieu n\u2019est pas une reconnaissance du bien qui a \u00e9t\u00e9 fait, ni une validation de ce qui a \u00e9t\u00e9 accompli. Le choix est un choix au-del\u00e0 de toute raison. Toute d\u00e9marche est une reconnaissance qu\u2019un don a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 toute demande ou initiative. En d\u2019autres termes, ce n\u2019est pas la nature qui d\u00e9sire la gr\u00e2ce. Le don de la gr\u00e2ce est au-del\u00e0 de toute raison : l\u2019initiative de Dieu est radicale. Ce n\u2019est qu\u2019une fois que la gr\u00e2ce est donn\u00e9e qu\u2019il y a une reconnaissance. C\u2019est par la gr\u00e2ce que la nature est reconnue comme capacit\u00e9 de faire le bien. Sans elles l\u2019humanit\u00e9 est dans l\u2019aveuglement. Cette tradition insiste sur l\u2019initiative de Dieu qui est un amour inconditionnel. Dans cette perspective l\u2019esp\u00e9rance est un don de Dieu qui est une nouvelle initiative de Dieu pour lui donner confiance en la mis\u00e9ricorde de Dieu. C\u2019est dans l\u2019intime de la relation \u00e0 Dieu que tout se joue. C\u2019est incommensurable.<\/p>\n<p><strong>3.2. Amour de soi ou amour d\u2019un autre <\/strong><\/p>\n<p>Un grand renversement dans le chemin de l\u2019amour. L\u2019amour de soi n\u2019est pas le dernier<\/p>\n<p>mot.<\/p>\n<p>T\u00e9moin la r\u00e9flexion actuelle de la philosophie centr\u00e9e sur l\u2019anthropologie. L\u2019esp\u00e9rance est la force de la vie qui est bouscul\u00e9e par ce qui rel\u00e8ve de la \u00ab d\u00e9pression nerveuse \u00bb. Le d\u00e9sespoir chez Corinne Pelluchon est dans cette perspective. Une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Kierkegaard&#8230; qui, h\u00e9las,n\u2019est pas juste. Car le d\u00e9sespoir chez ce philosophe rel\u00e8ve de la relation \u00e0 Dieu. Le d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 est celui qui est dans l\u2019absence de Dieu.<\/p>\n<p>Les questions qui se posent alors peuvent \u00eatre saisies sur un point particulier : le d\u00e9sir. Parler de d\u00e9sir permet de reconna\u00eetre la faiblesse de l\u2019\u00eatre humain \u2013 \u00e9tant donn\u00e9 que cette faiblesse peut \u00eatre diversement comprise. Mais cette faiblesse est ouverte sur un plus : le d\u00e9sir d\u2019une vie plus riche, plus belle, plus heureuse. Le d\u00e9sir a plusieurs champs : le bonheur, mais aussi les exigences de v\u00e9rit\u00e9, de justice ou encore de relation juste avec la nature, les autres \u00eatres humains et plus radicalement la relation entre un d\u00e9sir et sa fin. Cette perspective \u00e9carte les th\u00e9ologies qui se contentent de juxtaposer l\u2019ordre de la nature et l\u2019ordre de la gr\u00e2ce. La nature est, en effet, d\u00e9sirante d\u2019une pleine r\u00e9alisation des capacit\u00e9s ontologiques de l\u2019humanit\u00e9. Elle accueille donc ce qui comblera le d\u00e9sir au-del\u00e0 de ses limites propres. La perspective de l\u2019histoire du salut s\u2019inscrit dans cette dynamique. L\u2019alliance entre Dieu et l\u2019humanit\u00e9 est fond\u00e9e sur une participation. Cette participation est r\u00e9aliste et donc l\u2019histoire<\/p>\n<p>de prendre en compte le bien-\u00eatre des autres, humains et autres qu\u2019humains, ne sont plus des slogans, des mots us\u00e9s ou vid\u00e9s de leur sens. Ils ont une \u00e9paisseur et une pl\u00e9nitude. Quand on les prononce, ces mots sont comme des nourritures qui apaisent et fortifient le corps. Ce dernier ressemblait \u00e0 un cadavre, et voici qu\u2019il tr\u00e9saille, plein de vie, anim\u00e9 par un d\u00e9sir \u00e0 la fois puisant et doux. \u00ab L\u2019esp\u00e9rance collective revient comme quelque chose qui a manqu\u00e9 et qui est n\u00e9cessaire \u00e0 la vie d\u2019un peuple. Mais en r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit moins d\u2019un retour que d\u2019une seconde naissance. En effet, l\u2019esp\u00e9rance permet d\u2019habiter le pr\u00e9sent en \u00e9tant attentif \u00e0 ce qu\u2019il peut offrir, mais elle est surtout capable de voir ce qui travaille en profondeur et constitue un horizon d\u2019attente allant au-del\u00e0 des r\u00e9alisations actuelles et m\u00eame des retournements de situation. Elle appara\u00eet quand on peut lire, dans certains ph\u00e9nom\u00e8nes, les traces d\u2019un mouvement de fond qui oriente l\u2019avenir et autorise m\u00eame \u00e0 parle de progr\u00e8s. \u00bb (p. 68-69)<\/p>\n<p>28<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2442\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-16.png\" \/><\/p>\n<p>qui en d\u00e9coule est une \u00ab histoire du salut \u00bb. Le texte biblique est re\u00e7u dans sa litt\u00e9ralit\u00e9 singuli\u00e8re (le destin du peuple \u00e9lu) et compris comme paradigmatique pour toute l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est un point qui est apparue dans la th\u00e9ologie de Paul.<\/p>\n<p><strong><em>Conclusion <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Au terme de ces analyses, une distinction est \u00e9clairante, voire n\u00e9cessaire. Il convient de ne pas confondre \u00ab espoir \u00bb et \u00ab esp\u00e9rance \u00bb. Certes, il y a dans les deux termes le rapport \u00e0 l\u2019avenir et le constat d\u2019une incertitude. L\u2019avenir est sous le sceau de l\u2019impr\u00e9visible \u2013 mais cette situation n\u2019est pas v\u00e9cue de la m\u00eame mani\u00e8re. L\u2019espoir se situe dans le cadre des possibilit\u00e9s humaines : la raison, les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la vie et \u00e0 la construction du cadre de vie, la culture&#8230; Ces possibilit\u00e9s ne cessent de se renouveler et de se diversifier&#8230; et donc de surmonter les \u00e9checs. Pourtant, on constate que cela ne suffit pas. La course en avant sous la banni\u00e8re du \u00ab progr\u00e8s \u00bb qui a domin\u00e9 la culture europ\u00e9enne depuis le XVIIIe si\u00e8cle a montr\u00e9 ses limites : elle laisse dans l\u2019ombre des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la vie humaine. La notion d\u2019esp\u00e9rance vient en contrepoint sur deux aspects. D\u2019abord l\u2019enracinement. Au sens o\u00f9 la th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance prend en compte toute l\u2019existence humaine. Elle ne fait pas comme le sp\u00e9cialiste qui traite une maladie et parle \u00e0 son patient de son \u00e9volution (avec comp\u00e9tence et humanit\u00e9), mais reste au seuil de questions ou d\u2019incertitudes concernant ce qui est plus radical : la vie elle-m\u00eame et m\u00eame encore plus : la raison d\u2019\u00eatre et de vivre.<\/p>\n<p>29<\/p>\n<p><em>Quatri\u00e8me \u00e9tape <\/em><\/p>\n<p><strong>Teilhard de Chardin Th\u00e9ologien de l\u2019esp\u00e9rance <\/strong><\/p>\n<p>Pourquoi parler de Teilhard de Chardin ? Pour la raison bien simple qu\u2019il est apparu au<\/p>\n<p>cours du XXe si\u00e8cle comme une figure \u00e9minente de la pens\u00e9e chr\u00e9tienne. Il a \u00e9t\u00e9 contest\u00e9 par<\/p>\n<p>les th\u00e9ologiens conservateurs qui ne pouvaient entrer dans la d\u00e9marche de ce j\u00e9suite novateur.<\/p>\n<p>Exemplaire par sa vie religieuse nourrie de la pri\u00e8re, il le fut par la voie choisie : allier la vie<\/p>\n<p>de pr\u00eatre \u00e0 un engagement dans ce que son temps portait de plus important, les sciences de la<\/p>\n<p>nature \u2013 en l\u2019occurrence la g\u00e9ologie et la pal\u00e9ontologie, cette derni\u00e8re discipline assumant non<\/p>\n<p>seulement l\u2019\u00e9tude des transformations de la nature mais demandant \u00e0 ce que l\u2019on reconsid\u00e8re<\/p>\n<p>les origines de l\u2019humanit\u00e9. Le g\u00e9nie de Teilhard de Chardin est d\u2019avoir vu et explicit\u00e9 ce que<\/p>\n<p>cela implique \u2013 dans ses publications de 1930 \u00e0 1955. Le livre dans lequel il a exprim\u00e9 sa<\/p>\n<p><em>10 <\/em><\/p>\n<p>vision de l\u2019immense aventure de la vie sur la plan\u00e8te Terre est <em>le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain <\/em>livre n\u2019est pas facile \u00e0 lire&#8230;<\/p>\n<p>. Ce<\/p>\n<p>Quel lien entre Teilhard et l\u2019esp\u00e9rance ? Il appara\u00eet clairement quand on lit les auteurs de r\u00e9f\u00e9rence de l\u2019\u00e9poque et qui ont occup\u00e9 le devant de la sc\u00e8ne dans les sciences et l\u2019anthropologie. Le biologiste Jean Rostand a \u00e9crit au terme de son ma\u00eetre livre : \u00ab Il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain que la terre, un jour, se refroidira, jusqu\u2019\u00e0 ne plus admettre la continuation de la vie humaine. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame limite du possible, l\u2019Homme se maintiendra, s\u2019incrustera sur la terre hostile. Mais un jour, in\u00e9vitablement \u2013 \u00e0 moins qu\u2019il ne trouve moyen d\u2019\u00e9migrer sur quelque plan\u00e8te plus cl\u00e9mente \u2013 il lui faudra bien succomber dans ce combat in\u00e9gal. O\u00f9 en sera-t-il parvenu de sa courbe spirituelle, quand il se laissera ensevelir pour jamais dans le linceul de la glace ? &#8230; Sa fi\u00e9vreuse activit\u00e9 n\u2019est qu\u2019un tout petit ph\u00e9nom\u00e8ne local, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re,<\/p>\n<p>11<\/p>\n<p>sans significative et sans but. <br \/>\u00abLe monde a commenc\u00e9 sans l\u2019homme et il s\u2019ach\u00e8vera sans lui. Les institutions, les coutumes, que j\u2019aurai pass\u00e9 ma vie \u00e0 inventorier et \u00e0 comprendre, sont une efflorescence passag\u00e8re d\u2019une cr\u00e9ation par rapport \u00e0 laquelle elles ne poss\u00e8dent aucun sens, sinon peut-\u00eatre de permettre \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 de jouer son r\u00f4le. Loin que ce r\u00f4le lui marque une place ind\u00e9pendante et que l\u2019effort de l\u2019homme \u2013 m\u00eame condamn\u00e9 \u2013 soit de s\u2019opposer vraiment \u00e0 une d\u00e9ch\u00e9ance universelle, il appara\u00eet lui-m\u00eame comme une machine, peut-\u00eatre plus perfectionn\u00e9e que les autres, travaillant \u00e0 la d\u00e9sagr\u00e9gation d\u2019un ordre originel et pr\u00e9cipitant une mati\u00e8re puissamment organis\u00e9e vers une inertie toujours plus grande et qui sera un jour d\u00e9finitive [&#8230;] Plut\u00f4t qu\u2019anthropologie, il faudrait \u00e9crire entropologie, le nom d\u2019une discipline vou\u00e9e<\/p>\n<p>10 Une \u00e9tude parue aujourd\u2019hui donne des \u00e9l\u00e9ments pour mieux comprendre le livre de Teilhard : Dominique LAMBERT, Marie BAYON DE LA TOUR, Paul MALPHETTES, <em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain de Pierre Teilhard de Chardin. Gen\u00e8se d\u2019une publication hors normes<\/em>, Bruxelles, \u00c9ditions j\u00e9suites, 2022. Il apporte des \u00e9l\u00e9ments importants, en particulier gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ouverture des archives de la Compagnie de J\u00e9sus. Cet ouvrage donne les \u00e9l\u00e9ments qui permettent de mieux comprendre le livre et sa place dans la culture (le rapport entre science, philosophie et th\u00e9ologie). Cela donne \u00e0 voir le g\u00e9nie de Teilhard et l\u2019actualit\u00e9 de son livre pour toute r\u00e9flexion sur l\u2019esp\u00e9rance. 11 Jean ROSTAND, <em>L\u2019Homme. Introduction \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la biologie humaine<\/em>, Paris, 1926, p. 166.<\/p>\n<p>\u00bb\u2019 L\u2019anthropologue et sociologue Claude L\u00e9vi-Strauss a \u00e9crit :<\/p>\n<p>30<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2444\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-18.png\" \/><\/p>\n<p>12 <br \/>\u00e0 \u00e9tudier dans ses manifestations les plus hautes ce processus de d\u00e9sint\u00e9gration. \u00bb Ces textes<\/p>\n<p>montrent quel est l\u2019enjeu de l\u2019argumentation de Teilhard.<\/p>\n<p><strong><em>1. Gen\u00e8se d\u2019une \u0153uvre <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s le baccalaur\u00e9at qui \u00e9tait alors un examen qui faisait du laur\u00e9at un privil\u00e9gi\u00e9 dans<\/p>\n<p>la soci\u00e9t\u00e9, car attestant la ma\u00eetrise de l\u2019expression et la connaissance des fondements de la<\/p>\n<p>13 <br \/>culture classique, Pierre Teilhard de Chardin est entr\u00e9 dans la compagnie de J\u00e9sus . Ce jeune<\/p>\n<p>\u00e2ge \u00e9tait alors dans l\u2019ordre des choses.<\/p>\n<p><strong>1.1. Rep\u00e8res dans la vie <\/strong><\/p>\n<p>Comme tout jeune j\u00e9suite, apr\u00e8s le noviciat, Teilhard a enseign\u00e9 dans un coll\u00e8ge ; il a enseign\u00e9 la Physique en \u00c9gypte ! Face aux paysages de cet autre monde, il a \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 et, voulant bien comprendre ce qui se donnait \u00e0 voir, il s\u2019est passionn\u00e9 pour la g\u00e9ologie. Ensuite, Teilhard a fait sa formation th\u00e9ologique en Angleterre14 (1908-1911). Ce n\u2019est pas sans influence sur la suite de sa recherche, car la pens\u00e9e anglaise \u00e9tait alors marqu\u00e9e par la pens\u00e9e de Darwin et les d\u00e9bats sur l\u2019\u00e9volution. Mais aussi, les \u00e9tudes en lien avec le Museum d\u2019Histoire naturelle (1912-1914). La notion d\u2019\u00e9volution est pour lui centrale dans les sciences. Vint la guerre 14-18. La R\u00e9publique a mobilis\u00e9 les clercs exil\u00e9s, les faisant revenir en France pour participer \u00e0 la guerre. Teilhard refusa un poste dans des services loin du front ; il fut toute la guerre au premier rang dans les tranch\u00e9es. Il y fut h\u00e9ro\u00efque (croix de guerre, m\u00e9daille militaire, l\u00e9gion d\u2019honneur&#8230;). Pendant la guerre, confront\u00e9e \u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 du conflit et au scandale de la mort injustifi\u00e9e de tant d\u2019hommes, Teilhard \u00e9crivait ses m\u00e9ditations dont l\u2019essentiel a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9. Ensuite, Teilhard s\u2019est inscrit \u00e0 Paris pour des \u00e9tudes couronn\u00e9es par un doctorat dont la qualit\u00e9 lui ouvrait les portes du Museum d\u2019Histoire Naturelle. Au plan scientifique, il fut g\u00e9ologue-pal\u00e9ontologue \u2013 ses travaux portent effectivement sur ces domaines \u2013 cela fait un \u0153uvre scientifique de premier plan : onze volumes publi\u00e9s.<\/p>\n<p>Teilhard ne s\u2019est pas enferm\u00e9 dans une carri\u00e8re scientifique ; il a vu que la vision du monde li\u00e9e aux sciences de la nature \u00e9tait la base la culture dite \u00ab moderne \u00bb et que toute \u00e9vang\u00e9lisation devait en prendre acte. Il ne l\u2019a pas vu de l\u2019ext\u00e9rieur, mais de l\u2019intime de sa vie : sa recherche scientifique et la vision du monde qu\u2019elle porte, mais aussi ses relations avec des coll\u00e8gues qui respectaient ses qualit\u00e9s scientifiques et tout cela v\u00e9cu avec une vie de pri\u00e8re et de r\u00e9flexion th\u00e9ologique. Cette vision pluridimensionnelle \u00e9tait marqu\u00e9e par<\/p>\n<p>12 Claude L\u00c9VI-STRAUSS, <em>Tristes tropiques<\/em>, Paris, Plon, 1955, p. 374. <br \/>13 Teilhard exprime dans un texte que son intuition fondatrice remonte \u00e0 l\u2019enfance o\u00f9 il a eu un d\u00e9sir de communion avec la nature et d\u2019avoir sublim\u00e9 ce d\u00e9sir. Il \u00e9crit \u00e0 ce propos : \u00ab Pour \u00eatre tout, me fondre avec tout. Voil\u00e0 le geste mystique o\u00f9 m\u2019eut logiquement entra\u00een\u00e9, \u00e0 la suite de tant de po\u00e8tes et de mystique hindous, un besoin natif, incoercible, de me pl\u00e9nifier par accession, je ne dis pas aux autres, mais \u00e0 l\u2019Autre, &#8211; si, par chance n\u2019avait pas \u00e9clos en moi, juste \u00e0 temps, comme un germe sorti de je ne sais d\u2019o\u00f9, l\u2019Id\u00e9e d\u2019\u00e9volution. C\u2019est au cours de mes ann\u00e9es de th\u00e9ologie, \u00e0 Hastings, (c\u2019est-\u00e0-dire juste apr\u00e8s les \u00e9merveillements d\u2019\u00c9gypte), que petit \u00e0 petit, &#8211; beaucoup moins comme une notion abstraite que comme une pr\u00e9sence -, a grandi en moi, jusqu\u2019\u00e0 envahir mon ciel int\u00e9rieur tout entier, la conscience d\u2019une D\u00e9rive profonde, ontologique, totale, de l\u2019Univers autour de moi \u00bb. <br \/>14 Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, nous sommes au temps du conflit entre la R\u00e9publique et l\u2019\u00c9glise catholique. Les couvents sont ferm\u00e9s et, pour les religieux, les \u00e9tudes th\u00e9ologiques se font \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u2013 pour Teilhard Jersey puis Hastings.<\/p>\n<p>31<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2446\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-20.png\" \/><\/p>\n<p>l\u2019exp\u00e9rience de la guerre qui est folie humaine et pose la question du mal. La d\u00e9marche de Teilhard fut un effort constant pour surmonter le scandale du mal \u2013 dont les humains ont la responsabilit\u00e9. Il a cherch\u00e9 la r\u00e9ponse dans la figure du Christ. Selon la tradition j\u00e9suite, le Sacr\u00e9 C\u0153ur y occupe une place importante. Il ne s\u2019agit pas de l\u2019amour divin, mais de l\u2019amour humain de J\u00e9sus, un amour v\u00e9cu dans la sensibilit\u00e9 humaine. La m\u00e9ditation de Teilhard le conduit \u00e0 \u00e9largir cet amour non seulement aux fid\u00e8les, mais \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 et \u00e0 toute la cr\u00e9ation \u2013 trois domaines qui sont mieux compris dans le cadre de la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution. De fait, la pens\u00e9e de Teilhard est centr\u00e9e sur deux grands p\u00f4les : le Christ et le monde en \u00e9volution. La grande question est : comment les articuler ? Teilhard a consacr\u00e9 sa vie \u00e0 donner une r\u00e9ponse \u00e0 cette question. D\u2019abord, repenser l\u2019\u00e9volution. En effet, le milieu scientifique est marqu\u00e9 par une philosophie rationaliste, agnostique \u2013 voire ath\u00e9e ; il faut montrer que l\u2019\u00e9volution n\u2019est en rien contraire \u00e0 la foi chr\u00e9tienne. Ensuite, il faut aussi approfondir l\u2019intelligence de l\u2019action du Christ ! Ce projet est ardu tant la notion d\u2019\u00e9volution s\u2019\u00e9carte de la vision traditionnelle de la th\u00e9ologie. Ce projet est risqu\u00e9, car il demande une remise en cause des concepts m\u00e9di\u00e9vaux qui structurent la th\u00e9ologie catholique.<\/p>\n<p><strong>1.2. Le passage par le feu <\/strong><\/p>\n<p>Pour Teilhard, les ann\u00e9es de guerre v\u00e9cues aux premi\u00e8res lignes des combats sont un temps de fondation. En 1914, Teilhard a une exp\u00e9rience humaine et spirituelle riche, puisque v\u00e9cue au noviciat j\u00e9suite, en enseignant, aux \u00e9tudes de th\u00e9ologie et dans le d\u00e9but d\u2019un travail de recherche&#8230;<\/p>\n<p>Teilhard a une vie de pri\u00e8re exigeante ! Ainsi, en bon j\u00e9suite, pendant les temps de repos loin des lignes du front, il prie et m\u00e9dite. Il a besoin d\u2019\u00e9crire \u2013 ce qui est habituel dans la tradition de vie spirituelle j\u00e9suite qui demande r\u00e9flexion et lucidit\u00e9 critique sur ce qui est v\u00e9cu. Teilhard met \u00e0 l\u2019abri ses \u00e9crits en les confiant \u00e0 ses proches, dans sa famille (une cousine) et ses compagnons. Ils ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s et publi\u00e9s &#8211; sous le titre \u00ab Ecrits du temps de guerre \u00bb. L\u2019ouvrage contient des textes qui participent de diff\u00e9rents registres : la pri\u00e8re, l\u2019exp\u00e9rience mystique, la vision du monde, etc. Il y a des textes tr\u00e8s \u00e9mouvants, comme un texte bref, dit \u00ab pri\u00e8re \u00bb qui s\u2019ach\u00e8ve par les mots : \u00ab Ceci est mon testament d\u2019intellectuel (24 avril 1916 &#8211; jeudi de P\u00e2ques au Fort-Mardik &#8211; Dunkerque) \u00bb. Les textes rassembl\u00e9s dans le volume sont \u00e9crits \u00e0 l\u2019ombre de la mort !<\/p>\n<p>Parmi eux, il y a une m\u00e9ditation, reprise ensuite et publi\u00e9e avec pour titre \u00ab Messe sur le monde \u00bb. Ne pouvant dire la messe dans les tranch\u00e9es, Teilhard priait \u00e0 partir du texte de la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique. Ce n\u2019est pas original, car cette pratique de d\u00e9votion \u00e9tait pratiqu\u00e9e par les pr\u00eatres. Ne pouvant c\u00e9l\u00e9brer (en d\u00e9placement ou en maladie&#8230;), ils prenaient le temps de lire ou de r\u00e9citer de m\u00e9moire le texte de la messe (d\u00e9votion dite \u00ab messe blanche \u00bb). Ainsi<\/p>\n<p>15 <br \/>Teilhard a repris le texte de la messe, faute de pouvoir la c\u00e9l\u00e9brer . Il le fit amplement, dans<\/p>\n<p>un texte de m\u00e9ditation, sous le titre \u00ab le Pr\u00eatre \u00bb. Ce d\u00e9veloppement n\u2019est pas une pri\u00e8re de demande, c\u2019est une ressaisie de sa vocation par la contemplation de l\u2019\u0153uvre accomplie par le<\/p>\n<p>15 <em>\u0152uvres<\/em>, t. 12, p 313s. Il le refera pendant la croisi\u00e8re jaune qui pour la premi\u00e8re travers\u00e9e en voiture automobile de l\u2019Asie de la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 Chine \u2013 ce qui donnera la version d\u00e9finitive de <em>La Messe sur le monde<\/em>.<\/p>\n<p>32<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2448\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-22.png\" \/><\/p>\n<p>Christ. C\u2019est une longue m\u00e9ditation dont le d\u00e9roulement suit le d\u00e9roulement de la pri\u00e8re eucharistique.<\/p>\n<p>Le premier moment de cette m\u00e9ditation est l\u2019offrande. Teilhard \u00e9crit : \u00ab Puisque je n\u2019ai aujourd\u2019hui, Seigneur, moi votre Pr\u00eatre, ni pain, ni vin, ni autel, je vais \u00e9tendre mes mains sur la totalit\u00e9 de l\u2019Univers, et prendre son immensit\u00e9 comme mati\u00e8re de mon sacrifice. \u00bb (p. 313) Puis Teilhard encha\u00eene sur la cons\u00e9cration.<\/p>\n<p>\u00ab Le pain sacramentel est fait de grains press\u00e9s et broy\u00e9s. Sa p\u00e2te a \u00e9t\u00e9 longuement p\u00e9trie. Vos mains, J\u00e9sus, l\u2019ont rompu avant de le sanctifier&#8230;<\/p>\n<p>Qui exprimera, Seigneur, la violence que subit l\u2019Univers, d\u00e8s lors qu\u2019il est tomb\u00e9 sous votre domination. Le Christ est l\u2019aiguillon qui harcelle la cr\u00e9ature sur la voie de l\u2019effort, de l\u2019exhaussement, du d\u00e9veloppement. Il est le glaive qui s\u00e9pare, sans merci, les membres indignes ou g\u00e2t\u00e9s.<\/p>\n<p>Il est la Vie plus forte, qui tue inexorablement les \u00e9go\u00efsmes inf\u00e9rieurs\u00bb<\/p>\n<p>Pour que J\u00e9sus p\u00e9n\u00e8tre en nous, il faut alternativement le travail qui dilate et la douleur qui tue, la vie qui fait cro\u00eetre l\u2019homme pour qu\u2019il soit sanctifiable, et la mort qui le diminue pour qu\u2019il soit sanctifi\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Univers craque ; il se scinde douloureusement au c\u0153ur de chaque monade, \u00e0 mesure que na\u00eet et cro\u00eet la Chair du Christ. Comme la cr\u00e9ation qu\u2019elle rach\u00e8te et quelle d\u00e9passe, l\u2019Incarnation, si d\u00e9sir\u00e9e, est une op\u00e9ration redoutable ; elle se fait par le Sang.<\/p>\n<p>Que le sang de J\u00e9sus (le sang qui s\u2019infuse et le sang qui se r\u00e9pand, le sang de l\u2019effort et le sang du renoncement&#8230;) <em>Hic est calix sanguinis mei<\/em>. \u00bb (p. 317-318)<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me moment est l\u2019adoration qui suit la cons\u00e9cration \u2013 Cette pri\u00e8re accompagne le geste de l\u2019\u00e9l\u00e9vation qui re\u00e7oit alors une dimension cosmique.<\/p>\n<p>\u00ab Comme une flamme int\u00e9rieure \u2013 ici libre, vive et lumineuse, l\u00e0 obscurcie, mais ardente encore sous la cendre qu\u2019elle rejette \u2013 le Divin illumine, maintenant, toutes choses par le dedans.<\/p>\n<p>M\u00eal\u00e9 \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re cr\u00e9\u00e9e tout enti\u00e8re, Dieu m\u2019environne et il m\u2019assi\u00e8ge. Je m\u2019agenouille, Seigneur, devant l\u2019Univers devenu secr\u00e8tement, sous l\u2019influence de l\u2019Hostie, vote Corps adorable et votre Sang divin. Je me prosterne en sa pr\u00e9sence, ou plut\u00f4t, bien mieux, je me recueille en lui.<\/p>\n<p>Le Monde est plein de vous !<\/p>\n<p>O Christ-Universel, v\u00e9ritable fondement du monde, qui trouvez votre consommation dans la r\u00e9p\u00e9tition de tout ce que votre puissance a fait surgir du N\u00e9ant, je vous adore, et je m\u2019absorbe dans la conscience de votre pl\u00e9nitude universellement r\u00e9pandue. (p. 318-319)<\/p>\n<p>Cette m\u00e9ditation s\u2019ach\u00e8ve par l\u2019envoi (<em>ite missa est<\/em>) qui est d\u00e9velopp\u00e9 par la m\u00e9ditation sur sa vocation de pr\u00eatre &#8211; un texte clef pour comprendre l\u2019\u0153uvre de Teilhard.<\/p>\n<p><strong>1.3. L\u2019universel <\/strong><\/p>\n<p>33<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"463\" height=\"1\" class=\"wp-image-2450\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-23.png\" srcset=\"https:\/\/www.domtourelles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-23.png 463w, https:\/\/www.domtourelles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-23-300x1.png 300w, https:\/\/www.domtourelles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-23-150x1.png 150w\" sizes=\"(max-width: 463px) 100vw, 463px\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"463\" height=\"1\" class=\"wp-image-2452\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-25.png\" srcset=\"https:\/\/www.domtourelles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-25.png 463w, https:\/\/www.domtourelles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-25-300x1.png 300w, 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300w, https:\/\/www.domtourelles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-82-150x1.png 150w\" sizes=\"(max-width: 463px) 100vw, 463px\" \/><\/p>\n<p><em>La Messe sur le monde <\/em>s\u2019inscrit dans une vision du monde et pour cette raison, elle est un propos qui englobe toute la pens\u00e9e de Teilhard.<\/p>\n<p>34<\/p>\n<p>Tout pr\u00eatre, parce qu\u2019il est pr\u00eatre, a vou\u00e9 sa vie \u00e0 une \u0153uvre de salut universel. S\u2019il est conscient de sa dignit\u00e9, il ne doit plus vivre pour lui, mais pour le Monde, \u00e0 l\u2019exemple de celui qui est oint pour le repr\u00e9senter.<\/p>\n<p>Pour moi, J\u00e9sus, il me semble que ce devoir prend une urgence plus imm\u00e9diate, et une signification plus pr\u00e9cise, que pour beaucoup d\u2019autres, bien meilleurs que moi. Innombrables sont les nuances de votre appel ! Essentiellement diverses les vocations !&#8230; Les contr\u00e9es, les nations, les cat\u00e9gories sociales, ont eu chacune leurs Ap\u00f4tres. Je voudrais \u00eatre, Seigneur, moi, pour ma tr\u00e8s humble part, l\u2019ap\u00f4tre, et (si j\u2019ose dire) l\u2019\u00e9vang\u00e9liste <em>de votre Christ dans l\u2019Univers<\/em>. \u2013 je voudrais, par mes m\u00e9ditations, par ma parole, par la pratique de toute ma vie, d\u00e9couvrir et pr\u00eacher les relations de continuit\u00e9 qui font, du Cosmos o\u00f9 nous nous agitons, un milieu divinis\u00e9 par l\u2019Incarnation, divinisant par la Communion, divinisable par notre coop\u00e9ration. (p. 328-329)<\/p>\n<p>Teilhard lance alors un appel \u00e0 ses compagnons engag\u00e9s dans la guerre aupr\u00e8s des soldats. Ce propos qui atteste une vision particuli\u00e8re du sacerdoce \u00e9claire notre r\u00e9flexion sur l\u2019esp\u00e9rance, car il ouvre sur une vision du monde et corr\u00e9lativement du salut par le Christ. Il est clair que l\u2019attention ne se porte pas sur le point que rel\u00e8ve le cat\u00e9chisme : l\u2019hostie pr\u00e9sent\u00e9e ensuite \u00e0 l\u2019adoration. Il y a une dynamique universelle. Certes, Teilhard d\u00e9veloppe la symbolique du pain et du vin devenus le corps et le sang du Christ ; mais il lui donne une dimension universelle \u2013 une universalit\u00e9 qu\u2019il faut repenser \u00e0 la lumi\u00e8re des sciences.<\/p>\n<p><strong><em>2. Une vision de la nature <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>2.1. Un j\u00e9suite bien sage <\/strong><\/p>\n<p>Le point de d\u00e9part de la r\u00e9flexion de Teilhard est un constat : dans les sciences de la nature rien ne s\u2019explique hors du sch\u00e9ma pr\u00e9sent\u00e9 par la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution. Depuis la formation de la Terre, la g\u00e9ologie et toutes les formes de la vie depuis les champignons jusqu\u2019aux animaux sup\u00e9rieurs et \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, tout s\u2019inscrit dans une perspective de transformation et d\u2019encha\u00eenements. Ce constat scientifique s\u2019impose \u00e0 tout esprit cultiv\u00e9. Teilhard le pr\u00e9sente dans une note \u00e9crite pour le <em>Dictionnaire apolog\u00e9tique de la foi catholique<\/em>, (t. II, 1915). Dans cette note, il rel\u00e8ve que la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution ne contredit pas la foi en la cr\u00e9ation. L\u2019article reste dans le cadre de la th\u00e9ologie classique qui distingue deux ordres de causalit\u00e9 : cause premi\u00e8re (Dieu) et causes secondes (l\u2019action des cr\u00e9atures). Teilhard distingue nettement les ordres de causalit\u00e9.<\/p>\n<p>Par contre, en 1921, Teilhard publie dans la revue <em>\u00c9tudes <\/em>une \u00e9tude o\u00f9 il va au-del\u00e0 de la reprise du langage habituel. Il voit dans (l\u2019\u00e9volution que l\u2019on appelle alors transformisme) un ph\u00e9nom\u00e8ne global de croissance et d\u2019\u00e9mergence de formes nouvelles. C\u2019est universel. Il situe l\u2019action cr\u00e9atrice dans ce mouvement. Il note que Dieu \u00ab fait moins les choses qu\u2019il ne<\/p>\n<p>les fait se faire \u00bb. Teilhard fait partie des \u00ab transformistes chr\u00e9tiens \u00bb qui ne sont alors qu\u2019une minorit\u00e9 respect\u00e9. On tol\u00e8re cette minorit\u00e9 \u2013 \u00e0 condition qu\u2019elle reste dans son strict domaine. Or Teilhard ne le fait pas. Pour lui, le Christ n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9 de la cr\u00e9ation et la cr\u00e9ation n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9e des processus de transformation de la nature. Pour Teilhard, la notion de transformisme convient \u00e0 tous les \u00eatres qui sont dispos\u00e9s selon une \u00e9chelle des \u00eatres \u2013 image classique qui va de la mati\u00e8re \u00e0 l\u2019esprit dans la tradition philosophique et qui va de la g\u00e9ologie \u00e0 l\u2019anthropologie ; la modernit\u00e9 change la mani\u00e8re de construire cette \u00ab \u00e9chelle \u00bb en introduisant la notion d\u2019\u00e9volution : un passage progressif et continu.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9volution est une id\u00e9e dont la port\u00e9e est universelle. Teilhard l\u2019expose dans un article \u00e9crit pour la <em>Revue des Questions Scientifiques<\/em>. Un \u00e9v\u00e9nement advient : la publication de cet article, qui a eu l\u2019aval des responsables de la Revue, n\u2019est pas autoris\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00eaque de Malines et ce sur un point pr\u00e9cis. Dans l\u2019article, l\u2019\u00e9volution se fait selon une continuit\u00e9 entre les \u00e9tapes qui sont franchies. Pour le censeur, Teilhard ne marque pas nettement la diff\u00e9rence entre la mati\u00e8re et la vie. La motivation des censeurs est que la morale perd son fondement, faute de souligner la diff\u00e9rence entre mati\u00e8re et vie. Le censeur veut qu\u2019on affirme une diff\u00e9rence radicale entre la vie et la mati\u00e8re, faute de quoi il ne peut y avoir de morale ; il veut que l\u2019on s\u00e9pare nettement les \u00eatres vivants (qui ont une \u00e2me) de la science qui ne saisit que la mati\u00e8re. Au contraire, pour Teilhard l\u2019\u00e9volution est plus que le jeu de m\u00e9canismes ; c\u2019est une vision d\u2019ensemble ; elle concerne tout ce qui est : depuis les atomes, jusqu\u2019\u00e0 la conscience humaine.<\/p>\n<p>Dans un autre article, Teilhard pr\u00e9cise que l\u2019\u00e9volution rapporte une histoire de la vie et qu\u2019elle donne coh\u00e9rence \u00e0 tout le monde des vivants. Il pr\u00e9cise que si l\u2019\u00e9volution est un concept scientifique, celui-ci ne doit pas \u00eatre r\u00e9duit avec ce que disent les philosophies mat\u00e9rialistes. Il ajoute alors que, loin de contredire la foi traditionnelle, l\u2019\u00e9volution conduit \u00e0 une vision th\u00e9ologique meilleure que le fixisme traditionnel (exprim\u00e9 par la lecture litt\u00e9rale de l\u2019expression de la Gen\u00e8se \u00ab chacun selon son esp\u00e8ce \u00bb). Pour lui, c\u2019est une invitation \u00e0 une th\u00e9ologie de la cr\u00e9ation renouvel\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>2. Une vision historique <\/strong><\/p>\n<p>Ce qui vaut des ennuis \u00e0 Teilhard c\u2019est qu\u2019il pr\u00e9sente la vision \u00ab transformiste \u00bb comme av\u00e9r\u00e9e, ne cessant d\u2019\u00eatre confirm\u00e9e par les d\u00e9couvertes dont il est t\u00e9moin et acteur. Pour lui (et pour tous ceux qui travaillent dans le domaine scientifique), cette vision s\u2019impose \u2013 elle a une port\u00e9e universelle. Cela a une cons\u00e9quence sur la mani\u00e8re de placer l\u2019humanit\u00e9 dans le monde de l\u2019\u00e9volution. On reproche \u00e0 Teilhard de ne pas marquer assez nettement la diff\u00e9rence entre le monde humain et le monde animal. Pourtant cette vision ne cesse d\u2019\u00eatre valid\u00e9e par les d\u00e9couvertes pal\u00e9ontologiques. C\u2019est incontestablement av\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est cette inscription de l\u2019\u00e9volution \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 qui rend Teilhard suspect aux th\u00e9ologiens conservateurs, dont Garrigou-Lagrange est la figure embl\u00e9matique. C\u2019est cette perspective historique globale qui est pr\u00e9sente dans la pens\u00e9e de Teilhard, tant au plan scientifique que th\u00e9ologique. La cr\u00e9ation n\u2019est pas limit\u00e9e au r\u00e9cit d\u2019une \u00absemaine inaugurale \u00bb ; elle englobe la totalit\u00e9 du cours de l\u2019histoire de l\u2019univers. L\u2019acte cr\u00e9ateur ne<\/p>\n<p>35<\/p>\n<p>consiste pas \u00e0 poser dans l\u2019\u00eatre des entit\u00e9s qui resteront dans le cadre d\u2019une nature fig\u00e9e. Il y a des transformations. D\u00e9sormais tout doit se comprendre selon ce devenir. Cela suppose une attention au temps et donc un regard sur ce qui vient.<\/p>\n<p><strong>2.3. Une vision \u00e9largie <\/strong><\/p>\n<p>Dans le cadre d\u2019une vision o\u00f9 tout est mouvement \u2013 la g\u00e9ologie \u00e9tant la formation du<\/p>\n<p>socle continental \u2013 Teilhard cherche \u00e0 donner une vision d\u2019ensemble. Il y voit un grand<\/p>\n<p>mouvement de transformation o\u00f9, d\u2019un \u00e9tat min\u00e9ral, on est conduit \u00e0 la pr\u00e9sence de la pens\u00e9e<\/p>\n<p>16 <br \/>avec l\u2019humanit\u00e9 . Teilhard en expose les grands th\u00e8mes dans des congr\u00e8s internationaux aux<\/p>\n<p>Etats Unis en 1937 \u2013 ce qui place sa vision \u00e0 la Une des questions disput\u00e9es. Les autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques sont alors alert\u00e9es de cette vision qui non seulement consid\u00e8re l\u2019\u00e9volution comme un fait incontestable pour l\u2019humanit\u00e9, mais aussi comme un ph\u00e9nom\u00e8ne universel.<\/p>\n<p>Teilhard travaille \u00e0 la r\u00e9daction de son propos qu\u2019il appelle d\u2019abord \u00ab l\u2019homme \u00bb. Une r\u00e9daction d\u2019ensemble est faite en 1940. Il soumet son travail \u00e0 son Ordre pour recevoir la permission de l\u2019\u00e9diter. Les critiques viennent de plusieurs fronts: les scientifiques rationalistes y voient un retour \u00e0 la philosophie spiritualiste ; corr\u00e9lativement les autorit\u00e9s religieuses y voient du mat\u00e9rialisme \u2013 faute de marquer une diff\u00e9rence radicale entre l\u2019humanit\u00e9 et le monde non-humain et aussi de ne pas correspondre au texte biblique. C\u2019est face \u00e0 ces critiques et aux retouches apport\u00e9es que r\u00e9pond le nouveau titre \u00ab le ph\u00e9nom\u00e8ne humain \u00bb. Ph\u00e9nom\u00e8ne, car il s\u2019agit d\u2019un savoir qui n\u2019est ni \u00ab m\u00e9taphysique \u00bb ni \u00ab spiritualiste \u00bb ; c\u2019est une \u00e9tude rationnelle qui se veut objective, car attentive aux faits. Le titre \u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne humain \u00bb dit \u00e0 la fois la prise en compte de tout ce qui se donne \u00e0 l\u2019observation et \u00e0 la r\u00e9flexion humaine et l\u2019exigence de rationalit\u00e9 qui s\u2019enracine dans le concret. Teilhard ne parle pas de la nature humaine intemporelle, ni de l\u2019essence \u00e9ternelle, mais de ce qui se donne \u00e0 voir et \u00e0 penser.<\/p>\n<p><strong><em>3. L\u2019esp\u00e9rance en \u0153uvre <\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain <\/em>est un livre difficile. Ce n\u2019est pas un texte scientifique comme beaucoup qui rapportent des faits en les classant selon les \u00e2ges. Ce n\u2019est pas non plus une th\u00e8se de philosophie sur l\u2019\u00e9volution et sur la vie. Ce n\u2019est pas non plus un trait\u00e9 de th\u00e9ologie sur la cr\u00e9ation de l\u2019humanit\u00e9&#8230; C\u2019est une synth\u00e8se qui entend rendre raison de la situation de notre plan\u00e8te&#8230; J\u2019en fais ici une rapide pr\u00e9sentation pour mettre en valeur la perspective de l\u2019esp\u00e9rance \u2013 ce n\u2019est pas une analyse exhaustive de ce livre \u00e0 la grande richesse, mais souvent difficile car le style n\u2019est pas celui de l\u2019expos\u00e9 \u00ab objectif \u00bb du philosophe ou du th\u00e9ologien critique : c\u2019est la transmission d\u2019un message dont le but est de donner du sens \u00e0 tout ce qui advient par les voies convergentes de l\u2019exp\u00e9rience humaine et de son<\/p>\n<p>16 <em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain <\/em>a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Teilhard pendant son s\u00e9jour en Chine. A ce moment-l\u00e0, son travail scientifique est consid\u00e9rable. En g\u00e9ologue-pal\u00e9ontologue, Teilhard parcourt le vaste territoire chinois \u2013 son statut lui donne le soutien des autorit\u00e9s car il travaille dans une \u00e9quipe chinoise, o\u00f9, de fait, il joue un r\u00f4le majeur dans l\u2019interpr\u00e9tation des observations. Son travail scientifique donne une explicitation de l\u2019ensemble de la structure g\u00e9ologique du centre de l\u2019Asie. Il est pour cela oblig\u00e9 d\u2019aller en Inde et dans la p\u00e9ninsule indochinoise pour donner une vision de la formation du continent. L\u2019attention port\u00e9e aux d\u00e9couvertes li\u00e9es \u00e0 la pal\u00e9ontologie n\u2019est qu\u2019une partie de son travail, mais c\u2019est le plus important pour sa r\u00e9flexion th\u00e9ologique.<\/p>\n<p>36<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2515\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-84.png\" \/><\/p>\n<p>d\u00e9veloppement dans les sciences de la nature et de la vie, la philosophie, la religion&#8230; Au- del\u00e0 de l\u2019humanisme, une mystique de la cr\u00e9ation. Je rel\u00e8ve trois points qui structurent sa pens\u00e9e de l\u2019esp\u00e9rance \u2013 dans un langage plus riche que celui du cat\u00e9chisme.<\/p>\n<p><strong>3.1. L\u2019\u00e9nergie <\/strong><\/p>\n<p>Le premier des trois \u00e9l\u00e9ments qui fondent une th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance est le terme<\/p>\n<p>\u00ab \u00e9nergie \u00bb. Ce terme a chez Teilhard un sens pl\u00e9nier. Pl\u00e9nier, en ce sens qu\u2019il ne s\u2019enferme<\/p>\n<p>pas dans ce que mesurent les instruments (conceptuels ou exp\u00e9rimentaux) du physicien ou du<\/p>\n<p>chimiste. Ce que Teilhard appelle \u00ab \u00e9nergie \u00bb ne se r\u00e9duit pas au sens du terme chez les<\/p>\n<p>philosophes grecs, les ing\u00e9nieurs, ni les \u00e9conomistes. La notion qui fait partie de la physique<\/p>\n<p>ouvre sur une explication non mat\u00e9rialiste. Cette option fait que le livre suit un chemin qui<\/p>\n<p>n\u2019est pas celui des trait\u00e9s de m\u00e9canique, ni celui des \u00e9conomistes. L\u2019\u00e9nergie c\u2019est ce qui est au<\/p>\n<p>c\u0153ur des ph\u00e9nom\u00e8nes analys\u00e9s par les physiciens et pens\u00e9s comme des forces dont on peut<\/p>\n<p>donner une repr\u00e9sentation math\u00e9matique. Pour Teilhard, l\u2019\u00e9nergie est une puissance de<\/p>\n<p>transformation, plus exactement une capacit\u00e9 d\u2019action. Cette capacit\u00e9 d\u2019action est la source<\/p>\n<p>17 destransformations .<\/p>\n<p>Pour Teilhard, la mati\u00e8re est autre chose que ce que disent les manuels de physique- chimie, o\u00f9 des \u00ab objets mat\u00e9riels \u00bb agissent et interagissent selon leurs aptitudes \u2013 d\u00e9crites en termes de masse et de force. Le terme \u00ab \u00e9nergie \u00bb est plus riche ; il d\u00e9signe une capacit\u00e9 d\u2019action, car la mati\u00e8re n\u2019est pas une juxtaposition d\u2019atomes, mais un pouvoir faire. Or ce pouvoir faire n\u2019est pas une limite infranchissable comme un enfermement ce qui advient pour les objets qui sont pris dans leur forme. Parler d\u2019\u00e9nergie, c\u2019est reconna\u00eetre une valeur quand l\u2019\u00e9nergie se d\u00e9pense pour se r\u00e9investir dans une r\u00e9alisation meilleure et plus riche.<\/p>\n<p>Si, selon le bon sens, \u00ab on a rien sans rien \u00bb, ce qui est engag\u00e9 dans l\u2019action n\u2019est pas perdu quand ce qui est r\u00e9alis\u00e9 est meilleur que ce qui \u00e9tait avant. C\u2019est ce qui se fait voir dans l\u2019\u00e9volution des vivants : des formes de vie aux faibles capacit\u00e9s \u00e9mergent des formes plus complexes. Cette notion d\u2019\u00e9nergie a pour cons\u00e9quence que tout ce qui advient est dans un<\/p>\n<p>18 <br \/>devenir vers une meilleure r\u00e9alisation de ce qui est donn\u00e9 comme un possible . La notion<\/p>\n<p>d\u2019\u00e9nergie permet \u00e0 Teilhard de faire le lien entre tous les niveaux de l\u2019\u00eatre qui sont habituellement s\u00e9par\u00e9s : la physique, la chimie, la biologie, l\u2019anthropologie, la philosophie, la th\u00e9ologie&#8230;.<\/p>\n<p>Cette pr\u00e9sentation gradu\u00e9e n\u2019est pas originale; elle est tr\u00e8s traditionnelle dans l\u2019histoire de la pens\u00e9e depuis les Grecs. En ce sens, Teilhard renouvelle une tradition qui le pr\u00e9c\u00e8de et qui a ses lettres de noblesse en th\u00e9ologie. Le th\u00e8me de \u00ab la grande \u00e9chelle des \u00eatres \u00bb, matricielle dans le n\u00e9oplatonisme qui part de la mati\u00e8re, acc\u00e8de \u00e0 la vie, atteint l\u2019esprit<\/p>\n<p>17 \u00ab Sous ce mot [\u00e9nergie] la Physique a introduit l\u2019expression pr\u00e9cise d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019action, ou plus exactement d\u2019inter-action. L\u2019\u00e9nergie est la mesure de ce qui passe d\u2019un atome \u00e0 l\u2019autre au cours de leurs transformations. Pouvoir de liaison, donc ; mais aussi, parce que l\u2019atome para\u00eet s\u2019enrichir ou s\u2019\u00e9puiser au cours de l\u2019\u00e9change, valeur de constitution \u00bb (p. 36)<\/p>\n<p>18 \u00ab Retenons les constatations et les mesures indiscutables de la Physique. Mais \u00e9vitons de nous attacher \u00e0 la perspective d\u2019\u00e9quilibre final que celles-ci paraissent sugg\u00e9rer. Une observation plus compl\u00e8te des mouvements du Monde nous obligera peu \u00e0 peu \u00e0 la retourner, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 d\u00e9couvrir que, si les choses tiennent et se tiennent, ne n\u2019est qu\u2019\u00e0 force de complexit\u00e9, par en haut \u00bb (p. 37).<\/p>\n<p>37<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2517\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-86.png\" \/><\/p>\n<p>et s\u2019accomplit dans le divin. Teilhard insiste sur la continuit\u00e9 entre les \u00abniveaux ontologiques \u00bb des \u00eatres sur l\u2019\u00e9chelle. Mais il fait davantage. Il entend r\u00e9pondre aux questions que se posaient les Anciens qui reconnaissaient des continuit\u00e9s mais ne pouvaient les expliquer. Teilhard r\u00e9pond \u00e0 ces questions ! C\u2019est l\u2019originalit\u00e9 de sa pens\u00e9e ; elle repose sur deux lois ou principes : la loi de complexit\u00e9 conscience d\u2019une part, et, d\u2019autre part, l\u2019amour par attraction. .<\/p>\n<p><strong>3.2. La loi de complexit\u00e9-conscience <\/strong><\/p>\n<p>Un autre \u00e9l\u00e9ment essentiel \u00e0 la pens\u00e9e de Teilhard est ce qu\u2019il appelle la \u00ab loi de complexit\u00e9-conscience \u00bb. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une loi au sens de l\u2019expression math\u00e9matique des relations entre entit\u00e9s physiques ou chimiques, mais de la raison fondamentale qui permet<\/p>\n<p>19 <br \/>de comprendre le mouvement des \u00eatres vers une r\u00e9alisation optimale . La complexit\u00e9 se<\/p>\n<p>manifeste dans l\u2019action faite par celui qui agit. La richesse de ce qui est fait (ou produit) est le fruit d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019autant plus grande qu\u2019elle repose sur une richesse int\u00e9rieure. Cette richesse est dans la coexistence de plusieurs \u00e9l\u00e9ments qui interagissent. Plus que la quantit\u00e9, l\u2019organisation prime. Cette organisation est appel\u00e9e par Teilhard \u00ab complexit\u00e9 \u00bb. Ainsi dans une pr\u00e9sentation de la cosmologie, Teilhard note \u00ab Historiquement l\u2019\u00e9toffe de l\u2019Univers va se concentrant en formes toujours plus organis\u00e9es de Mati\u00e8re \u00bb (p. 45).<\/p>\n<p>Faire le lien entre \u00ab complexit\u00e9 \u00bb et \u00ab conscience \u00bb permet \u00e0 Teilhard d\u2019unifier les connaissances dans le d\u00e9veloppement du grand arbre de la nature. Le passage entre les \u00ab niveaux \u00bb sur le \u00ab grand arbre de la vie \u00bb n\u2019est pas un saut, mais une mani\u00e8re d\u2019assumer une situation, de la r\u00e9organiser et de lui faire donner le meilleur. Tous les \u00e9l\u00e9ments sont l\u00e0, mais ils ne sont pas pris dans un acte qui leur donne de remplir leur fonction de mani\u00e8re \u00e0 enrichir l\u2019unit\u00e9 dont ils font partie. Ainsi les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une cellule pour que ce soit une unit\u00e9 autonome&#8230; ainsi les cellules dans un organe pour qu\u2019il remplisse sa fonction&#8230; etc. Il faut un franchir un seuil qui assumera le potentiel pr\u00e9sent en lui permettant de faire du neuf. La croissance de la complexit\u00e9 franchit un seuil et il n\u2019est pas besoin de faire appel \u00e0 des interventions ext\u00e9rieures. C\u2019est de l\u2019intime qu\u2019un \u00eatre r\u00e9alise le meilleur en se \u00ab surpassant \u00bb. C\u2019est ce dynamisme que l\u2019on peut appeler \u00ab amour \u00bb : c\u2019est une r\u00e9ponse \u00e0 un appel du meilleur.<\/p>\n<p>Cette analyse, qui vaut pour les formes \u00e9l\u00e9mentaires de la vie, s\u2019accomplit lorsqu\u2019il s\u2019agit de la pens\u00e9e. La pens\u00e9e n\u2019est pas une activit\u00e9 organique au sens biologique du terme ; mais elle est v\u00e9cue par un \u00eatre humain \u00ab en son corps et en son \u00e2me \u00bb. La loi de complexit\u00e9- conscience permet de voir un lien. La reconnaissance de l\u2019unit\u00e9 entre ce qui est mat\u00e9riel et spirituel est le point de clivage des d\u00e9bats entre philosophie et science. La pens\u00e9e dominante dans le monde scientifique est la position dualiste qui place d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ce qui est mati\u00e8re et de l\u2019autre ce qui est esprit. Ce clivage caract\u00e9rise la modernit\u00e9 en Europe depuis le XVIIe si\u00e8cle. Le travail de Teilhard est de surmonter ce clivage. Ce qu\u2019il appelle \u00ab loi de complexit\u00e9-<\/p>\n<p>19 Ainsi dans une pr\u00e9sentation de la cosmologie, Teilhard note \u00ab Historiquement l\u2019\u00e9toffe de l\u2019Univers va se concentrant en formes toujours plus organis\u00e9es de Mati\u00e8re \u00bb (p. 45). A l\u2019heure o\u00f9 la cosmologie \u00e9tait encore ind\u00e9cise sur la structure de l\u2019univers, cette phrase m\u00e9rite attention, car elle a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par ce que nous avons appris depuis lors ! Pour Teilhard c\u2019est un premier pas qui le conduit \u00e0 pr\u00e9senter ce que l\u2019on appelle \u00ab la loi de complexit\u00e9 conscience \u00bb.<\/p>\n<p>38<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2519\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-88.png\" \/><\/p>\n<p>conscience \u00bb est le levier qui permet de lever les dalles qui enferment l\u2019esprit dans des cat\u00e9gories o\u00f9 la r\u00e9flexion s\u2019est enferm\u00e9e. C\u2019est l\u00e0 ouvrir une voie \u00e0 la reconnaissance de la dignit\u00e9 humaine : l\u2019humanit\u00e9 n\u2019est pas enclose dans le monde biologique ; elle est si pleinement construite qu\u2019elle est ouverte sur ce qui ne rel\u00e8ve plus de la biologie : la pens\u00e9e. Teilhard introduit alors la notion de \u00ab personne \u00bb. Le terme, entendu au sens fort, dit la transcendance par rapport aux autres vivants, sans que rien ne soit \u00e9cart\u00e9 de ce qui rel\u00e8ve de la biologie ou de la sociologie. C\u2019est une ouverture pour un d\u00e9sir qui transcende les conditions de la vie. Ainsi, la notion d\u2019esp\u00e9rance se trouve honor\u00e9e : l\u2019\u00eatre humain regarde l\u2019avenir et d\u00e9sire collaborer lucidement \u00e0 son accomplissement. La pens\u00e9e est elle-m\u00eame prise dans un mouvement d\u2019ensemble, que Teilhard appelle \u00ab Noosph\u00e8re \u00bb. La prise en compte de la Noosph\u00e8re invite \u00e0 voir l\u2019aspiration qui la fonde et l\u2019unifie. Comment rendre raison de cette mont\u00e9e ?<\/p>\n<p><strong>3.3. L\u2019amour par attraction <\/strong><\/p>\n<p>Teilhard note que cette mont\u00e9e est le fruit de ce qui est dans l\u2019intime des \u00eatres et qui prend forme \u00e9minente chez le vivant et parmi les vivants chez les humains. Cette \u00ab mont\u00e9e \u00bb vers plus de complexit\u00e9 et de conscience est le fruit d\u2019un d\u00e9sir d\u2019\u00eatre et de grandir, d\u2019am\u00e9liorer ses aptitudes et d\u2019aller toujours plus avant dans la r\u00e9alisation de son d\u00e9sir. La r\u00e9ponse \u00e0 la question est la reconnaissance que cette mont\u00e9e (de complexit\u00e9 et de conscience) est le fruit d\u2019une attraction. La notion a un sens en physique ; elle a un sens dans le monde des vivants ; elle a un sens en humanit\u00e9. Les \u00eatres sont habit\u00e9s par le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre vraiment ce qu\u2019ils sont. Ce d\u00e9sir universel n\u2019est pas anarchique ; il est unifi\u00e9 par la pr\u00e9sence attractive ou attirante d\u2019un acteur dont la pr\u00e9sence permet de comprendre non seulement le fait de la croissance de la \u00ab complexit\u00e9-conscience \u00bb, mais son ampleur et son universalit\u00e9. Ce dynamisme est l\u2019amour. Ainsi le chemin de la compr\u00e9hension des choses n\u2019est pas de revenir \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire ; si n\u00e9cessaire que soit cette d\u00e9marche (comprendre la cellule par les mol\u00e9cules, le social par l\u2019individuel, les math\u00e9matiques par le calcul&#8230;) il faut consid\u00e9rer un principe d\u2019unit\u00e9, celui qui pr\u00e9side \u00e0 l\u2019\u00e9mergence. Teilhard consid\u00e8re qu\u2019il faut suivre cette voie, non seulement pour une situation particuli\u00e8re, mais pour la totalit\u00e9 de ce qui existe. Il faut donc nommer une source de ce mouvement d\u2019accomplissement. Teilhard le nomme, \u00ab Om\u00e9ga \u00bb. Le passage \u00e9tant fait, Om\u00e9ga est reconnu pour \u00eatre ce qu\u2019il est : le principe qui r\u00e9pond au d\u00e9sir d\u2019\u00eatre et assure le d\u00e9passement.<\/p>\n<p>La mont\u00e9e selon le processus de complexit\u00e9 conscience r\u00e9pond \u00e0 un d\u00e9sir de grandir et<\/p>\n<p>de se fortifier, de r\u00e9aliser pleinement ses possibilit\u00e9s. Ainsi l\u2019arbre de la vie est couronn\u00e9 par<\/p>\n<p>20 <br \/>l\u2019Esprit qui s\u2019\u00e9panouit dans la Noosph\u00e8re . Cet Esprit agit par attraction ou d\u00e9sir. Om\u00e9ga agit<\/p>\n<p>par sa pr\u00e9sence qui est source de l\u2019amour qui fait tendre tout \u00eatre \u00e0 son accomplissement. Cette fonction d\u2019attraction est corr\u00e9lative de l\u2019accomplissement des potentialit\u00e9s de ce qui existe. Ainsi l\u2019amour de la musique invite l\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 s\u2019appliquer \u00e0 ses exercices&#8230; Cette situation est universelle : tout \u00eatre est appliqu\u00e9 \u00e0 devenir le meilleur pour r\u00e9pondre au d\u00e9sir qui le fait grandir. Cela vaut pour tous les \u00e9l\u00e9ments du monde : ils sont attir\u00e9s par le Point Om\u00e9ga qui \u00e9tant leur fin est leur source.<\/p>\n<p>39<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-2521\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-90.png\" \/><\/p>\n<p>20 Noosph\u00e8re parce que les \u00e9l\u00e9ments sont en interaction comme les \u00e9l\u00e9ments contenus dans un m\u00eame espace.<\/p>\n<p>Chez Teilhard, la notion d\u2019Om\u00e9ga reste dans le cadre d\u2019une vision g\u00e9n\u00e9rale du monde. La temporalit\u00e9 est assum\u00e9e dans la r\u00e9alisation du meilleur. Elle correspond \u00e0 un accomplissement ; sa r\u00e9alisation atteste la r\u00e9alit\u00e9 de son principe et la nature de son principe l\u00e9gitime le mode de la mont\u00e9e par complexit\u00e9-conscience.<\/p>\n<p><strong><em>Conclusion <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans <em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain<\/em>, Teilhard fait \u0153uvre de philosophie fond\u00e9e sur les sciences. Il ne parle pas au nom d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation ou d\u2019une tradition th\u00e9ologique. Il s\u2019exprime dans un langage qui n\u2019emprunte pas le langage des th\u00e9ologiens. Il ne parle pas de cr\u00e9ation, de providence ou d\u2019action divine. Il reste dans l\u2019ordre d\u2019une ph\u00e9nom\u00e9nologie. En respectant cette r\u00e9serve et en accueillant sa prise de distance par rapport au langage traditionnel des th\u00e9ologiens, Teilhard met en \u0153uvre une conviction li\u00e9e \u00e0 sa foi. Elle repose sur un texte de l\u2019\u00e9vangile de Jean, au chapitre 12.<\/p>\n<p>40<\/p>\n<p><em>Evangile selon saint Jean<\/em>, chap. 12 : \u00ab <em>23 J\u00e9sus r\u00e9pond \u00e0 ses disciples : \u00ab\u00a0Voici venue l&rsquo;heure o\u00f9 doit \u00eatre glorifi\u00e9 le Fils de l&rsquo;homme. 24 En v\u00e9rit\u00e9, en v\u00e9rit\u00e9, je vous le dis, si le grain de bl\u00e9 <\/em>tomb\u00e9 en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s&rsquo;il meurt, il porte beaucoup de fruit. <em>[&#8230;] 27 Maintenant mon \u00e2me est troubl\u00e9e. Et que dire ? P\u00e8re, sauve-moi de cette heure ! Mais c&rsquo;est pour cela que je suis venu \u00e0 cette heure. 28 P\u00e8re, glorifie ton nom !\u00a0\u00bb Du ciel vint alors une voix : \u00ab\u00a0Je l&rsquo;ai glorifi\u00e9 et de nouveau je le glorifierai.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>29 La foule qui se tenait l\u00e0 et qui avait entendu, disait qu&rsquo;il y avait eu un coup de tonnerre ;<\/p>\n<p><em>d&rsquo;autres disaient : \u00ab\u00a0Un ange lui a parl\u00e9.\u00a0\u00bb 30 J\u00e9sus reprit : \u00a0\u00bb Ce n&rsquo;est pas pour moi qu&rsquo;il y a eu <\/em><\/p>\n<p>cette voix, mais pour vous. 31 C&rsquo;est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va \u00eatre jet\u00e9 dehors ; 32 et moi, une fois \u00e9lev\u00e9 de terre, <strong><em>j&rsquo;attirerai tout \u00e0 moi<\/em><\/strong><em>. \u00ab\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Dans sa derni\u00e8re manifestation au peuple, \u00e0 J\u00e9rusalem, J\u00e9sus est boulevers\u00e9. Il annonce sa mort et la pr\u00e9sente comme un passage pour la pl\u00e9nitude de gloire. La traduction habituelle est trop r\u00e9ductrice. Au verset 32, on le lit le terme grec \u00ab <em>pantas <\/em>\u00bb qui signifie \u00ab tous \u00bb. La traduction \u00ab tous les hommes \u00bb est une interpr\u00e9tation fort l\u00e9gitime, mais elle laisse dans l\u2019ombre la perspective d\u2019une nouvelle cr\u00e9ation. Teilhard lisait et m\u00e9ditait le Nouveau Testament en latin et il lisait \u00ab <em>omnia <\/em>\u00bb qui signifie \u00ab tout \u00bb se rapportant alors \u00e0 une nouvelle cr\u00e9ation (th\u00e9ologie d\u00e9velopp\u00e9e dans l\u2019Apocalypse). La lecture de Teilhard est la meilleure. Dans <em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain<\/em>, Teilhard ne fait ni de la cat\u00e9ch\u00e8se, ni de l\u2019apolog\u00e9tique. Il clarifie le chemin de sa pens\u00e9e avec le souci de l\u2019universel. Ce qui ressort de cette \u00ab philosophie naturelle \u00bb est l\u2019importance du d\u00e9sir de r\u00e9alisation optimale de l\u2019aspiration de tout \u00eatre. Il explicite dans cette voie les exigences qui donnent toute sa valeur au mot \u00ab esp\u00e9rance \u00bb. La d\u00e9marche de Teilhard permet de voir comment l\u2019esp\u00e9rance est inscrite dans l\u2019univers o\u00f9 tout aspire \u00e0 la r\u00e9alisation optimale de ses possibilit\u00e9s en m\u00eame temps que d\u2019en affirmer la transcendance.<\/p>\n<p>Dominicaines des Tourelles Saint Matthieu de Tr\u00e9viers, 6,7 et 8 avril 2023 Jean-Michel Maldam\u00e9<\/p>\n<p>41<\/p>\n\n<p><strong><em>Triduum pascal 2023 <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p><strong>Vivre l\u2019esp\u00e9rance <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le propos sur l\u2019esp\u00e9rance a \u00e9t\u00e9 dominant dans la th\u00e9ologie du XXe si\u00e8cle. Il prend aujourd\u2019hui une dimension plus modeste. Il faut donc une certaine audace pour proposer de prendre ce terme pour sujet de notre m\u00e9ditation qui introduit \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration du Myst\u00e8re pascal. Et pourtant&#8230; Quoi de plus n\u00e9cessaire qu\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019esp\u00e9rance quand s\u2019effacent les utopies fond\u00e9es sur la notion de Progr\u00e8s ? Quoi de plus n\u00e9cessaire en ce temps o\u00f9 la situation du monde est porteuse de craintes. Il y a la guerre. Elle est aux portes de notre vieille Europe. Mais elle est potentiellement pr\u00e9sente dans notre territoire comme l\u2019atteste l\u2019implantation des armes atomiques dites \u00ab tactiques \u00bb, celles dont on use dans une guerre de terrain \u00e0 conqu\u00e9rir. Elle est partout ou presque en Afrique o\u00f9 les islamistes avancent au-del\u00e0 du Sahel et d\u00e9truisent tout ce qui n\u2019entre pas dans leur religion fanatique. Elle est au Moyen Orient dans les pays de grande culture o\u00f9 sont n\u00e9s les grands mythes dont nous sommes les h\u00e9ritiers. Elle est aussi dans la domination et les dictatures et cela souvent avec une dimension religieuse comme aux Indes et jusqu\u2019aux Philippines. Elle est dans nos tensions sociales et soci\u00e9tales avec l\u2019immigration&#8230; Bref, notre foi se heurte au r\u00e9el et nous en souffrons dans la lucidit\u00e9 et la conscience de notre faiblesse pour y faire face. Parler de l\u2019esp\u00e9rance c\u2019est se tenir dans la vive conscience de notre fragilit\u00e9 face \u00e0 la puissance du mal \u00e0 l\u2019\u0153uvre \u2013 quand ce n\u2019est pas le mal actif, c\u2019est l\u2019inertie et la pesanteur face \u00e0 nos forces d\u00e9risoires. C\u2019est dans ce contraste que notre r\u00e9flexion sur l\u2019esp\u00e9rance doit s\u2019inscrire. \n<\/p>\n<p>\n  La premi\u00e8re \u00e9tape sera un enracinement dans la source du monoth\u00e9isme avec la figure fondatrice d\u2019Abraham. La deuxi\u00e8me \u00e9tape sera une consid\u00e9ration de la th\u00e9ologie moderne (i.e. XXe si\u00e8cle) dans le souci de la responsabilit\u00e9 sociale et collective. La troisi\u00e8me sera une consid\u00e9ration de l\u2019esp\u00e9rance comme la mani\u00e8re d\u2019avancer sur le chemin de la nouvelle cr\u00e9ation. \n<\/p>\n<p>\n  Une remarque pr\u00e9liminaire s\u2019impose. La Bible emploie les deux termes \u00ab foi \u00bb et \u00ab esp\u00e9rance \u00bb ou \u00ab croire \u00bb et \u00ab esp\u00e9rer \u00bb. Surprise : les mots esp\u00e9rer ou esp\u00e9rance ne soient pas pr\u00e9sents dans les \u00e9vangiles ! Par contre, ils sont pr\u00e9sents chez saint Paul \u2013 qui a le souci d\u2019\u00e9noncer plus largement les exigences de la vie chr\u00e9tienne puisqu\u2019il s\u2019adresse \u00e0 des Grecs \u2013 donc \u00e0 des personnes qui n\u2019ont pas. Cela signifie que le verbe \u00ab croire \u00bb exprime plus que ce l\u2019on pense aujourd\u2019hui. Ce vocabulaire est li\u00e9 au cat\u00e9chisme traditionnel qui mentionne trois \u00ab vertus \u00bb qui se rapportent \u00e0 Dieu : la foi, l\u2019esp\u00e9rance et la charit\u00e9. Aujourd\u2019hui le terme de \u00ab foi \u00bb renvoie \u00e0 ce qui rel\u00e8ve de la connaissance (croyance ou science) de ce qui est donn\u00e9 \u00e0 voir et \u00e0 comprendre ; le terme \u00ab esp\u00e9rance \u00bb renvoie \u00e0 ce qui n\u2019est pas pr\u00e9sent ou actuel ; tandis que le terme charit\u00e9 renvoie \u00e0 l\u2019amour et \u00e0 l\u2019action. Cette division est le fruit d\u2019une \u00e9laboration th\u00e9ologique ult\u00e9rieure \u00e0 la r\u00e9daction des textes qui constituent le Nouveau Testament. Une des cons\u00e9quences est que le propos sur l\u2019esp\u00e9rance ne s\u2019appuie pas seulement sur les textes o\u00f9 figure le mot ou le verbe esp\u00e9rer&#8230; Il faut tenir compte de cette souplesse \n<\/p>\n<p>\n  1 \n<\/p>\n<p>\n  dans l\u2019usage du terme en respectant ce qui rel\u00e8ve de l\u2019emploi actuel du mot \u00ab esp\u00e9rer \u00bb qui est un regard vers le futur. Le mot fran\u00e7ais vient du verbe latin : <em>sperare <\/em>qui signifie \u00ab consid\u00e9rer quelque chose comme devant se r\u00e9aliser \u00bb. Le mot \u00ab <em>spes <\/em>\u00bb signifie \u00ab attente d\u2019un \u00e9v\u00e9nement heureux \u00bb. En fran\u00e7ais il garde ce sens : \u00ab attendre \u00bb ou \u00ab s\u2019attendre \u00e0 \u00bb ; il signifie aussi \u00ab avoir confiance en \u00bb. Comme dans l\u2019expression m\u00e9ridionale o\u00f9 on se r\u00e9jouit en disant \u00ab j\u2019esp\u00e8re !\u00bb face \u00e0 une attente. \n<\/p>\n<p>\n  Le mot \u00ab esp\u00e9rance \u00bb d\u00e9signe le sentiment qui fait voir comme r\u00e9alisable ce que l\u2019on d\u00e9sire \u00bb. Le mot est entr\u00e9 en th\u00e9ologie pour d\u00e9signer une des trois \u00ab vertus th\u00e9ologales \u00bb et l\u2019expression \u00ab acte d\u2019esp\u00e9rance \u00bb pour d\u00e9signer une pri\u00e8re jadis apprise au cat\u00e9chisme. Le mot d\u00e9signe aussi ce qui est l\u2019objet de l\u2019esp\u00e9rance dans le cours de la vie\u00ab avoir des esp\u00e9rances \u00bb c\u2019est attendre un enfant ou encore un versement d\u2019argent par h\u00e9ritage. Le mot est entr\u00e9 en math\u00e9matique comme terme de statistique \u00ab esp\u00e9rance math\u00e9matique \u00bb ou en sociologie dans l\u2019expression \u00ab esp\u00e9rance de vie \u00bb. Le mot \u00ab espoir \u00bb d\u00e9signe le sentiment qui accompagne l\u2019esp\u00e9rance o\u00f9 l\u2019occasion qui porte \u00e0 esp\u00e9rer. \n<\/p>\n<p>\n  Le langage commun trace une route qu\u2019il faut suivre dans la perspective de la c\u00e9l\u00e9bration du myst\u00e8re pascal. Nous c\u00e9l\u00e9brons donc la mort et la r\u00e9surrection de J\u00e9sus et donc la r\u00e9alisation du salut qui est pour nous \u00ab objet d\u2019esp\u00e9rance \u00bb. \n<\/p>\n<p>\n  La foi ne saisit pas un objet de mani\u00e8re totale, puisqu\u2019il est plus grand que ce qui est pens\u00e9, d\u00e9sir\u00e9 ou imagin\u00e9. Mais cet \u00ab objet \u00bb est un appel \u00e0 vivre une relation cr\u00e9atrice. L\u2019esp\u00e9rance est un aspect de cette d\u00e9marche. \n<\/p>\n<p>\n  2 \n<\/p>\n<p><strong>1. L\u2019alliance et l\u2019\u00e9lection : Abraham Le temps de la promesse <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Pourquoi parler d\u2019Abraham ? Parce qu\u2019il nous ressemble. Il n\u2019est ni roi, ni proph\u00e8te, ni mage ; c\u2019est un homme dont on peut dire qu\u2019il est \u00ab comme tout le monde \u00bb, en ce sens que son destin est celui d\u2019un homme face \u00e0 des probl\u00e8mes universels : la r\u00e9sidence et la descendance. Il nous est fraternel, en ce sens qu\u2019il est comme tous ceux qui cherchent un lieu de vivre et vivent dans la pr\u00e9carit\u00e9. Il repr\u00e9sente aussi ceux qui consid\u00e8re que leur vie est vaine, car l\u2019absence d\u2019un enfant ne se compense pas bien \u2013 fut-ce par le service d\u2019une \u00ab m\u00e8re- porteuse \u00bb (en l\u2019occurrence l\u2019esclave au service de sa femme !). Il est pour cette raison une figure universelle qui n\u2019est pas dans les palais, mais dans la pr\u00e9carit\u00e9, voire la mis\u00e8re o\u00f9 l\u2019on est contraint \u00e0 la survie. Prendre comme figure liminaire Abraham c\u2019est ne pas d\u00e9laisser le r\u00e9el et le prendre dans tous ses aspects : la beaut\u00e9, mais aussi la faute et la cruaut\u00e9. Ce n\u2019est pas sans rapport avec l\u2019esp\u00e9rance, car l\u2019esp\u00e9rance est v\u00e9cue par une personne qui lutte contre le mal. Elle ne consent pas \u00e0 la pr\u00e9sence du mal. Elle le combat sans s\u2019en faire complice. Elle engage le combat, m\u00eame s\u2019elle sait ne pas \u00eatre s\u00fbre de l\u2019emporter. Cette attitude est fond\u00e9e sur une lecture des \u00e9vangiles et des figures de la tradition catholique de son enfance. Notre r\u00e9flexion doit \u00eatre plus soucieuse des sources et de l\u2019origine de cette esp\u00e9rance. Pour cela nous devons ouvrir les \u00c9critures en commen\u00e7ant par le commencement. Nous commencerons donc en ouvrant le livre de la Gen\u00e8se. Le r\u00e9cit inaugural rapporte la cr\u00e9ation de l\u2019humanit\u00e9 et lui donne un projet : \u00eatre \u00e0 l\u2019image et \u00e0 la ressemblance de Dieu. On entend la phrase dans un sens dynamique : l\u2019image est donn\u00e9e et la ressemblance est \u00e0 construire ; c\u2019est une t\u00e2che qui demande du temps et de l\u2019application. Il y a un mouvement. Tout n\u2019est pas donn\u00e9 d\u2019avance. Il faut faire le chemin par soi-m\u00eame avec le d\u00e9sir d\u2019accomplir le projet de vie. \n<\/p>\n<p><strong><em>1. Abraham et Sara <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  La figure d\u2019Abraham telle qu\u2019elle est expos\u00e9e dans la Gen\u00e8se est plus qu\u2019exemplaire, elle est fondatrice. Dans les commentaires, on parle \u00e9quivalemment de la foi ou de l\u2019esp\u00e9rance. Les deux termes ne sont pas strictement distingu\u00e9s. Ils sont rassembl\u00e9s dans un m\u00eame dynamisme. Nous consid\u00e8rerons ce qui est li\u00e9 \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance : le souci de l\u2019avenir et pour cela, \n<\/p>\n<p>\n  1 nous devons consid\u00e9rer les personnes d\u2019Abraham et de Sara . \n<\/p>\n<p><strong>1.1. Prendre la route : une rupture fondatrice <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le premier acte propos\u00e9 est celui o\u00f9 Dieu demande \u00e0 celui qui s\u2019appelle encore Abram de prendre la route pour un pays qui n\u2019est pas le sien. Nous lisons2 : \n<\/p>\n<p>\n  1 Nous reprenons les analyses de Marie BALMARY, <em>Le Sacrifice interdit. Freud et la Bible<\/em>, Paris, Grasset, 1986. 2 Le texte de la Bible est celui de la traduction de la Bible de J\u00e9rusalem. \n<\/p>\n<p>\n  3 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-11.png\" class=\"wp-image-2436\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  Cet appel fait d\u2019Abraham un \u00ab apatride \u00bb ; il ne sera jamais possesseur d\u2019un royaume. L\u2019explication du fait qu\u2019il est \u00ab semi-nomade \u00bb reste g\u00e9n\u00e9rale. Elle ne prend pas en compte ce qu\u2019Abraham a v\u00e9cu. La figure de l\u2019errance d\u2019Abraham est une figure de l\u2019esp\u00e9rance. L\u2019esp\u00e9rance est d\u00e9sir. Elle n\u2019est pas possession d\u2019un bien, mais qu\u00eate de ce qui doit \u00eatre donn\u00e9 \u2013 parce que promis par Dieu. On peut lire cette aventure comme une lib\u00e9ration de l\u2019idol\u00e2trie qui est perversion. S\u2019il s\u2019agit d\u2019une lib\u00e9ration, cela n\u2019efface pas ce qu\u2019implique ce geste : un arrachement. Il faut en effet aller plus loin, vers quelque chose qui est toujours cach\u00e9 sous le voile de l\u2019incertain. On parle alors d\u2019esp\u00e9rance \u2013 ici d\u00e9finie comme \u00e9nergie pour avancer dans l\u2019inconnu spatial et l\u2019incertain temporel. \n<\/p>\n<p>\n  Cette situation est explicit\u00e9e par la mani\u00e8re de d\u00e9signer ce que la Tradition appelle \u00ab la Terre promise \u00bb. Celle-ci n\u2019est pas nomm\u00e9e par un nom g\u00e9ographique ; mais toujours avec la marque de l\u2019inconnu : \u00ab Le pays que je te montrerai \u00bb. L\u2019initiative est dans l\u2019action de Dieu et dans sa libert\u00e9 ; le pays n\u2019a pas de nom. Aujourd\u2019hui, pour nos atlas g\u00e9ographiques3 il y a un nom, mais pour Abraham, seule existe l\u2019initiative de Dieu. C\u2019est Dieu qui lui montrera le pays qui n\u2019existe dans sa pens\u00e9e ou vision des actes pos\u00e9s que comme promis. \n<\/p>\n<p>\n  Il y a aussi un rapport entre \u00ab je \u00bb et \u00ab tu \u00bb (\u00ab <strong><em>je te <\/em><\/strong><em>montrerai <\/em>\u00bb) : Abraham n\u2019est pas un explorateur ; il n\u2019est pas un conqu\u00e9rant ; il ne sera pas un roi qui g\u00e8rera des provinces conquises. Il est en relation avec son Dieu. \n<\/p>\n<p>\n  De fait, nous savons qu\u2019Abraham ne deviendra pas vraiment un habitant de ce que l\u2019on appelle dans le cat\u00e9chisme \u00ab la terre promise \u00bb, car il a toujours \u00e9t\u00e9 un errant dans cette r\u00e9gion. Plus ! Il y sera humili\u00e9. La plus humiliante est d\u2019avoir surv\u00e9cu en Egypte et en Canaan gr\u00e2ce la prostitution de sa femme qu\u2019il pr\u00e9sente comme sa s\u0153ur \u2013 le demi-mensonge est une condition de survie \u2013 comme on le voit avec l\u2019immigration aujourd\u2019hui o\u00f9 l\u2019imm\u00e9diat avenir des femmes qui arrivent en pays riche est souvent la prostitution. Abraham n\u2019aura pas de propri\u00e9t\u00e9, sinon celle qu\u2019il ach\u00e8te pour sa s\u00e9pulture \u00e0 H\u00e9bron. Cet \u00ab enracinement \u00bb ultime montre par contraste que l\u2019essentiel de la vie d\u2019Abraham transcende les consid\u00e9rations sociologiques sur le semi-nomadisme que d\u00e9veloppent les historiens. S\u2019il est juste de dire avec les sociologues et les g\u00e9ographes que le temps des patriarches est celui d\u2019un nomadisme devenant semi-nomadisme selon les conditions de vie du temps, cela ne suffit pas. Il y a plus profond\u00e9ment une qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 inscrite dans un projet o\u00f9 Dieu est impliqu\u00e9 ! Ainsi, au lecteur de la Bible, est donn\u00e9e en Abraham et Sara une figure qui a valeur exemplaire pour vivre le pr\u00e9sent dans un regard tourn\u00e9 vers l\u2019avenir. C\u2019est ce que saint Paul appelle \n<\/p>\n<p>\n  4 \n<\/p>\n<p>\n  Chapitre 12 : \u00ab <em>1 Yahv\u00e9 dit \u00e0 Abram : Quitte ton pays, ta parent\u00e9 et la maison de ton p\u00e8re, pour <\/em><strong><em>le pays que je t&rsquo;indiquerai<\/em><\/strong><em>. 2 Je ferai de toi un grand peuple, je te b\u00e9nirai, je <\/em>magnifierai ton nom ; sois une b\u00e9n\u00e9diction ! <em>3 Je b\u00e9nirai ceux qui te b\u00e9niront, je r\u00e9prouverai ceux qui te maudiront. Par toi se b\u00e9niront tous les clans de la terre. 4 Abram partit, comme lui avait dit Yahv\u00e9, et Lot partit avec lui. Abram avait soixante-quinze ans lorsqu&rsquo;il quitta Har\u00e2n. 5 Abram prit sa femme Sara\u00ef, son neveu Lot, tout l&rsquo;avoir qu&rsquo;ils avaient amass\u00e9 et le <\/em>personnel qu&rsquo;ils avaient acquis \u00e0 Har\u00e2n ; ils se mirent en route pour le pays de Canaan et ils <em>y arriv\u00e8rent. \u00bb <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-13.png\" class=\"wp-image-2439\" \/>\n   \n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"33\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-15.png\" class=\"wp-image-2441\" \/>\n   \n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"33\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-17.png\" class=\"wp-image-2443\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-19.png\" class=\"wp-image-2445\" \/>\n<\/p>\n<p>\n  3 Et aussi pour les sionistes et fondamentalistes&#8230; \n<\/p>\n<p>\n  l\u2019esp\u00e9rance : \u00ab <em>Notre salut est objet d\u2019esp\u00e9rance <\/em>; et voir ce qu<em>\u2019on esp\u00e8re, ce n\u2019est plus l\u2019esp\u00e9rer : ce qu\u2019on voit comment pourrait-on l\u2019esp\u00e9rer encore ? <\/em>\u00bb (Rm 8,25) \n<\/p>\n<p>\n  Le fait de ne pas avoir de terre en possession stable est v\u00e9cu comme une ouverture vers quelque chose de meilleur dont le statut est d\u2019\u00eatre \u00ab chose promise \u00bb. Ce point est essentiel pour situer l\u2019esp\u00e9rance par rapport \u00e0 d\u2019autres religions : la d\u00e9marche de la foi n\u2019est pas prise dans la vision cyclique des religions (selon le retour des saisons, des ann\u00e9es et des \u00e2ges) mais dans une ligne tendue vers un avant. \n<\/p>\n<p>\n  S\u2019il y a l\u2019espace (la terre, le b\u00e9tail et les conditions de vie&#8230;), il y a plus intime : la descendance. En effet, la victoire sur la mort est li\u00e9e \u00e0 la descendance. Mais l\u00e0 encore, l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 n\u2019est pas suffisante. Le d\u00e9sir n\u2019est pas rassasi\u00e9. Il demande une transformation dans la relation entre l\u2019homme et la femme non seulement au plan de la structure sociale que de l\u2019investissement personnel. \n<\/p>\n<p><strong>1.2. Une descendance <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le rapport d\u2019Abraham et Sara \u00e0 leur descendance est celui de tous les vivants. Elle est v\u00e9cue par Abraham et Sara sous le signe du d\u00e9sir, mais aussi l\u2019attente qui se fait souffrance. Elle est v\u00e9cue par le couple qui comble la frustration par la mainmise sur autrui : le statut de la servante pour Sara et les domestiques sans le statut d\u2019\u00e9pouse. Ce qui m\u00e8ne \u00e0 la guerre. En effet, dans la suite du r\u00e9cit biblique une part importante des ennemis d\u2019Isra\u00ebl sera constitu\u00e9e des peuples fruits de cette parent\u00e9 de second rang \u2013 celle qui n\u2019est pas advenue selon les exigences de la promesse. \n<\/p>\n<p>\n  5 \n<\/p>\n<p>\n  Chapitre 15 : <em>1 Apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements, la parole de Yahv\u00e9 fut adress\u00e9e \u00e0 Abram, dans une vision : Ne crains pas, Abram ! Je suis ton bouclier, ta r\u00e9compense sera tr\u00e8s grande. 2 Abram r\u00e9pondit : Mon Seigneur Yahv\u00e9, que me donnerais-tu ? Je m&rsquo;en vais sans enfant&#8230; 3 Abram dit : Voici que tu ne m&rsquo;as pas donn\u00e9 de descendance et qu&rsquo;un des gens de ma maison h\u00e9ritera de moi. 4 Alors cette parole de Yahv\u00e9 lui fut adress\u00e9e : Celui-l\u00e0 ne sera pas ton h\u00e9ritier, mais bien quelqu&rsquo;un issu de ton sang. 5 Il le conduisit dehors et dit : L\u00e8ve les yeux au ciel et d\u00e9nombre les \u00e9toiles si tu peux les d\u00e9nombrer et il lui dit : Telle sera ta post\u00e9rit\u00e9. 6 Abram crut en Yahv\u00e9, qui le lui compta comme justice. <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  L\u2019exigence de f\u00e9condit\u00e9 dans le cadre de l\u2019alliance ne rel\u00e8ve pas seulement de la confiance en Dieu, ni de l\u2019exercice de la toute-puissance : elle demande une transformation de la vie personnelle. Cela est signifi\u00e9 dans le r\u00e9cit de la Gen\u00e8se par le changement de nom. Il ne s\u2019agit pas des papiers pour passer \u00e0 la douane quand la fronti\u00e8re est ferm\u00e9e, mais d\u2019un renouvellement int\u00e9rieur. Le changement est pluriel. \n<\/p>\n<p>\n  Dans le r\u00e9cit, ce changement a plusieurs dimensions. D\u2019abord, la circoncision \u2013 un rite qui rel\u00e8ve d\u2019une symbolique fort complexe, on y voit une affirmation symbolique de la virilit\u00e9. Mais cette modification n\u2019est rien si elle n\u2019est pas accompagn\u00e9e d\u2019un changement personnel. Il est signifi\u00e9 par le changement des noms ce qui touche au profond de l\u2019identit\u00e9. \n<\/p>\n<p>\n  6 \n<\/p>\n<p><em>CHAPITRE 17 :1 Lorsqu&rsquo;Abram eut atteint quatre-vingt-dix-neuf ans, Yahv\u00e9 lui apparut et lui dit : Je suis El Shadda\u00ef, marche en ma pr\u00e9sence et sois parfait. 2 J&rsquo;institue mon alliance entre moi et toi, et je t&rsquo;accro\u00eetrai extr\u00eamement.3 Et Abram tomba la face contre terre. Dieu lui parla ainsi :4 Moi, voici mon alliance avec toi : tu deviendras p\u00e8re d&rsquo;une multitude de nations. 5 Et l&rsquo;on ne t&rsquo;appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te fais p\u00e8re d&rsquo;une multitude de nations.6 Je te rendrai extr\u00eamement f\u00e9cond, de toi je ferai des nations, et des rois sortiront de toi. 7 J&rsquo;\u00e9tablirai mon alliance entre moi et toi, et ta race apr\u00e8s toi, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, une alliance perp\u00e9tuelle, pour \u00eatre ton Dieu et celui de ta race apr\u00e8s toi. <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"112\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-21.png\" class=\"wp-image-2447\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  Abram signifie \u00ab p\u00e8re \u00e9lev\u00e9 \u00bb, Abraham signifie \u00ab p\u00e8re d\u2019une multitude \u00bb. Le passage de \u00ab p\u00e8re \u00e9lev\u00e9 \u00bb \u00e0 \u00ab p\u00e8re d\u2019une multitude \u00bb n\u2019est pas sans exprimer un renversement dans le d\u00e9sir et le projet de vie. La premi\u00e8re nomination d\u00e9signe un homme sup\u00e9rieur aux autres ; il est au-dessus ; il vient d\u2019ailleurs ; il ne partage pas la condition humaine commune aux \u00ab terriens \u00bb (<em>Adam<\/em>). Il devient \u00ab p\u00e8re d\u2019une multitude \u00bb c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est ouvert sur le passage des g\u00e9n\u00e9rations et qu\u2019il vit dans la logique d\u2019une descendance, et plus, car il s\u2019agit d\u2019un lignage. Il n\u2019est pas un \u00eatre \u00ab au-dessus \u00bb ou mis \u00ab \u00e0 part \u00bb ; il est dans la paternit\u00e9, ouverte sur le passage des g\u00e9n\u00e9rations. Abraham est le premier \u00e0 inscrire son nom dans la g\u00e9n\u00e9alogie qui sera celle du Messie. \n<\/p>\n<p>\n  Le changement de nom vaut pour Abraham. Il a aussi lieu pour Sara. Nous lisons : <em>15 Dieu dit \u00e0 Abraham : Ta femme Sara\u00ef, tu ne l&rsquo;appelleras plus Sara\u00ef, mais son nom est Sara. <\/em>16 Je la b\u00e9nirai et m\u00eame je te donnerai d&rsquo;elle un fils ; je la b\u00e9nirai, elle deviendra des <em>nations, et des rois de peuples viendront d&rsquo;elle. <\/em>Quel est le changement ? Le \u00ab <em>\u00ef <\/em>\u00bb est le signe d\u2019une appartenance : \u00ab <em>sara\u00ef <\/em>\u00bb se traduit en fran\u00e7ais par \u00ab ma princesse \u00bb. La suppression du possessif (<em>\u00ef<\/em>) fait que \u00ab <em>sara <\/em>\u00bb se traduit par \u00ab princesse \u00bb ou \u00ab la princesse \u00bb. Le changement de nom, signifie un changement dans la relation \u00e0 la vie : Sara n\u2019est pas poss\u00e9d\u00e9e par un homme (fut-ce un homme \u00e9minent, \u00ab tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 \u00bb) ; elle est une femme qui a une vie \u00e0 vivre pour elle-m\u00eame dans une relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 avec un homme. \n<\/p>\n<p>\n  Tant pour Abraham que pour Sarah, le changement de nom est d\u2019une certaine mani\u00e8re plus radical que le changement de lieu. En effet, le nom que l\u2019on porte est le moyen par lequel un \u00eatre humain entre en relation avec autrui. D\u2019aborde le nom est re\u00e7u. Un humain re\u00e7oit un nom ; ce nom sert \u00e0 \u00eatre appel\u00e9. Cet appel demande \u00e0 \u00eatre re\u00e7u et int\u00e9rioris\u00e9. Il est alors ce qui est entendu en soi, ce qui parle dans son \u00eatre. Or cet appel fixe un destin. Pas seulement une d\u00e9termination dans les registres de l\u2019\u00c9tat-civil, mais ce qui demeure au cours d\u2019une vie qui change et qui porte le sceau d\u2019un destin. Le changement de nom est analogue \u00e0 une gu\u00e9rison. C\u2019est une lib\u00e9ration par rapport \u00e0 un destin de contrainte et d\u2019aveuglement. Le changement de nom d\u2019Abraham et de Sara est donc le point de d\u00e9part pour une marche sur un chemin qui s\u2019ouvre et qui conduit \u00e0 la vie. C\u2019est ce que l\u2019on peut appeler ouverture sur une esp\u00e9rance. \n<\/p>\n<p><strong>1.3. Un don gratuit <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  La visite des trois h\u00f4tes d\u2019Abraham \u00e0 Mambr\u00e9 est bien connu gr\u00e2ce aux ic\u00f4nes &#8211; tout particuli\u00e8rement l\u2019ic\u00f4ne de Roublev au Mus\u00e9e de Saint-P\u00e9tersbourg o\u00f9 certains voient une figure trinitaire. Cette lecture est due au fait qu\u2019aux versets 2 et 3 o\u00f9 il y a un jeu myst\u00e9rieux du singulier et du pluriel. Cela ne doit pas d\u00e9tourner du sens premier du texte qui est l\u2019hospitalit\u00e9 et, par cette situation, une r\u00e9v\u00e9lation de la mani\u00e8re dont Dieu agit dans l\u2019histoire. \n<\/p>\n<p>\n  7 \n<\/p>\n<p>\n  CHAPITRE 18 1 <em>Yahv\u00e9 apparut \u00e0 Abraham au Ch\u00eane de Mambr\u00e9, tandis qu&rsquo;il \u00e9tait assis \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la tente, au plus chaud du jour. 2 Ayant lev\u00e9 les yeux, voil\u00e0 qu&rsquo;il vit trois <\/em>hommes qui se tenaient debout pr\u00e8s de lui ; d\u00e8s qu&rsquo;il les vit, il courut de l&rsquo;entr\u00e9e de la Tente \u00e0 <em>leur rencontre et se prosterna \u00e0 terre. 3 Il dit : \u00ab Monseigneur, je t&rsquo;en prie, si j&rsquo;ai trouv\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 tes yeux, veuille ne pas passer pr\u00e8s de ton serviteur sans t&rsquo;arr\u00eater. 4 Qu&rsquo;on apporte un peu d&rsquo;eau, vous vous laverez les pieds et vous vous \u00e9tendrez sous l&rsquo;arbre. 5 Que j&rsquo;aille chercher un <\/em>morceau de pain et vous vous r\u00e9conforterez le c\u0153ur avant d&rsquo;aller plus loin ; c&rsquo;est bien pour <em>cela que vous \u00eates pass\u00e9s pr\u00e8s de votre serviteur ! \u00bb Ils r\u00e9pondirent : \u00ab Fais donc comme tu as dit \u00bb. 6 Abraham se h\u00e2ta vers la tente aupr\u00e8s de Sara et dit : Prends vite trois boisseaux de farine, de fleur de farine, p\u00e9tris et fais des galettes. 7 Puis Abraham courut au troupeau et <\/em>prit un veau tendre et bon ; il le donna au serviteur qui se h\u00e2ta de le pr\u00e9parer. 8 Il prit du caill\u00e9, du lait, le veau qu&rsquo;il avait appr\u00eat\u00e9 et pla\u00e7a le tout devant eux ; il se tenait debout pr\u00e8s <em>d&rsquo;eux, sous l&rsquo;arbre, et ils mang\u00e8rent. 9 Ils lui demand\u00e8rent : \u00ab O\u00f9 est Sara, ta femme ? \u00bb Il r\u00e9pondit : \u00ab Elle est dans la tente \u00bb. 10 L&rsquo;h\u00f4te dit : \u00ab <\/em>Je reviendrai vers toi l&rsquo;an prochain ; <em>alors, ta femme Sara aura un fils \u00bb. Sara \u00e9coutait, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la tente, qui se trouvait derri\u00e8re lui. 11 Or Abraham et Sara \u00e9taient vieux, avanc\u00e9s en \u00e2ge, et Sara avait cess\u00e9 d&rsquo;avoir ce qu&rsquo;ont les femmes. 12 Donc, Sara rit en elle-m\u00eame, se disant : Maintenant que je suis us\u00e9e, je conna\u00eetrais le plaisir ! Et mon mari qui est un vieillard ! 13 Mais Yahv\u00e9 dit \u00e0 Abraham : \u00ab Pourquoi Sara a-t-elle ri, se disant : Vraiment, vais-je encore enfanter, alors que je suis devenue vieille ? 14 Y a-t-il rien de trop merveilleux pour Yahv\u00e9 ? \u00c0 la m\u00eame saison l&rsquo;an prochain, je reviendrai chez toi et Sara aura un fils. \u00bb 15 Sara d\u00e9mentit : \u00ab Je n&rsquo;ai pas ri, dit- elle, car elle avait peur, mais il r\u00e9pliqua : Si, tu as ri. \u00bb <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  Le rire de Sara a suscit\u00e9 bien des commentaires. Il y a tant de mani\u00e8re de rire. Rire pour se d\u00e9tendre ou, au contraire, pour briser le poids de la n\u00e9cessit\u00e9. C\u2019est ce qui advient dans les plaisanteries que l\u2019on appelle \u00ab humour \u00bb \u2013 par l\u00e0 une situation de contrari\u00e9t\u00e9 est effac\u00e9e par un trait d\u2019humour. Le rire serait-il ici une mani\u00e8re de souligner l\u2019impossibilit\u00e9 de ce qui est annonc\u00e9 et donc un refus d\u2019entendre une promesse ? Serait-il une mani\u00e8re de faire face \u00e0 ce qui contrarie ? Sara consid\u00e8re que les visiteurs sont tr\u00e8s gentils, mais bien na\u00effs ; ce sont des hommes qui ignorent ce que pensent et devinent les femmes qui \u00e9coutent derri\u00e8re la tente ce que disent les h\u00f4tes au service de qui elles se trouvent. Mais aussi, ce peut \u00eatre aussi une manifestation de victoire sur le destin. C\u2019est ce que Sara a longtemps esp\u00e9r\u00e9 et qu\u2019elle savait devenu impossible. Si elle entend quelque chose comme une action qui ne peut relever que de l\u2019action de Dieu, c\u2019est alors l\u2019expression de l\u2019esp\u00e9rance : on ne s\u2019enferme pas dans le pr\u00e9sent. Ainsi, le rire devient une mani\u00e8re de sortir de la perspective qui est habituellement appel\u00e9e \u00ab destin \u00bb dans les religions : quelque chose o\u00f9 les humains sont enferm\u00e9s. \n<\/p>\n<p>\n  Le rire de Sara est l\u2019attestation que le dernier mot n\u2019est pas la mort, mais la vie. Ainsi se r\u00e9alise la promesse de Dieu. Cette interpr\u00e9tation est confirm\u00e9e par le r\u00e9cit de la naissance d\u2019 Isaac. \n<\/p>\n<p>\n  6 <em>Et Sara dit : Dieu m&rsquo;a donn\u00e9 de quoi rire, tous ceux qui l&rsquo;apprendront me souriront. <\/em>Nous lisons d\u2019abord ce que dit Sara : \u00ab Dieu m\u2019a donn\u00e9 de quoi rire ! \u00bb. C\u2019est le rire de la victoire. Il contresigne un point d\u2019accomplissement. Sara esp\u00e8re que ce qui suivra. Le reste sera la vie des m\u00e8res d\u2019un petit gar\u00e7on appel\u00e9 \u00e0 un bel avenir eu \u00e9gard \u00e0 la valeur de son p\u00e8re. Cela ne doit pas faire oublier de consid\u00e9rer ce que dit Abraham, car il y a l\u00e0 encore un obstacle pour la raison que l\u2019on peut appeler un myst\u00e8re. \n<\/p>\n<p>\n  Le texte dit \u00ab au fils qui lui naquit \u00bb ; Abraham s\u2019approprie l\u2019enfant comme si l\u2019enfant n\u2019existait que pour lui. Il y a encore un pas \u00e0 franchir. \n<\/p>\n<p><strong><em>2. Le Fils de la Promesse <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le chapitre 21 rapporte la naissance du fils de la promesse. Il semble que tout devait aller pour le mieux. Mais voil\u00e0 qu\u2019un r\u00e9cit brise ce qui nous semblerait normal \u2013 ce texte ne cesse de susciter commentaires et controverses. Il y a en effet dans ce texte quelque chose comme une rupture de l\u2019histoire qui a fait d\u2019Isaac une figure de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Dieu : donner un enfant \u00e0 un homme et \u00e0 sa femme malgr\u00e9 leur grand \u00e2ge. Ce r\u00e9cit a re\u00e7u tant et tant de commentaires&#8230; \n<\/p>\n<p>\n  Il demande \u00e0 \u00eatre bien situ\u00e9 dans son contexte : l\u2019interdiction des sacrifices humains. Ils \u00e9taient pratiqu\u00e9s en Isra\u00ebl, m\u00eame \u00e0 J\u00e9rusalem. Ainsi la faute du roi Achaz est-elle d\u2019avoir offert un sacrifice que le proph\u00e8te Isa\u00efe juge impie et le r\u00e9dacteur du Livre des Rois abominable : il a offert son fils en sacrifice pour que la ville assi\u00e9g\u00e9e soit lib\u00e9r\u00e9e. Comme si le mal s\u2019ajoutant au mal pouvait gu\u00e9rir du mal ! C\u2019est dans ce contexte que le proph\u00e8te Isa\u00efe prononce l\u2019oracle de l\u2019Emmanuel : l\u2019enfant promis est donn\u00e9 par Dieu sans m\u00e9diation royale (Isa\u00efe 7). \n<\/p>\n<p>\n  8 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-22.png\" class=\"wp-image-2449\" \/>\n<\/p>\n<p>\n  CHAPITRE 21 <em>1. Yahv\u00e9 visita Sara comme il avait dit et il fit pour elle comme il avait promis. 2 Sara con\u00e7ut et enfanta un fils \u00e0 Abraham d\u00e9j\u00e0 vieux, au temps que Dieu avait marqu\u00e9. 3 Au fils qui lui naquit, enfant\u00e9 par Sara, Abraham donna le nom d&rsquo;Isaac. 4 Abraham circoncit son fils Isaac, quand il eut huit jours, comme Dieu lui avait ordonn\u00e9. 5 Abraham avait cent ans lorsque lui naquit son fils Isaac. <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"99\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-24.png\" class=\"wp-image-2451\" \/>\n   \n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"151\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-26.png\" class=\"wp-image-2453\" \/>\n   \n<\/p>\n<p><em>CHAPITRE 22 1 Apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements, il arriva que <\/em><strong><em>Dieu <\/em><\/strong><em>\u00e9prouva Abraham et lui dit : \u00ab Abraham ! Abraham ! \u00bb Il r\u00e9pondit : \u00ab Me voici ! \u00bb 2 <\/em><strong><em>Dieu <\/em><\/strong><em>dit : \u00ab Prends ton fils, ton unique, que tu ch\u00e9ris, Isaac, et va-t&rsquo;en au pays de Moriyya, et l\u00e0 tu l&rsquo;offriras en holocauste sur une montagne que je t&rsquo;indiquerai \u00bb. 3 Abraham se leva t\u00f4t, sella son \u00e2ne et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac. Il fendit le bois de l&rsquo;holocauste et se mit en route pour l&rsquo;endroit que Dieu lui avait dit. 4 Le troisi\u00e8me jour, Abraham, levant les yeux, vit l&rsquo;endroit de loin. 5 Abraham dit \u00e0 ses serviteurs : \u00ab Demeurez ici avec l&rsquo;\u00e2ne. Moi et l&rsquo;enfant nous irons jusque l\u00e0-bas, nous adorerons et nous reviendrons vers vous \u00bb. 6 Abraham prit le bois de l&rsquo;holocauste et le chargea sur son fils Isaac, lui-m\u00eame prit en mains le feu et le couteau et ils <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  9 \n<\/p>\n<p><em>s&rsquo;en all\u00e8rent tous deux ensemble. 7 Isaac s&rsquo;adressa \u00e0 son p\u00e8re Abraham et dit : \u00ab Mon p\u00e8re ! \u00bb Il r\u00e9pondit : \u00ab Oui, mon fils ! &#8211; Eh bien, reprit-il, voil\u00e0 le feu et le bois, mais o\u00f9 est l&rsquo;agneau pour l&rsquo;holocauste ? \u00bb 8 Abraham r\u00e9pondit : \u00ab C&rsquo;est Dieu qui pourvoira \u00e0 l&rsquo;agneau pour l&rsquo;holocauste, mon fils \u00bb, et ils s&rsquo;en all\u00e8rent tous deux ensemble. 9 Quand ils furent arriv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;endroit que Dieu lui avait indiqu\u00e9, Abraham y \u00e9leva l&rsquo;autel et disposa le bois, puis il lia son fils Isaac et le mit sur l&rsquo;autel, par-dessus le bois. 10 Abraham \u00e9tendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. 11 Mais l&rsquo;Ange de <\/em><strong><em>Yahv\u00e9 <\/em><\/strong><em>l&rsquo;appela du ciel et dit : \u00ab Abraham ! Abraham ! \u00bb Il r\u00e9pondit : \u00ab Me voici ! \u00bb 12 L&rsquo;Ange dit : \u00ab N&rsquo;\u00e9tends pas la main contre l&rsquo;enfant ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m&rsquo;as pas refus\u00e9 ton fils, ton unique \u00bb. 13 Abraham leva les yeux et vit un b\u00e9lier, qui s&rsquo;\u00e9tait pris par les cornes dans un buisson, et Abraham alla prendre le b\u00e9lier et l&rsquo;offrit en holocauste \u00e0 la place de son fils. 14 \u00c0 ce lieu, Abraham donna le nom de Yahv\u00e9 pourvoit, en sorte qu&rsquo;on dit aujourd&rsquo;hui : Sur la montagne, Yahv\u00e9 pourvoit.15 L&rsquo;Ange de Yahv\u00e9 appela une seconde fois Abraham du ciel 16 et dit : \u00ab Je jure par moi-m\u00eame, <\/em><strong><em>parole de Yahv\u00e9 <\/em><\/strong><em>: parce que tu as fait cela, que tu ne m&rsquo;as pas refus\u00e9 ton fils, ton unique, 17 je te comblerai de b\u00e9n\u00e9dictions, je rendrai ta post\u00e9rit\u00e9 aussi nombreuse que les \u00e9toiles du ciel et que le sable qui est sur le bord de la mer, et ta post\u00e9rit\u00e9 conquerra la porte de ses ennemis. 18 Par ta post\u00e9rit\u00e9 se b\u00e9niront toutes les nations de la terre, parce que tu m&rsquo;as ob\u00e9i. \u00bb <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  Ce r\u00e9cit de la Gen\u00e8se ne cesse de susciter des commentaires souvent contradictoires, tant la notion de sacrifice humain nous semble horrible. Elle l\u2019est ici d\u2019autant plus que l\u2019enfant choisi pour le sacrifice est le \u00ab fils de la promesse \u00bb. Il n\u2019est pas possible ici de rendre compte de toutes les interpr\u00e9tations. Ce texte abolit l\u2019usage des sacrifices humains. Il s\u2019accorde \u00e0 l\u2019enseignement des proph\u00e8tes qui relativisent la valeur des sacrifices en mettant au premier plan l\u2019amour. \u00ab C\u2019est l\u2019amour que je veux et non les sacrifices \u00bb (Os\u00e9e 6,6) &#8211; cette parole est reprise par J\u00e9sus. Si la condamnation est claire, l\u2019interpr\u00e9tation de cette phrase reste d\u00e9licate, tant la persistance du discours sacrificiel est forte dans le monde eccl\u00e9siastique. Pourtant il est clair que le texte change la port\u00e9e de tout ce qui li\u00e9 au sacrifice consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9change : je donne et je re\u00e7ois : je donne une part de ma vie et je re\u00e7ois en r\u00e9ponse un plus dans ma vie. Je donne mon fils, et j\u2019aurai la paix et la prosp\u00e9rit\u00e9 sur la Terre promise. \n<\/p>\n<p>\n  Nous avons vu l\u2019accueil de l\u2019enfant par Abraham : \u00ab <em>un fils lui naquit <\/em>\u00bb. L\u2019expression est centr\u00e9e sur Abraham : l\u2019enfant est \u00ab pour Abraham \u00bb &#8211; cette affirmation enl\u00e8ve la port\u00e9e d\u2019un don et d\u2019une vie qui a un autre horizon que d\u2019assurer \u00e0 Abraham une descendance l\u00e9gitime selon la b\u00e9n\u00e9diction qui est la possession d\u2019une terre. Si Isaac est donn\u00e9 par Dieu ce n\u2019est pas seulement pour cela. Il doit \u00eatre lui-m\u00eame, il faut une rupture avec cet enfermement dans le lignage paternel. Le r\u00e9cit du chapitre 22 r\u00e9pond \u00e0 cette question : Abraham doit renoncer \u00e0 \u00eatre le \u00ab p\u00e8re tout-puissant \u00bb. De fait, dans la mise en perspective, Abraham est seul dans sa paternit\u00e9. La m\u00e8re de l\u2019enfant n\u2019est pas l\u00e0. Elle n\u2019existe plus : le gar\u00e7on n\u2019est plus un enfant ; il est d\u00e9j\u00e0 adolescent et il est entr\u00e9 dans le monde masculin, celui de la guerre, comme celui de toute comp\u00e9tition sociale ou \u00e9conomique et de la bataille dans le c\u0153ur o\u00f9 sont les d\u00e9sirs. \n<\/p>\n<p>\n  Un \u00e9l\u00e9ment donne le mouvement : l\u2019emploi du verbe \u00ab \u00e9lever \u00bb ou \u00ab monter \u00bb ou \u00ab faire monter \u00bb. Dans la parole dite \u00e0 Abraham, il n\u2019y a pas le mot \u00ab sacrifier \u00bb. La traduction habituelle est trop lourde : elle cache la r\u00e9alit\u00e9. L\u2019\u00e9l\u00e9vation dite en termes de mort est en r\u00e9alit\u00e9 en termes de vie dans un mouvement d\u2019accomplissement. C\u2019est le mouvement vers l\u2019avenir qui est l\u2019essentiel : une vie qui est r\u00e9ponse \u00e0 un appel de Dieu. Abraham le vit lui aussi en devenant p\u00e8re d\u2019un enfant qui n\u2019est pas sa propri\u00e9t\u00e9, sur qui il a droit de vie et de mort, mais en terme d\u2019accomplissement d\u2019une promesse. \n<\/p>\n<p><strong><em>2.1. Esp\u00e9rer : voir <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Au plan de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se critique, on peut penser que le r\u00e9cit \u00e9chappe \u00e0 ce qui sera fait dans le livre des Chroniques (donc apr\u00e8s la reconstruction du Temple apr\u00e8s l\u2019Exil). Il fallait justifier le choix de J\u00e9rusalem comme sanctuaire unique pour le peuple \u00e9lu, dispers\u00e9. En effet, du point de vue g\u00e9ographique le nom de la montagne Moriyya n\u2019est pas compatible avec J\u00e9rusalem. Le lieu reste inconnu \u2013 sans doute effac\u00e9 par la r\u00e9forme de Josias instaurant un sanctuaire unique. Mais en centrant le juda\u00efsme sur J\u00e9rusalem, la r\u00e9forme de Josias et la reconstruction de J\u00e9rusalem avaient besoin d\u2019\u00eatre justifi\u00e9es. L\u2019identification avec J\u00e9rusalem \u00e9tait un biais pour le r\u00e9aliser. La reconnaissance du sanctuaire est justifi\u00e9e par la pr\u00e9sence d\u2019 Abraham. \n<\/p>\n<p>\n  Le mouvement d\u2019identification conduit cependant \u00e0 des d\u00e9bats qui portent sur le sens de l\u2019\u00e9pisode. On le voit \u00e0 partir d\u2019un point pr\u00e9sent \u00e0 la fin du r\u00e9cit. La traduction du verset 14 est probl\u00e9matique. On peut traduire : \u00ab \u00c0 ce lieu, Abraham donna le nom de <em>Yahv\u00e9 voit<\/em>, en sorte qu&rsquo;on dit aujourd&rsquo;hui : Sur la montagne, <em>Yahv\u00e9 voit<\/em>. \u00bb (v. 14). D\u2019autres pr\u00e9f\u00e8rent traduire : \u00ab \u00c0 ce lieu, Abraham donna le nom de <em>Yahv\u00e9 pourvoit<\/em>, en sorte qu&rsquo;on dit aujourd&rsquo;hui : Sur la montagne, <em>Yahv\u00e9 pourvoit<\/em>. \u00bb Cette traduction porte l\u2019attention sur le fait qu\u2019\u00e0 l\u2019initiative de Dieu, Isaac a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un animal. Cela justifie les rituels et les sacrifices du temple de J\u00e9rusalem. Je pr\u00e9f\u00e8re la traduction plus proche du sens premier du verbe \u00ab voir \u00bb et de lire \u00ab Yahv\u00e9 voit \u00bb ou \u00ab Yahv\u00e9 verra \u00bb. C\u2019est l\u2019origine du mot \u00ab providence \u00bb h\u00e9las galvaud\u00e9 par un usage fataliste. \n<\/p>\n<p>\n  L\u2019affirmation que Dieu voit est une banalit\u00e9&#8230; Sauf si l\u2019on consid\u00e8re que la notion de vision n\u2019est pas une passivit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du croyant. Consid\u00e9rer que \u00ab il est vu \u00bb s\u2019entend dans un sens purement passif r\u00e9duit l\u2019existence humaine \u00e0 une existence banale. Par contre, la notion de vision peut s\u2019entendre dans un sens majeur : \u00eatre vu, ce n\u2019est pas seulement \u00eatre un objet dans un champ de vision, mais exister selon un projet de vie. \u00ab \u00catre vu \u00bb est la source d\u2019une b\u00e9n\u00e9diction. \n<\/p>\n<p>\n  Le regard port\u00e9 est un regard qui est source de vie. On le voit sur un lieu o\u00f9 jouent les enfants ; il y a des balan\u00e7oires, des \u00e9chelles, des toboggans, des balan\u00e7oires&#8230; L\u2019enfant joue ; il tente de faire ce qu\u2019il voit faire par un plus grand. Il ose prendre le risque quand il sait qu\u2019il est vu par ses parents. De m\u00eame, le sportif par le supporter, ou l\u2019artiste par qui l\u2019\u00e9coute. Exp\u00e9rience aussi du pr\u00e9dicateur qui pr\u00eache bien quand il sent qu\u2019il est \u00e9cout\u00e9. Ainsi la notion de vision est une notion essentielle pour la vie chr\u00e9tienne. \n<\/p>\n<p>\n  10 \n<\/p>\n<p>\n  Cela se retrouve dans la notion de providence (construite sur le fait que Dieu voit \u2013 en latin <em>videre<\/em>). Dieu voit et cela donne l\u2019\u00e9nergie pour avancer. Ce n\u2019est pas un ajout \u00e0 ce que l\u2019on est, mais l\u2019ouverture d\u2019un espace o\u00f9 ce qui est latent, d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 mais en r\u00e9serve, peut s\u2019exprimer ; l\u2019action fait grandir celui qui pose l\u2019acte o\u00f9 se r\u00e9alise son d\u00e9sir. L\u2019exp\u00e9rience humaine du regard d\u2019autrui dans la confiance permet de donner sens \u00e0 l\u2019expression \u00ab Dieu voit \u00bb. \n<\/p>\n<p>\n  Au plan de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se historico-critique, on peut penser que ce verset est un ajout qui a eu lieu lorsqu\u2019il fallait justifier le choix de J\u00e9rusalem comme sanctuaire unique pour le peuple \u00e9lu. En effet, le nom de la montagne Moriyya n\u2019est pas compatible avec J\u00e9rusalem. Le lieu reste inconnu \u2013 sans doute effac\u00e9 par la r\u00e9forme de Josias voulant un sanctuaire unique. Mais en centrant le juda\u00efsme sur J\u00e9rusalem, la r\u00e9forme de Josias et la reconstruction de J\u00e9rusalem avait besoin de se justifier. L\u2019identification avec J\u00e9rusalem \u00e9tait un biais pour le r\u00e9aliser. La reconnaissance du sanctuaire est corr\u00e9lative du choix op\u00e9r\u00e9 par les pr\u00eatres au retour de l\u2019exil. \n<\/p>\n<p><strong>2.2. Une vis\u00e9e mondiale <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le r\u00e9cit est repris dans la version ult\u00e9rieure qui identifi\u00e9 le mont Moriyya \u00e0 J\u00e9rusalem : \u00ab Salomon commen\u00e7a alors la construction de la maison de Yahv\u00e9. C\u2019\u00e9tait \u00e0 J\u00e9rusalem, sur le mont Moriyya, l\u00e0 o\u00f9 son p\u00e8re David avait eu une vision \u00bb (2 Chr 3, 1). Cette promesse est un d\u00e9passement de tout int\u00e9r\u00eat tribal, national&#8230; car ce sont toutes les nations qui seront b\u00e9n\u00e9ficiaires de l\u2019Alliance accomplie : \u00ab Par ta post\u00e9rit\u00e9 seront b\u00e9nies toutes les Nations sur la terre \u00bb. Nous lisons cette parole mise sur les l\u00e8vres de Dieu : \u00ab Je te comblerai de b\u00e9n\u00e9dictions, je rendrai ta post\u00e9rit\u00e9 aussi nombreuse que les \u00e9toiles du ciel et que le sable qui est au bord de la mer, et ta post\u00e9rit\u00e9 conquerra la porte de ses ennemis \u00bb (v. 15). \n<\/p>\n<p>\n  Le geste d\u2019Abraham est une ouverture de l\u2019avenir non seulement pour lui et son peuple, mais pour tous ses ennemis. \n<\/p>\n<p><strong><em>2. La volont\u00e9 de Dieu <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le r\u00e9cit de la Gen\u00e8se n\u2019a pas seulement une port\u00e9e religieuse (sur le statut des sacrifices), il a une port\u00e9e th\u00e9ologique au sens strict : il apporte un \u00e9l\u00e9ment nouveau pour la connaissance de Dieu lui-m\u00eame. \n<\/p>\n<p><strong>3.1. Le nom de Dieu <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  On note dans le texte une diff\u00e9rence concernant la d\u00e9signation de Dieu. Dans les premiers versets, il s\u2019agit de \u00ab Elohim \u00bb. Ce terme est le nom commun du terme qui d\u00e9signe les divinit\u00e9s ou les \u00eatres c\u00e9lestes. Mais \u00e0 la fin du texte, celui qui parle c\u2019est \u00ab Yahv\u00e9 \u00bb. Le nom propre qui sera donn\u00e9 \u00e0 Mo\u00efse plus tard. C\u2019est l\u00e0 une contradiction pour le lecteur du texte biblique, car il semblerait logique que le nom \u00e9tant donn\u00e9 \u00e0 Mo\u00efse \u2013 comme une nouveaut\u00e9 irr\u00e9ductible de la singularit\u00e9 du peuple \u00e9lu &#8211; Abraham ne pouvait le conna\u00eetre. Quoi qu\u2019il en soit de cette question, il importe de noter que le changement de nom d\u00e9signe un changement dans le rapport avec Dieu : d\u2019un nom commun (<em>Elohim<\/em>) on passe \u00e0 un nom propre (<em>Yahv\u00e9<\/em>). \n<\/p>\n<p>\n  11 \n<\/p>\n<p>\n  Si on lit le r\u00e9cit dans son dynamisme, on constate que c\u2019est le propre de la foi que d\u2019\u00eatre un chemin qui fait passer d\u2019une nomination de Dieu \u00e0 une autre nomination. Le nom \u00ab <em>Elohim <\/em>\u00bb para\u00eet dans le rappel du choix du lieu \u00ab au lieu que lui a dit Elohim \u00bb. Mais quand Abraham a pris le couteau, c\u2019est quelqu\u2019un d\u2019autre qui parle : le messager de Yahv\u00e9. Que signifie ce changement de nom dans l\u2019invocation de Dieu, sinon une mani\u00e8re de reconna\u00eetre que Dieu est une personne et pas seulement celui qui remplit une fonction : celle de cr\u00e9ateur ou de juge ? Cr\u00e9ateur, il a donn\u00e9 un enfant \u00e0 une femme st\u00e9rile, juge, il donne une r\u00e9compense \u00e0 celui qui lui ob\u00e9it malgr\u00e9 tout ce que la demande a d\u2019odieux et de douloureux. Si Dieu a un nom personnel, c\u2019est parce qu\u2019il tisse une relation personnelle avec une personne humaine. Abraham qui offre le sacrifice (selon les rituels canan\u00e9ens des sacrifices de f\u00e9condit\u00e9) rencontre du Dieu qui lui est favorable. L\u2019ordre religieux du monde, fond\u00e9 sur le sacrifice, s\u2019efface pour laisser place \u00e0 une autre perspective. \n<\/p>\n<p>\n  Il y a donc r\u00e9v\u00e9lation. Le sacrifice des premiers-n\u00e9s est la manifestation de l\u2019\u00eatre de Dieu qui d\u00e9voile autre chose qu\u2019une fonction de cr\u00e9ateur ; il entend \u00eatre reconnu comme source de la vie. Le sacrifice du fils a\u00een\u00e9 est en effet un acte par lequel Dieu affirme sa propri\u00e9t\u00e9 sur l\u2019enfant qui nait en premier. Il lui appartient comme \u00ab pr\u00e9mices \u00bb. Il doit lui \u00eatre offert en sacrifice&#8230; par la suite, ce sera une \u00ab cons\u00e9cration \u00bb. En quoi consiste-t-elle ? La r\u00e9ponse est donn\u00e9e dans la suite du r\u00e9cit : construire un lignage par lequel sera transmise l\u2019identit\u00e9 du groupe dont il est l\u2019a\u00een\u00e9. Cette affirmation ouvre sur une dimension de l\u2019esp\u00e9rance : la continuit\u00e9 assur\u00e9e dans la fid\u00e9lit\u00e9 par la fructification d\u2019une promesse. Ce sera l\u2019obsession des auteurs bibliques : la continuit\u00e9 entre le patriarche et ses descendants. La nature de cette continuit\u00e9 \u00e9tant en d\u00e9bat : est-ce seulement la chair (la g\u00e9n\u00e9ration charnelle) ou bien l\u2019esprit ou l\u2019\u00e2me \u2013 c\u2019est l\u2019enjeu de la th\u00e9ologie de saint Paul. \n<\/p>\n<p>\n  L\u2019esp\u00e9rance repose sur le nom de Dieu. Le nom de Dieu <em>Yahv\u00e9<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 comme le nom propre dans la suite du r\u00e9cit, atteste que le r\u00e9dacteur est d\u00e9j\u00e0 soucieux d\u2019inscrire la d\u00e9marche du patriarche dans une continuit\u00e9 qui passera les temps. \n<\/p>\n<p>\n  Le changement de nom est le fait du r\u00e9dacteur qui rapporte l\u2019\u00e9v\u00e9nement au moment de la r\u00e9daction de la <em>Torah <\/em>sous la forme que nous connaissons. L\u2019\u00e9criture n\u2019est pas attest\u00e9e comme dans nos \u00e9ditions o\u00f9 le livre porte la date de l\u2019impression&#8230; C\u2019est le fruit d\u2019une r\u00e9daction complexe qui suppose des reprises \u2013 ce que l\u2019ex\u00e9g\u00e8se du XXe si\u00e8cle a articul\u00e9 \u00e0 la reconnaissance de documents divers tant par la date de la mise par \u00e9crit que par la perspective : autre la r\u00e9daction dans une perspective identitaire ou nationaliste, autre celle qui a le souci du culte, autre celle de la prise en compte de l\u2019avenir&#8230; Dans notre lecture soucieuse de la vie chr\u00e9tienne, ce qui prime c\u2019est le fait que le texte rapporte l\u2019action de Dieu. Celle-ci est \u00ab au-del\u00e0 de la morale \u00bb. \n<\/p>\n<p><strong>3.2. La r\u00e9ception du texte <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le r\u00e9cit du \u00ab sacrifice d\u2019Isaac \u00bb a marqu\u00e9 les lecteurs de ce r\u00e9cit. Tout le monde s\u2019accorde \u00e0 reconna\u00eetre que le r\u00e9cit fonde le refus des sacrifices du premier-n\u00e9 qui avait lieu \u00e0 J\u00e9rusalem \u00e0 l\u2019\u00e9poque royale. On en voit l\u2019attestation quand on veut comprendre un des textes les plus importants du livre d\u2019Isa\u00efe : l\u2019annonce de la naissance de l\u2019Emmanuel. Le r\u00e9cit \n<\/p>\n<p>\n  12 \n<\/p>\n<p>\n  rapporte la proph\u00e9tie d\u2019Isa\u00efe reprochant au roi Achaz d\u2019avoir commis une faute gravissime dans la panique, au moment o\u00f9 l\u2019ennemi mettait le si\u00e8ge autour de J\u00e9rusalem. Isa\u00efe annonce la conception et la naissance d\u2019un enfant par une \u00ab jeune femme \u00bb ou \u00ab jeune fille \u00bb (en h\u00e9breu <em>Alma<\/em>). Si le terme h\u00e9breu reste g\u00e9n\u00e9ral, le texte grec pr\u00e9cise qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00ab vierge \u00bb &#8211; ce qui est re\u00e7u au sens strict par la tradition chr\u00e9tienne pour dire la conception virginale de J\u00e9sus. Cette consid\u00e9ration ne doit pas oblit\u00e9rer le sens premier du texte d\u2019Isa\u00efe. La mal\u00e9diction port\u00e9e contre le roi Achaz vient du fait qu\u2019il a commis une tr\u00e8s grave faute \u2013 rapport\u00e9e dans le Deuxi\u00e8me Livre des Rois. Dans sa panique, le roi a particip\u00e9 \u00e0 un culte \u00ab pa\u00efen \u00bb et il y a sacrifi\u00e9 son fils a\u00een\u00e9. Nous lisons : \u00ab Achaz ne fit pas ce qui est agr\u00e9able \u00e0 Yahv\u00e9, son Dieu [&#8230;]. Il imita la conduite des rois d\u2019Isra\u00ebl, et m\u00eame il fit passer son fils par le feu, selon les coutumes abominables des nations que Yahv\u00e9 avait chass\u00e9es devant les Isra\u00e9lites \u00bb (2 R 16, 3). \n<\/p>\n<p>\n  Le sens de la parole d\u2019Isa\u00efe est explicit\u00e9 dans la suite du texte. Le roi qui a accompli cette abomination a perdu sa dignit\u00e9 de p\u00e8re. Ayant perdu sa dignit\u00e9 et son autorit\u00e9, l\u2019enfant qui na\u00eetra de cette femme dont ne connait que le statut dit par le mot h\u00e9breu \u00ab <em>Almah <\/em>\u00bb sera nomm\u00e9 par sa m\u00e8re. \u00ab Voici que l\u2019<em>Almah <\/em>est enceinte ; elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d\u2019Emmanuel \u00bb. C\u2019est elle qui nomme l\u2019enfant ! Cela va \u00e0 l\u2019encontre de la pratique universelle car, dans la physiologie du temps, le p\u00e8re donne tout \u00e0 l\u2019enfant, la m\u00e8re n\u2019\u00e9tant que r\u00e9ceptrice passive \u2013 comme la terre qui re\u00e7oit la graine. Cette nomination de l\u2019enfant par sa m\u00e8re, ouvre sur une autre mani\u00e8re de comprendre l\u2019histoire du salut. Elle laisse place \u00e0 une modification de la mani\u00e8re de comprendre l\u2019action de Dieu. \n<\/p>\n<p>\n  Ainsi le texte du \u00ab sacrifice d\u2019Isaac \u00bb o\u00f9 Dieu intervient pour que l\u2019enfant ne soit pas immol\u00e9 par son p\u00e8re est-il un appel \u00e0 une religion qui abolit le sacrifice. Le texte est donc ouvert sur une lecture spirituelle qui fait barrage \u00e0 la violence des religions. C\u2019est l\u00e0 un horizon d\u2019esp\u00e9rance. En restant dans le livre d\u2019Isa\u00efe, on voit poindre cette esp\u00e9rance, d\u00e8s le d\u00e9but du livre d\u2019Isa\u00efe, chapitre 2 : \n<\/p>\n<p>\n  13 \n<\/p>\n<p><em>\u00ab 2 Il arrivera dans la suite des temps que la montagne de la maison de Yahv\u00e9 sera \u00e9tablie en t\u00eate des montagnes et s&rsquo;\u00e9l\u00e8vera au-dessus des collines. Alors toutes les nations afflueront vers elle, 3 alors viendront des peuples nombreux qui diront : \u00ab\u00a0Venez, montons \u00e0 la montagne de Yahv\u00e9, \u00e0 la maison du Dieu de Jacob, qu&rsquo;il nous enseigne ses voies et que nous suivions ses sentiers.\u00a0\u00bb Car de Sion vient la Loi et de J\u00e9rusalem la parole de Yahv\u00e9. 4 Il jugera entre les nations, il sera l&rsquo;arbitre de peuples nombreux. Ils briseront leurs \u00e9p\u00e9es pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne l\u00e8vera plus l&rsquo;\u00e9p\u00e9e nation contre nation, on n&rsquo;apprendra plus \u00e0 faire la guerre. 5 Maison de Jacob, allons, marchons \u00e0 la lumi\u00e8re de Yahv\u00e9. L&rsquo;\u00e9clat de la majest\u00e9 de Yahv\u00e9. \u00bb <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  Ainsi, l\u2019attitude d\u2019Abraham ouvre sur un avenir. C\u2019est ce regard sur le futur qui est appel\u00e9 \u00ab esp\u00e9rance \u00bb. Ce regard n\u2019est pas vain ; il est empli d\u2019une esp\u00e9rance. \n<\/p>\n<p><strong><em>Conclusion <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Au terme de la lecture de ces textes bibliques, la notion d\u2019esp\u00e9rance prend forme. Le regard du disciple (dont Abraham est la figure fondatrice) est un regard port\u00e9 sur l\u2019avenir. Ce regard suppose que les liens avec le pr\u00e9sent ne soient pas consid\u00e9r\u00e9s comme un point final, comme un tout qui se suffit \u00e0 soi-m\u00eame. Ce constat s\u2019impose. Dans ce chemin, en effet, on voit comment le d\u00e9sir humain (en l\u2019occurrence celui d\u2019Abraham qui est une figure universelle) est confront\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Ce qu\u2019il a d\u00e9sir\u00e9 advient \u2013 fondamentalement dans les textes relev\u00e9s la naissance d\u2019un fils l\u00e9gitime puisque sanctifi\u00e9 par le mariage. Mais cette r\u00e9alisation ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un acquis d\u00e9finitif. Le cours du temps se poursuit et ce qui est donn\u00e9 encha\u00eene sur une autre situation impr\u00e9visible. De cette situation un nouveau regard s\u2019\u00e9l\u00e8ve. Il ouvre sur une autre voie dont le terme n\u2019est pas encore advenu. \n<\/p>\n<p>\n  14 \n<\/p>\n<p><strong>Lettre aux Romains<\/strong>, chapitre 8 <em>: \u00ab 19 Car la cr\u00e9ation en attente aspire \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation des fils de Dieu : 20 si elle fut assujettie \u00e0 la vanit\u00e9 &#8211; non qu&rsquo;elle l&rsquo;e\u00fbt voulu, mais \u00e0 cause de celui qui l&rsquo;y a soumise &#8211; c&rsquo;est avec l&rsquo;esp\u00e9rance 21 d&rsquo;\u00eatre elle aussi lib\u00e9r\u00e9e de la servitude de la corruption pour entrer dans la libert\u00e9 de la gloire des enfants de Dieu. 22 Nous le savons en effet, toute la cr\u00e9ation jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour g\u00e9mit en travail d&rsquo;enfantement. 23 Et non pas elle seule : nous-m\u00eames qui poss\u00e9dons les pr\u00e9mices de l&rsquo;Esprit, nous g\u00e9missons nous aussi int\u00e9rieurement dans l&rsquo;attente de la r\u00e9demption de notre corps. 24 Car notre salut est objet <\/em>d&rsquo;esp\u00e9rance ; et voir ce qu&rsquo;on esp\u00e8re, ce n&rsquo;est plus l&rsquo;esp\u00e9rer : ce qu&rsquo;on voit, comment pourrait- <em>on l&rsquo;esp\u00e9rer encore ? 25 Mais esp\u00e9rer ce que nous ne voyons pas, c&rsquo;est l&rsquo;attendre avec <\/em>constance. 26 Pareillement l&rsquo;Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l&rsquo;Esprit lui-m\u00eame interc\u00e8de pour nous en des <em>g\u00e9missements ineffables, 27 et Celui qui sonde les c\u0153urs sait quel est le d\u00e9sir de l&rsquo;Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu. \u00bb <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  L\u2019image qui d\u00e9crit la situation dont Abraham est la figure fondatrice est celle de la marche : ce qui se donne \u00e0 voir n\u2019est pas un point final. Le d\u00e9sir se porte sur ce qui transcende ce qui est donn\u00e9. L\u2019enfant de la Promesse doit devenir autre que ce que son p\u00e8re d\u00e9sirait. Tel est la premi\u00e8re marque de ce que l\u2019on appelle esp\u00e9rance. Saint Paul le dit : \u00ab Voir ce que l\u2019on esp\u00e8re, ce n\u2019est plus esp\u00e9rer \u00bb (Rm 8,24). N\u2019est-ce pas ce qui caract\u00e9rise la notion biblique de Dieu : celui dont le nom ouvre sur un infini. Le nom m\u00eame de Dieu l\u2019exprime : c\u2019est une promesse dont on attend la manifestation. \n<\/p>\n<p><strong>V<\/strong>ivre l\u2019esp\u00e9rance <strong><em>Deuxi\u00e8me \u00e9tape <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p><strong>L\u2019esp\u00e9rance d\u2019un peuple <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  La th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 partir de la figure d\u2019Abraham, de Sara et d\u2019Isaac. L\u2019esp\u00e9rance porte sur une descendance et la possession d\u2019une terre qui sera un lieu o\u00f9 la vie sera assur\u00e9e. L\u2019attitude personnelle d\u2019Abraham a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e. Elle serait mal comprise si on ne percevait pas la dimension collective. Elle est patente dans <em>l\u2019Apocalypse de Jean <\/em>qui tourne ses regards vers une nouvelle cr\u00e9ation. Dire \u00ab nouvelle cr\u00e9ation \u00bb, c\u2019est pr\u00e9senter une transformation du monde pr\u00e9sent dans sa totalit\u00e9. Il ne s\u2019agit pas seulement de la vie spirituelle, mais d\u2019une transformation de toute la cr\u00e9ation. L\u2019action de Dieu porte sur un monde nouveau. Cette perspective s\u2019enracine dans une vision de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 telle qu\u2019elle est pr\u00e9sent\u00e9e dans le Nouveau Testament. Le lien entre le pr\u00e9sent et le futur est intime \u00e0 ce qui rel\u00e8ve de la vie chr\u00e9tienne o\u00f9 se croisent deux termes : foi et esp\u00e9rance. Nous lisons dans la <em>Lettre aux H\u00e9breux <\/em>: \n<\/p>\n<p>\n  15 \n<\/p>\n<p>\n  Lettre aux H\u00e9breux, 10 <em>19 Ayant donc, fr\u00e8res, l&rsquo;assurance voulue pour l&rsquo;acc\u00e8s au sanctuaire par le sang de J\u00e9sus, 20 par cette voie qu&rsquo;il a inaugur\u00e9e pour nous, r\u00e9cente et vivante, \u00e0 travers le voile &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire sa chair -, 21 et un pr\u00eatre souverain \u00e0 la t\u00eate de la maison de Dieu, 22 approchons-nous avec un c\u0153ur sinc\u00e8re, dans la pl\u00e9nitude de la foi, les c\u0153urs nettoy\u00e9s de toutes les souillures d&rsquo;une conscience mauvaise et le corps lav\u00e9 d&rsquo;une eau pure. 23 Gardons ind\u00e9fectible la confession de l&rsquo;esp\u00e9rance, car celui qui a promis est fid\u00e8le, 24 et faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charit\u00e9 et les \u0153uvres bonnes. <\/em>\n<\/p>\n<p><strong><em>1. Une histoire du salut <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Ce que nous appelons aujourd\u2019hui \u00ab histoire du salut \u00bb est le fruit d\u2019une relecture des \u00e9v\u00e9nements rapport\u00e9s par la Bible. Cette relecture place les \u00e9pisodes en continuit\u00e9 dans la perspective d\u2019une croissance vers un accomplissement. \n<\/p>\n<p>\n  Le chapitre commence par donner une d\u00e9finition simple de l\u2019acte humain fondateur qui fait un lien entre foi (<em>pistis<\/em>) et choses esp\u00e9r\u00e9es (<em>elpis<\/em>) la foi porte sur un bien \u00e0 venir et donc elle a un versant qui est celui de l\u2019esp\u00e9rance. \u00ab Or la foi est la garantie des biens que l&rsquo;on esp\u00e8re, la preuve des r\u00e9alit\u00e9s qu&rsquo;on ne voit pas \u00bb. La foi porte sur ce qui n\u2019est pas \u00e9vident, d\u2019abord parce que absent au sens o\u00f9 rien n\u2019est encore totalement donn\u00e9 \u2013pour deux raisons : la premi\u00e8re est la diff\u00e9rence avec la r\u00e9alit\u00e9 mondaine, la seconde l\u2019espacement dans le cours du temps. Il faut tenir \u00e0 distance la s\u00e9paration stricte entre les vertus th\u00e9ologales pr\u00e9sent\u00e9es \n<\/p>\n<p>\n  par le cat\u00e9chisme ; cela permet de respecter le mouvement du texte qui pr\u00e9sente ce que l\u2019on appelle \u00ab histoire du salut \u00bb. \n<\/p>\n<p>\n  16 \n<\/p>\n<p><em>CHAPITRE 11 1 Or la foi est la garantie des biens que l&rsquo;on esp\u00e8re, la preuve des r\u00e9alit\u00e9s qu&rsquo;on ne voit pas. 2 C&rsquo;est elle qui a valu aux anciens un bon t\u00e9moignage.3 Par la foi, nous comprenons que les mondes ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s par une parole de Dieu, de sorte que ce que l&rsquo;on voit provient de ce qui n&rsquo;est pas apparent. 4 Par la foi, <\/em><strong><em>Abel <\/em><\/strong><em>offrit \u00e0 Dieu un <\/em>sacrifice de plus grande valeur que celui de Ca\u00efn ; aussi fut-il proclam\u00e9 juste, Dieu ayant <em>rendu t\u00e9moignage \u00e0 ses dons, et par elle aussi, bien que mort, il parle encore. 5 Par la foi, <\/em><strong><em>H\u00e9noch <\/em><\/strong><em>fut enlev\u00e9, en sorte qu&rsquo;il ne vit pas la mort, et on ne le trouva plus, parce que Dieu l&rsquo;avait enlev\u00e9. Avant son enl\u00e8vement, en effet, il lui est rendu t\u00e9moignage qu&rsquo;il avait plu \u00e0 Dieu. 6 Or sans la foi il est impossible de lui plaire. Car celui qui s&rsquo;approche de Dieu doit croire qu&rsquo;il existe et qu&rsquo;il se fait le r\u00e9mun\u00e9rateur de ceux qui le cherchent. 7 Par la foi, <\/em><strong><em>No<\/em><\/strong><em>\u00e9, divinement averti de ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas encore visible, saisi d&rsquo;une crainte religieuse, construisit une arche pour sauver sa famille. Par la foi, il condamna le monde et il devint h\u00e9ritier de la justice qui s&rsquo;obtient par la foi.8 Par la foi, <\/em><strong><em>Abraham <\/em><\/strong><em>ob\u00e9it \u00e0 l&rsquo;appel de partir vers un pays qu&rsquo;il devait recevoir en h\u00e9ritage, et il partit ne sachant o\u00f9 il allait. 9 Par la foi, il vint s\u00e9journer dans la Terre promise comme en un pays \u00e9tranger, y vivant sous des tentes, ainsi qu&rsquo;<\/em><strong><em>Isaac <\/em><\/strong><em>et <\/em><strong><em>Jacob<\/em><\/strong><em>, h\u00e9ritiers avec lui de la m\u00eame promesse. 10 C&rsquo;est qu&rsquo;il attendait la ville pourvue de fondations dont Dieu est l&rsquo;architecte et le constructeur. 11 Par la foi, <\/em><strong><em>Sara<\/em><\/strong><em>, elle aussi, re\u00e7ut la vertu de concevoir, et cela en d\u00e9pit de son \u00e2ge avanc\u00e9, parce qu&rsquo;elle estima fid\u00e8le celui qui avait promis. 12 C&rsquo;est bien pour cela que d&rsquo;un seul homme, et d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9 par la mort, naquirent des descendants comparables par leur nombre aux \u00e9toiles du ciel et aux grains de sable sur le rivage de la mer, innombrables&#8230; 13 C&rsquo;est dans la foi qu&rsquo;ils moururent tous sans avoir re\u00e7u l&rsquo;objet des promesses, mais ils l&rsquo;ont vu et salu\u00e9 de loin, et ils ont confess\u00e9 qu&rsquo;ils \u00e9taient \u00e9trangers et voyageurs sur la terre. 14 Ceux qui parlent ainsi font voir clairement qu&rsquo;ils sont \u00e0 la recherche d&rsquo;une patrie. 15 Et s&rsquo;ils avaient pens\u00e9 \u00e0 celle d&rsquo;o\u00f9 ils \u00e9taient sortis, ils auraient eu le temps d&rsquo;y retourner. 16 Or, en fait, ils aspirent \u00e0 une patrie meilleure, c&rsquo;est-\u00e0-dire <\/em>c\u00e9leste. C&rsquo;est pourquoi, Dieu n&rsquo;a pas honte de s&rsquo;appeler leur Dieu ; il leur a pr\u00e9par\u00e9, en <em>effet, une ville&#8230; 17 Par la foi, <\/em><strong><em>Abraham<\/em><\/strong><em>, mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, a offert Isaac, et c&rsquo;est son fils unique qu&rsquo;il offrait en sacrifice, lui qui \u00e9tait le d\u00e9positaire des promesses, 18 lui \u00e0 qui il avait \u00e9t\u00e9 dit : C&rsquo;est par <\/em><strong><em>Isaac <\/em><\/strong><em>que tu auras une post\u00e9rit\u00e9. 19 Dieu, pensait-il, est capable <\/em>m\u00eame de ressusciter les morts ; c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il recouvra son fils, et ce fut un <em>symbole. 20 Par la foi encore, Isaac donna \u00e0 Jacob et \u00e0 \u00c9sa\u00fc des b\u00e9n\u00e9dictions assurant l&rsquo;avenir. 21 Par la foi, <\/em><strong><em>Jacob <\/em><\/strong><em>mourant b\u00e9nit chacun des fils de Joseph et il se prosterna appuy\u00e9 sur l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de son b\u00e2ton. 22 Par la foi, <\/em><strong><em>Joseph<\/em><\/strong><em>, proche de sa fin, \u00e9voqua l&rsquo;exode des fils d&rsquo;Isra\u00ebl et donna des ordres au sujet de ses restes. 23 Par la foi, <\/em><strong><em>Mo\u00efse<\/em><\/strong><em>, \u00e0 sa naissance fut cach\u00e9 par ses parents pendant trois mois, parce qu&rsquo;ils virent que le petit enfant \u00e9tait joli, et ils ne craignirent pas l&rsquo;\u00e9dit du roi. 24 Par la foi, <\/em><strong><em>Mo\u00efse<\/em><\/strong><em>, devenu grand, refusa d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9 fils d&rsquo;une fille d&rsquo;un Pharaon, 25 aimant mieux \u00eatre maltrait\u00e9 avec le peuple de Dieu que de conna\u00eetre la jouissance \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du p\u00e9ch\u00e9, 26 estimant comme une richesse sup\u00e9rieure aux tr\u00e9sors de l&rsquo;\u00c9gypte l&rsquo;opprobre du Christ. Il avait, en effet, les yeux fix\u00e9s sur la r\u00e9compense. 27 Par la foi, il quitta l&rsquo;\u00c9gypte sans craindre la fureur du <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  17 \n<\/p>\n<p><em>roi : comme s&rsquo;il voyait l&rsquo;Invisible, il tint ferme.28 Par la foi, il c\u00e9l\u00e9bra la P\u00e2que et fit l&rsquo;aspersion du sang, afin que l&rsquo;Exterminateur ne touch\u00e2t point les premiers-n\u00e9s d&rsquo;Isra\u00ebl. 29 Par la foi, ils travers\u00e8rent la mer Rouge comme une terre s\u00e8che, tandis que les \u00c9gyptiens, ayant essay\u00e9 le passage, furent engloutis. 30 Par la foi, les murs de J\u00e9richo tomb\u00e8rent, quand on en eut fait le tour pendant sept jours. 31 Par la foi, <\/em><strong><em>Rahab <\/em><\/strong><em>la prostitu\u00e9e ne p\u00e9rit pas avec les incr\u00e9dules, parce qu&rsquo;elle avait accueilli pacifiquement les \u00e9claireurs. 32 Et que dirai-je encore ? Car le temps me manquerait si je racontais ce qui concerne <\/em><strong><em>G\u00e9d\u00e9on<\/em><\/strong><em>, <\/em><strong><em>Baraq<\/em><\/strong><em>, <\/em><strong><em>Samson<\/em><\/strong><em>, <\/em><strong><em>Jepht\u00e9<\/em><\/strong><em>, <\/em><strong><em>David<\/em><\/strong><em>, ainsi que <\/em><strong><em>Samuel et les Proph\u00e8tes<\/em><\/strong><em>, 33 eux qui, gr\u00e2ce \u00e0 la foi, soumirent des royaumes, exerc\u00e8rent la justice, obtinrent l&rsquo;accomplissement des promesses, ferm\u00e8rent la gueule des lions, 34 \u00e9teignirent la violence du feu, \u00e9chapp\u00e8rent au tranchant du glaive, furent rendus vigoureux, de malades qu&rsquo;ils \u00e9taient, montr\u00e8rent de la vaillance \u00e0 la guerre, refoul\u00e8rent les invasions \u00e9trang\u00e8res. 35 Des femmes ont recouvr\u00e9 leurs morts par la r\u00e9surrection. Les uns se sont laiss\u00e9 torturer, refusant leur d\u00e9livrance afin d&rsquo;obtenir une meilleure r\u00e9surrection. 36 D&rsquo;autres subirent l&rsquo;\u00e9preuve des d\u00e9risions et des fouets, et m\u00eame celle des cha\u00eenes et de la prison.37 Ils ont \u00e9t\u00e9 lapid\u00e9s, sci\u00e9s, ils ont p\u00e9ri par le glaive, ils sont all\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0, sous des peaux de moutons et des toisons de ch\u00e8vres, d\u00e9nu\u00e9s, opprim\u00e9s, maltrait\u00e9s, 38 eux dont le monde \u00e9tait indigne, errant dans les d\u00e9serts, les montagnes, les cavernes, les antres de la terre. 39 Et tous ceux-l\u00e0, bien qu&rsquo;ils aient re\u00e7u un bon t\u00e9moignage \u00e0 cause de leur foi, ne b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent pas de la promesse : 40 c&rsquo;est que Dieu pr\u00e9voyait pour nous un sort meilleur, et ils ne devaient pas parvenir sans nous \u00e0 la perfection. <\/em>\n<\/p>\n<p><strong><em>1. Les th\u00e9ologies modernes de l\u2019esp\u00e9rance <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Les travaux th\u00e9ologiques les plus importants du XXe si\u00e8cle reposent sur les travaux universitaires. Pour des raisons sociales, politiques, \u00e9conomiques, ce sont les \u00c9tats europ\u00e9ens qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le moteur. Tout \u00e0 la fois par la force de leurs structures universitaires et par les moyens utilis\u00e9s pour financer les \u00e9tudes. Cette th\u00e9ologie est tr\u00e8s marqu\u00e9e par cet enracinement : ce sont des pays qui ont v\u00e9cu les deux grandes guerres, dites \u00ab mondiales \u00bb. Mais cela n\u2019\u00e9tait possible que sur la base d\u2019une r\u00e9flexion sur la culture et d\u2019une clarification de l\u2019anthropologie. \n<\/p>\n<p><strong>1.1. Prendre au s\u00e9rieux l\u2019esp\u00e9rance <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  La th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance s\u2019est d\u00e9gag\u00e9e d\u2019une vision spiritualiste de l\u2019enseignement des \u00e9vangiles. On la trouve dans sa radicalit\u00e9 dans la th\u00e9ologie de la figure la plus \u00e9minente de la th\u00e9ologie de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, Karl Barth, qui entend affirmer la transcendance de Dieu et de la manifestation de J\u00e9sus. Pour comprendre cette radicalit\u00e9, il faut voir le contexte social, intellectuel et politique. \n<\/p>\n<p>\n  La th\u00e9ologie du XXe si\u00e8cle s\u2019est construite en opposition au mouvement g\u00e9n\u00e9ral de la pens\u00e9e europ\u00e9enne. Celle-ci peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e par un mouvement de \u00ab s\u00e9cularisation \u00bb. Ce terme sociologique d\u00e9signe ce qui est advenu au XIXe si\u00e8cle. Dans la soci\u00e9t\u00e9 et les moyens de vivre, mais d\u2019abord en philosophie. Les philosophes ont pris en compte une \u00ab philosophie de l\u2019histoire \u00bb. \n<\/p>\n<p>\n  La philosophie de l\u2019histoire est d\u2019inspiration chr\u00e9tienne (Hegel, Schelling&#8230;) \u2013 en effet c\u2019est la lecture chr\u00e9tienne de la Bible qui la fonde. La Bible se distingue des autres textes religieux parce qu\u2019elle inscrit les faits, les paroles et les intentions humaines dans le cadre d\u2019une progression de la premi\u00e8re alliance (la cr\u00e9ation) \u00e0 une nouvelle alliance (le don de l\u2019Esprit saint) dans une tension vers un ach\u00e8vement. Mais la philosophie de l\u2019histoire ne se contente pas de pr\u00e9senter cette d\u00e9marche. Elle entend expliquer ce qui advient en ne consid\u00e9rant que la responsabilit\u00e9 des humains. D\u2019abord, les acteurs directs et imm\u00e9diats (les rois et les reines, les financiers, les propri\u00e9taires des ressources agricoles ou industrielles, les arm\u00e9es&#8230;) sont consid\u00e9r\u00e9s de mani\u00e8re pr\u00e9cise et cela conduit \u00e0 tenir \u00e0 distance les motivations spirituelles. Ensuite, l\u2019anthropologie consid\u00e8re que l\u2019\u00eatre humain est un \u00eatre de d\u00e9sir, ayant une vie intellectuelle, affective, artistique, relationnelle qui fait un tout qui n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre compl\u00e9t\u00e9 ou corrig\u00e9 par un \u00ab don d\u2019en haut \u00bb. L\u2019\u00eatre humain est ainsi possesseur des moyens de r\u00e9aliser lui-m\u00eame son bonheur. La perspective d\u2019un don de Dieu n\u2019est pas prise en compte. Le discours philosophique prend la place du discours th\u00e9ologique ; la mystique naturelle (dont t\u00e9moignent les religions du monde) existe en tout \u00eatre humain ; cela relativise les affirmations de la transcendance de Dieu. C\u2019est l\u00e0 ce que l\u2019on appelle un processus de \u00ab s\u00e9cularisation \u00bb. C\u2019est contre cette r\u00e9duction anthropologique que s\u2019est dress\u00e9e Karl Barth. Elle n\u2019est pas une affaire culturelle comme le dit la notion de chr\u00e9tient\u00e9 telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e par les auteurs \u00ab humanistes \u00bb qui voit dans le christianisme une synth\u00e8se entre le \u00ab monde de Dieu \u00bb et le \u00ab monde des hommes \u00bb &#8211; avec une th\u00e9ologie de l\u2019histoire. Barth insiste sur la transcendance. Cette conception protestante a son \u00e9quivalent dans le monde catholique par la valorisation des vocations contemplatives (dont les carm\u00e9lites sont encore la figure exemplaire et romantique). L\u2019absolu de Dieu efface les consid\u00e9rations philosophiques, psychologiques ou culturelles. L\u2019esp\u00e9rance est consid\u00e9r\u00e9e comme ce qui va au-del\u00e0 du pr\u00e9sent et sa force est de rompre avec les raisons et les calculs qui s\u2019enferment dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 des faits actuels. Cette radicalit\u00e9 a marqu\u00e9 la th\u00e9ologie du XXe si\u00e8cle. Elle a \u00e9t\u00e9 une des sources de la th\u00e9ologie qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la promotion de la notion d\u2019esp\u00e9rance \u2013 encore aujourd\u2019hui. \n<\/p>\n<p><strong>1.2. Reconstruire <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  L\u2019essor de la th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance est corr\u00e9lative de la situation de la chr\u00e9tient\u00e9 en en Europe d\u2019abord et dans le monde ensuite. Il y a d\u2019une part l\u2019ampleur du d\u00e9sastre de ce que l\u2019on appelle \u00ab guerre mondiale \u00bb et qui sonne le d\u00e9clin de l\u2019Europe dans le monde. Mais aussi la mani\u00e8re de r\u00e9pondre au d\u00e9fi de la reconstruction. Cette reconstruction n\u2019est possible que parce qu\u2019il y a une esp\u00e9rance. Ce fait a deux aspects. Il y a d\u2019abord l\u2019ampleur du d\u00e9sastre humain, social et \u00e9conomique. Il y a ensuite, une reconstruction sur des ruines. L\u2019Europe a \u00e9t\u00e9 exemplaire sur ce point \u2013 la France en premier lieu par la bonne d\u00e9mographie de l\u2019apr\u00e8s- guerre. \n<\/p>\n<p>\n  La reconstruction a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur le souci de faire mieux. Comme le dit la chanson sur le vieux chalet emport\u00e9 par la temp\u00eate, il est reb\u00e2ti \u00ab mieux qu\u2019avant \u00bb. Cet effort de reconstruction s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 en lien avec une \u00ab philosophie de l\u2019histoire \u00bb. Deux grands th\u00e9ologiens allemands ont marqu\u00e9 cette th\u00e9ologie : Pannenberg et Moltmann. \n<\/p>\n<p>\n  18 \n<\/p>\n<p>\n  Moltmann a \u00e9t\u00e9 le plus original et le plus audacieux. Dans le contexte des ann\u00e9es de reconstruction, il est entr\u00e9 en dialogue (ou plus exactement assum\u00e9 les th\u00e9matiques) avec le marxisme qui s\u2019est diffus\u00e9 dans le monde comme vision d\u2019une transformation des conditions de vie pour r\u00e9aliser un monde plus juste. La philosophie de Marx \u2013 et pas le syst\u00e8me stalinien qui le trahit. C\u2019est une philosophie qui entend \u00eatre la lib\u00e9ration des servitudes et la reconnaissance des droits de mani\u00e8re universelle. Le marxisme dont il s\u2019agit est la philosophie du \u00ab jeune Marx \u00bb qui est d\u00e9velopp\u00e9e contre l\u2019enseignement donn\u00e9 dans le Parti. Un effort \n<\/p>\n<p>\n  4\n  <br \/>\n  pour repenser une philosophie dont les racines bibliques sont patentes . Le point de d\u00e9part a \n<\/p>\n<p>\n  \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9tude du philosophe d\u2019origine russe, devenu parisien, Nicolas Berdiaeff, <em>Christianisme et marxisme<\/em>,5 qui montre que la pens\u00e9e de Marx est, \u00e0 l\u2019origine, une s\u00e9cularisation de l\u2019esp\u00e9rance messianique juive. \n<\/p>\n<p>\n  Ces propos th\u00e9ologiques s\u2019enracinent dans l\u2019action. Celle-ci est fond\u00e9e sur une th\u00e9ologie de l\u2019eschatologique qui assume des exigences qui sont explicit\u00e9es dans la th\u00e9ologie qui emploie le terme \u00ab eschatologie \u00bb \n<\/p>\n<p><strong>1.3. Une eschatologie <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  La th\u00e9ologie de l\u2019eschatologie repose sur quelques principes simples qui ont le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre source de l\u2019action. 1\u00b0- L\u2019eschatologie concerne la personne humaine comme individu et comme membre de l\u2019humanit\u00e9. On parle donc de la vie personnelle : l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me apr\u00e8s la mort et la r\u00e9surrection et le bonheur \u00e9ternel \u00ab dans son \u00e2me et dans son corps \u00bb. Mais aussi de l\u2019humanit\u00e9 puisque tous les humains sont solidaires et qu\u2019il y aura \u00ab un nouveau ciel et une nouvelle terre\u00bb, dont la construction est \u00e0 faire. C\u2019est une voie pour un accomplissement. 2\u00b0- L\u2019accomplissement n\u2019est pas un d\u00e9veloppement harmonieux et une progression pacifi\u00e9e, c\u2019est un antagonisme qui vient de la pr\u00e9sence du mal qui est m\u00eal\u00e9 inextricablement comme le bon grain et l\u2019ivraie de la parabole. C\u2019est pourquoi il y a un jugement ! 3\u00b0- L\u2019accomplissement est l\u2019\u0153uvre de Dieu. Cela implique que l\u2019on ne doit pas mettre au m\u00eame plan les deux issues du jugement. Dieu veut le salut de tous. L\u2019enfer n\u2019est pas la d\u00e9cision de Dieu, mais la cons\u00e9quence immanente \u00e0 laquelle s\u2019expose la libert\u00e9 de qui refuse radicalement Dieu. Le ciel et l\u2019enfer ne sont pas deux possibilit\u00e9s \u00e9quivalentes pour un choix. C\u2019est une possibilit\u00e9 ind\u00e9passable de la libert\u00e9 humaine. L\u2019esp\u00e9rance du ciel pr\u00e9vaut sur la crainte de l\u2019enfer. 4\u00b0- La consid\u00e9ration sur l\u2019avenir ultime ne doit pas faire oublier que Dieu se donne au cours du temps. Il ne cesse de se donner dans les actes fondateurs du salut (de l\u2019appel d\u2019Abraham \u00e0 la r\u00e9surrection de J\u00e9sus). L\u2019esp\u00e9rance ne porte pas seulement sur l\u2019avenir ; elle est une mani\u00e8re d\u2019habiter le pr\u00e9sent et donc concerne les actes pos\u00e9s par les humains. Ce qui est fait pour que la justice et la paix adviennent maintenant est \u0153uvre de l\u2019esp\u00e9rance. 5\u00b0- La r\u00e9alisation pl\u00e9ni\u00e8re du d\u00e9sir humain de bonheur, de paix, de justice, de v\u00e9rit\u00e9 et de beaut\u00e9 ne peut \u00eatre que future. Elle ne peut se r\u00e9aliser qu\u2019\u00e0 l\u2019initiative de Dieu pour se r\u00e9aliser aupr\u00e8s de Dieu. \n<\/p>\n<p>\n  4 Ce paradoxe est manifeste : La premi\u00e8re pr\u00e9sentation globale de la philosophie de Marx devenue le classique de l\u2019enseignement universitaire a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite par un j\u00e9suite, Jean-Yves CALVEZ, <em>La Pens\u00e9e de Marx<\/em>, Paris, Seuil, 1956. La raison est simple : le marxisme voulant \u00eatre la seule interpr\u00e9tation valide de la pens\u00e9e du ma\u00eetre ne retenait que ce qui entrait dans la \u00ab ligne du parti \u00bb. \n<\/p>\n<p>\n  5 Nicolas BERDIAEFF, <em>Christianisme et marxisme<\/em>, Paris, Centurion, 1975 et <em>Pour un christianisme de cr\u00e9ation et de libert\u00e9<\/em>, Paris, Cerf, 2009. \n<\/p>\n<p>\n  19 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-28.png\" class=\"wp-image-2455\" \/>\n   \n<\/p>\n<p><strong><em>2. Un \u00eatre nouveau <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  L\u2019exp\u00e9rience douloureuse de la croissance est la base d\u2019une prise de conscience que les enthousiasmes mobilisateurs des collectivit\u00e9s n\u2019ont pas donn\u00e9 le paradis promis. Il y a une \n<\/p>\n<p>\n  6 \n<\/p>\n<p>\n  L\u2019effondrement du r\u00eave socialiste dans les dictatures qui se d\u00e9font pour se refaire (de Staline \u00e0 Poutine, de Mao \u00e0 Ji Ping&#8230;) atteste que l\u2019impur a recouvert et recouvre encore le d\u00e9sir pur des origines. Le d\u00e9sir pur est celui qui est volont\u00e9 d\u2019\u00e9craser les autres. Les mots de justice, solidarit\u00e9, coop\u00e9ration&#8230; \n<\/p>\n<p>\n  sont apparus comme des slogans, i.e. des mots us\u00e9s et vid\u00e9s de leur sens. Il faut les revisiter. \n<\/p>\n<p>\n  Dans la th\u00e9ologie catholique, le souci de transcendance de la vertu d\u2019esp\u00e9rance est li\u00e9 \u00e0 une r\u00e9flexion qui distingue entre deux ordres de pr\u00e9sence et de l\u2019action de Dieu, la nature et la gr\u00e2ce. Une distinction qui m\u00e9rite attention \u2013 malgr\u00e9 sa subtilit\u00e9 ou plut\u00f4t \u00e0 cause des complications qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 ce sujet. \n<\/p>\n<p><strong>3.1. Le don de Dieu <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  L\u2019esp\u00e9rance ne peut venir que d\u2019ailleurs&#8230; pas de soi.. ; pas de son semblable&#8230; La notion de gr\u00e2ce appara\u00eet dans la Bible pour pr\u00e9ciser et caract\u00e9riser la mani\u00e8re dont Dieu agit dans l\u2019histoire du salut. Le terme dit la gratuit\u00e9. C\u2019est-\u00e0-dire un engagement de la personne dans une relation avec autrui qui transcende l\u2019ordre de la justice et des obligations qui s\u2019en suivent. Selon toute justice, tout travail m\u00e9rite salaire ; aussi l\u2019argent vers\u00e9 par le \u00ab patron \u00bb \u00e0 son \u00ab employ\u00e9 \u00bb lui est d\u00fb. Le \u00ab patron \u00bb doit verser un salaire. Cette exigence \u00e9conomique est un exemple majeur qui indique une exigence de justice fondamentale ; elle concerne d\u2019autres situations. C\u2019est de l\u2019ordre du \u00ab devoir \u00bb dans le cadre d\u2019une exigence : la justice. \n<\/p>\n<p>\n  La relation entre Dieu et le peuple rel\u00e8ve de la justice. Pour cette raison, elle est explicit\u00e9e dans les textes (et les interpr\u00e9tations traditionnelles) qui forment un ensemble que l\u2019on appelle: la Loi. Le fid\u00e8le a des devoirs envers Dieu \u2013 ou, comme on dit, des \u00ab obligations \u00bb. Or la notion de \u00ab loi \u00bb n\u2019est pas absolutis\u00e9e. Elle est situ\u00e9e dans une perspective diff\u00e9rente o\u00f9 para\u00eet un autre mode d\u2019action. La relation n\u2019est enferm\u00e9e dans la grille du devoir. Plusieurs termes le disent. \n<\/p>\n<p>\n  Le mot \u1e25<em>anan <\/em>dit la bienveillance dans la relation d\u2019un \u00ab sup\u00e9rieur \u00bb \u00e0 un \u00ab subordonn\u00e9 \u00bb. Cette bienveillance qui t\u00e9moigne d\u2019un amour r\u00e9el qui entend pratiquer la justice avec indulgence. Le mot \u1e25<em>\u00e9sed <\/em>dit la fid\u00e9lit\u00e9 qui se concr\u00e9tise par des faveurs et des largesses. La fid\u00e9lit\u00e9 surmonte l\u2019usure du temps et la ferveur des premiers amours. Le mot <em>ra<\/em>\u1e25<em>am <\/em>dit la tendresse du p\u00e8re pour le petit enfant. La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 inconditionnelle de l\u2019accueil de la vie. Le mot <em>\u00e7edeq <\/em>dit l\u2019action dict\u00e9e par la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9. La stabilit\u00e9 d\u2019une relation qui surmonte le passage du temps. Ainsi le mot gr\u00e2ce qui venant du latin insiste sur la gratuit\u00e9 et donc sur la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Dieu prend les harmoniques d\u2019un Dieu qui n\u2019est pas dans la seule \n<\/p>\n<p>\n  6 Cf. Corine PELLUCHON<em>, L\u2019Esp\u00e9rance ou la travers\u00e9e de l\u2019impossible<\/em>, Paris, Biblioth\u00e8que Rivages, Payot, 2023,p. 68s \n<\/p>\n<p>\n  d\u00e9ception devant les promesses de ce qui se r\u00e9v\u00e8le comme de faux biens. \n<\/p>\n<p>\n  20 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"66\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-29.png\" class=\"wp-image-2456\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  relation autoritaire de la Loi. Ce que la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne exprime avec la notion de \u00ab paternit\u00e9 \u00bb. \n<\/p>\n<p>\n  C\u2019est dans le cadre de la pens\u00e9e de Paul que le terme devient central dans la th\u00e9ologie du Nouveau Testament. Le terme permet \u00e0 Paul de tenir \u00e0 distance les imp\u00e9ratifs de la Loi et d\u2019insister sur l\u2019universalit\u00e9 du salut. Celui-ci est pour les Juifs qui ont la Loi, mais aussi pour les pa\u00efens qui n\u2019ont pas sur cette voie. Ainsi la gratuit\u00e9 est soulign\u00e9e : c\u2019est \u00ab sans raison \u00bb que Dieu donne le salut. Ce \u00ab sans raison \u00bb a donn\u00e9 naissance \u00e0 des d\u00e9bats qui sont importants pour notre compr\u00e9hension de l\u2019esp\u00e9rance. \n<\/p>\n<p><strong>3.2. La nature et la gr\u00e2ce <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Dans la th\u00e9ologie latine (en Occident) les th\u00e9ologiens et les moralistes se sont heurt\u00e9s \u00e0 propos de la gr\u00e2ce. C\u2019est en grande raison parce que les d\u00e9bats se sont enracin\u00e9s dans les perspectives de saint Augustin. Cette figure fondatrice de la th\u00e9ologie latine a v\u00e9cu une conversion dont la radicalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e par une mise en opposition entre l\u2019avant et l\u2019apr\u00e8s sa conversion. Cette mise en opposition s\u2019est \u00e9tendue \u00e0 la vision d\u2019ensemble de la vie chr\u00e9tienne marqu\u00e9e par le traumatisme de la prise et du pillage de Rome par les barbares et par la destruction de la chr\u00e9tient\u00e9 d\u2019Afrique par les Vandales. La fin d\u2019un monde&#8230; Pour Augustin l\u2019humanit\u00e9 est en perdition irr\u00e9m\u00e9diable \u2013 c\u2019est une \u00ab <em>massa damnata <\/em>\u00bb : tout le monde ira dans les peines de l\u2019enfer. Tous, sauf quelques \u00e9lus qui ne le pourrons que par un don de Dieu. C\u2019est un vrai don, car rien ne saurait le m\u00e9riter ! Il y a une impuissance invincible \u00e0 faire le bien. Il faut un don de Dieu : une gr\u00e2ce au sens strict : un don qui n\u2019est pas du tout m\u00e9rit\u00e9. La libert\u00e9 de l\u2019homme est vaine. La gr\u00e2ce est donc premi\u00e8re. Sans elle, rien n\u2019est bon dans l\u2019humanit\u00e9. \n<\/p>\n<p>\n  Pour ce qui rel\u00e8ve de notre d\u00e9marche, il fait noter que cette vision fait que l\u2019esp\u00e9rance est un don surnaturel. Ce don de Dieu ne doit rien \u00e0 la nature. Le vocabulaire de l\u2019\u00e9lection est repris dans sa rigueur. Le choix de Dieu n\u2019est pas une reconnaissance du bien qui a \u00e9t\u00e9 fait, ni une validation de ce qui a \u00e9t\u00e9 accompli. Le choix est un choix au-del\u00e0 de toute raison. Toute d\u00e9marche est une reconnaissance qu\u2019un don a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 toute demande ou initiative. En d\u2019autres termes, ce n\u2019est pas la nature qui d\u00e9sire la gr\u00e2ce. Le don de la gr\u00e2ce est au-del\u00e0 de toute raison : l\u2019initiative de Dieu est radicale. Ce n\u2019est qu\u2019une fois que la gr\u00e2ce est donn\u00e9e qu\u2019il y a une reconnaissance. \n<\/p>\n<p>\n  C\u2019est par la gr\u00e2ce que la nature est reconnue comme capacit\u00e9 de faire le bien. Sans elles l\u2019humanit\u00e9 est dans l\u2019aveuglement. Cette tradition insiste sur l\u2019initiative de Dieu qui est un amour inconditionnel. Dans cette perspective l\u2019esp\u00e9rance est un don de Dieu qui est une nouvelle initiative de Dieu pour lui donner confiance en la mis\u00e9ricorde de Dieu. C\u2019est dans l\u2019intime de la relation \u00e0 Dieu que tout se joue. C\u2019est incommensurable. \n<\/p>\n<p><strong>3.3. La libert\u00e9 <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Face \u00e0 ce pessimisme ontologique, la modernit\u00e9 se situe dans une exigence humaniste qui contrecarre ce pessimisme. Elle promeut la libert\u00e9. Cela donne \u00e0 l\u2019\u00eatre humain la responsabilit\u00e9 de sa vie : ses options fondamentales et le style de vie qui est pratiqu\u00e9. \n<\/p>\n<p>\n  21 \n<\/p>\n<p>\n  Les questions qui se posent alors peuvent \u00eatre saisies sur un point particulier : le d\u00e9sir. Parler de d\u00e9sir permet de reconna\u00eetre la faiblesse de l\u2019\u00eatre humain \u2013 \u00e9tant donn\u00e9 que cette faiblesse peut \u00eatre diversement comprise. Mais cette faiblesse est ouverte sur un plus : le d\u00e9sir d\u2019une vie plus riche, plus belle, plus heureuse. Le d\u00e9sir a plusieurs champs : le bonheur, mais aussi les exigences de v\u00e9rit\u00e9, de justice ou encore de relation juste avec la nature, les autres \u00eatres humains et plus radicalement la relation entre un d\u00e9sir et sa fin. \n<\/p>\n<p>\n  Cette perspective \u00e9carte les th\u00e9ologies qui se contentent de juxtaposer l\u2019ordre de la nature et l\u2019ordre de la gr\u00e2ce. La nature est, en effet, d\u00e9sirante d\u2019une pleine r\u00e9alisation des capacit\u00e9s ontologiques de l\u2019humanit\u00e9. Elle accueille donc ce qui comblera le d\u00e9sir au-del\u00e0 de ses limites propres. \n<\/p>\n<p>\n  La perspective de l\u2019histoire du salut s\u2019inscrit dans cette dynamique. L\u2019alliance entre Dieu et l\u2019humanit\u00e9 est fond\u00e9e sur une participation. Cette participation est r\u00e9aliste et donc l\u2019histoire qui en d\u00e9coule est une \u00ab histoire du salut \u00bb. Le texte biblique est re\u00e7u dans sa litt\u00e9ralit\u00e9 singuli\u00e8re (le destin du peuple \u00e9lu) et compris comme paradigmatique pour toute l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est un point qui est apparue dans la th\u00e9ologie de Paul. \n<\/p>\n<p><strong><em>Conclusion <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Au terme de ces analyses, une distinction est \u00e9clairante, voire n\u00e9cessaire. Il convient de ne pas confondre \u00ab espoir \u00bb et \u00ab esp\u00e9rance \u00bb. Certes, il y a dans les deux termes le rapport \u00e0 l\u2019avenir et le constat d\u2019une incertitude. L\u2019avenir est sous le sceau de l\u2019impr\u00e9visible \u2013 mais cette situation n\u2019est pas v\u00e9cue de la m\u00eame mani\u00e8re. L\u2019espoir se situe dans le cadre des possibilit\u00e9s humaines : la raison, les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la vie et \u00e0 la construction du cadre de vie, la culture&#8230; Ces possibilit\u00e9s ne cessent de se renouveler et de se diversifier&#8230; et donc de surmonter les \u00e9checs. Pourtant, on constate que cela ne suffit pas. La course en avant sous la banni\u00e8re du \u00ab progr\u00e8s \u00bb qui a domin\u00e9 la culture europ\u00e9enne depuis le XVIIIe si\u00e8cle a montr\u00e9 ses limites : elle laisse dans l\u2019ombre des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la vie humaine. La notion d\u2019esp\u00e9rance vient en contrepoint sur deux aspects. D\u2019abord l\u2019enracinement. Au sens o\u00f9 la th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance prend en compte toute l\u2019existence humaine. Elle ne fait pas comme le sp\u00e9cialiste qui traite une maladie et parle \u00e0 son patient de son \u00e9volution (avec comp\u00e9tence et humanit\u00e9), mais reste au seuil de questions ou d\u2019incertitudes concernant ce qui est plus radical : la vie elle-m\u00eame et m\u00eame encore plus : la raison d\u2019\u00eatre et de vivre. \n<\/p>\n<p>\n  22 \n<\/p>\n<p><em>Troisi\u00e8me \u00e9tape <\/em>\n<\/p>\n<p><strong>Une nouvelle cr\u00e9ation <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Nous avons parcouru les pages de la Bible (Ancien et Nouveau Testament) et nous avons vu comment, au cours du temps, les relations entre l\u2019humanit\u00e9 et Dieu se sont forg\u00e9es. L\u2019alliance a \u00e9t\u00e9 un chemin de transformation : la transformation d\u2019Abraham et de Sara au principe du peuple \u00e9lu a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e9tape. Ce chemin a \u00e9t\u00e9 un mouvement vers une tension vers un avenir sous la perspective d\u2019une promesse. Ce chemin \u00e9tait un changement dans la mani\u00e8re de concevoir Dieu et une maturation de la relation avec Dieu. Pour dire le point ultime de cette transformation, saint Paul utilise une expression qui lui est propre : <em>kainos anthropos <\/em>: l\u2019homme nouveau pour dire la condition nouvelle du chr\u00e9tien, disciple de J\u00e9sus et baptis\u00e9 dans l\u2019Esprit Saint. Le terme \u00ab <em>kainos <\/em>\u00bb (nouveau) doit \u00eatre entendu au sens strict : c\u2019est vraiment une cr\u00e9ation. \n<\/p>\n<p>\n  \u00ab Si quelqu\u2019un est dans le Christ, c\u2019est une cr\u00e9ation nouvelle ; l\u2019\u00eatre ancien a disparu, un \u00eatre nouveau et l\u00e0 \u00bb (2 Co 5,17) et \u00ab La circoncision n\u2019est rien, ni l\u2019incirconcision ; il s\u2019agit d\u2019\u00eatre une cr\u00e9ature nouvelle \u00bb (Gal 6, 15). \n<\/p>\n<p><strong><em>1. Une nouvelle cr\u00e9ation <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le terme \u00abnouveau\u00bb s\u2019inscrit dans un mouvement de la proph\u00e9tie qui devient apocalyptique, c\u2019est-\u00e0-dire tout \u00e0 la fois une radicalisation et une universalisation. Une universalisation, car la transformation n\u2019est pas limit\u00e9e \u00e0 la subjectivit\u00e9 humaine, mais concerne toute la cr\u00e9ation. C\u2019est une sorte de globalisation. \n<\/p>\n<p><strong>1.1. Vision de la fin <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Cette modification appara\u00eet dans la deuxi\u00e8me partie du livre d\u2019Isa\u00efe \u00e0 propos d\u2019une intervention divine en faveur du peuple. Dieu d\u00e9clare: \u00ab<em>Les premiers \u00e9l\u00e9ments ou \u00e9v\u00e9nements sont arriv\u00e9s. J\u2019en proclame (ou annonce) de nouveaux <\/em>\u00bb (42,9) c\u2019est dans un des \u00ab chants du Serviteur \u00bb. Ce texte est du temps o\u00f9 la captivit\u00e9 \u00e0 Babylone prend fin avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Cyrus et introduit \u00e0 l\u2019appel \u00e0 reconstruire J\u00e9rusalem. \n<\/p>\n<p>\n  Cette reconstruction n\u2019est pas chose facile comme en t\u00e9moigne la troisi\u00e8me partie du livre d\u2019Isa\u00efe. \n<\/p>\n<p>\n  23 \n<\/p>\n<p>\n  Isa\u00efe 65,16 : \u00ab <em>Ceux qui se b\u00e9niront sur terre se b\u00e9niront par le Dieu de v\u00e9rit\u00e9, et ceux qui jureront sur terre jureront par le Dieu de v\u00e9rit\u00e9 <\/em>; on oubliera les angoisses anciennes ; <em>elles auront disparu de mes yeux. Car voici que je vais cr\u00e9er des cieux nouveaux et une terre nouvelle. On ne se souviendra plus du pass\u00e9 <\/em>; il ne reviendra plus \u00e0 l<em>\u2019esprit. Mais soyez pleins d\u2019all\u00e9gresse et exultez \u00e9ternellement de ce que moi, je vais cr\u00e9er <\/em>; car voici que je vais <em>faire de J\u00e9rusalem une exultation et de mon peuple une all\u00e9gresse. J\u2019exulterai en J\u00e9rusalem. <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  L\u2019expression \u00ab cieux nouveaux et terre nouvelle \u00bb (Is 66,22) montre que l\u2019action de Dieu concerne tout ce qui est ; c\u2019est \u00ab une nouvelle cr\u00e9ation \u00bb ; c\u2019est plus que le salut du seul \u00ab peuple \u00e9lu \u00bb. Cette annonce \u00e9tend \u00e0 l\u2019univers ce qui avait \u00e9t\u00e9 dit pas le proph\u00e8te J\u00e9r\u00e9mie de l\u2019Alliance nouvelle. \n<\/p>\n<p>\n  24 \n<\/p>\n<p><em>\u00ab Voici venir des jours, oracles de Yahv\u00e9, o\u00f9 je conclurai avec la maison d\u2019Isra\u00ebl et la maison de Juda une alliance nouvelle. Non pas comme l\u2019alliance que j\u2019ai conclue avec leurs p\u00e8res, le jour o\u00f9 je les pris par la main pour les faire sortir du pays d\u2019\u00c9gypte \u2013 mon alliance qu\u2019eux-m\u00eames ont rompue bien que je fusse leur ma\u00eetre \u2013 oracle de Yahv\u00e9. Voici l\u2019alliance que je conclurai avec la maison d\u2019Isra\u00ebl apr\u00e8s ces jours-l\u00e0 \u2013 orale de Yahv\u00e9. Je mettrai ma loi au fond de leur \u00eatre et je l\u2019\u00e9crirai sur leur c\u0153ur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. \u00bb <\/em>\n<\/p>\n<p><strong>1.2. Une eschatologie <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  La th\u00e9ologie de l\u2019eschatologie repose sur quelques principes simples qui ont le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre source de l\u2019action. \n<\/p>\n<p>\n  1\u00b0- L\u2019eschatologie concerne la personne humaine comme individu et comme membre de l\u2019humanit\u00e9. On parle donc de la vie personnelle : l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me apr\u00e8s la mort et la r\u00e9surrection et le bonheur \u00e9ternel \u00ab dans son \u00e2me et dans son corps \u00bb. Mais aussi de l\u2019humanit\u00e9 puisque tous les humains sont solidaires et qu\u2019il y aura \u00ab un nouveau ciel et une nouvelle terre \u00bb, dont la construction est \u00e0 faire. C\u2019est une voie pour un accomplissement ; \n<\/p>\n<p>\n  2\u00b0- L\u2019accomplissement n\u2019est pas un d\u00e9veloppement harmonieux et une progression pacifi\u00e9e, c\u2019est un antagonisme qui vient de la pr\u00e9sence du mal qui est m\u00eal\u00e9 inextricablement comme le bon grain et l\u2019ivraie de la parabole. C\u2019est pourquoi il y a un jugement ! \n<\/p>\n<p>\n  3\u00b0- L\u2019accomplissement est l\u2019\u0153uvre de Dieu. Cela implique que l\u2019on ne doit pas mettre au m\u00eame plan les deux issues du jugement. Dieu veut le salut de tous. L\u2019enfer n\u2019est pas la d\u00e9cision de Dieu, mais la cons\u00e9quence immanente \u00e0 laquelle s\u2019expose la libert\u00e9 de qui refuse radicalement Dieu. Le ciel et l\u2019enfer ne sont pas deux possibilit\u00e9s \u00e9quivalentes pour un choix. C\u2019est une possibilit\u00e9 ind\u00e9passable de la libert\u00e9 humaine. L\u2019esp\u00e9rance du ciel pr\u00e9vaut sur la crainte de l\u2019enfer. \n<\/p>\n<p>\n  4\u00b0- La consid\u00e9ration sur l\u2019avenir ultime ne doit pas faire oublier que Dieu se donne au cours du temps. Il ne cesse de se donner dans les actes fondateurs du salut (de l\u2019appel d\u2019Abraham \u00e0 la r\u00e9surrection de J\u00e9sus). L\u2019esp\u00e9rance ne porte pas seulement sur l\u2019avenir ; elle est une mani\u00e8re d\u2019habiter le pr\u00e9sent et donc concerne les actes pos\u00e9s par les humains. Ce qui est fait pour que la justice et la paix adviennent maintenant est \u0153uvre de l\u2019esp\u00e9rance. \n<\/p>\n<p>\n  5\u00b0- La r\u00e9alisation pl\u00e9ni\u00e8re du d\u00e9sir humain de bonheur, de paix, de justice, de v\u00e9rit\u00e9 et de beaut\u00e9 ne peut \u00eatre que future. Elle ne peut se r\u00e9aliser qu\u2019\u00e0 l\u2019initiative de Dieu pour se r\u00e9aliser aupr\u00e8s de Dieu. \n<\/p>\n<p><strong>1.3. Un \u00eatre nouveau <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  L\u2019exp\u00e9rience douloureuse la modernit\u00e9 habite la prise de conscience que les \n<\/p>\n<p>\n  enthousiasmes mobilisateurs des collectivit\u00e9s n\u2019ont pas donn\u00e9 le paradis promis. Il y a une \n<\/p>\n<p>\n  7\n  <br \/>\n  d\u00e9ception devant les promesses de ce qui se r\u00e9v\u00e8le comme de faux biens . L\u2019effondrement du \n<\/p>\n<p>\n  r\u00eave socialiste dans les dictatures qui se d\u00e9font pour se refaire (de Staline \u00e0 Poutine, de Mao \u00e0 Ji Ping&#8230;) atteste que l\u2019impur a recouvert et recouvre encore le d\u00e9sir pur des origines. Le d\u00e9sir pur est celui qui est volont\u00e9 d\u2019\u00e9craser les autres. Les mots de justice, solidarit\u00e9, coop\u00e9ration&#8230; sont apparus comme des slogans, i.e. des mots us\u00e9s et vid\u00e9s de leur sens. \n<\/p>\n<p>\n  C\u2019est par rapport \u00e0 cette d\u00e9ception que se comprend la th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance. Elle est une radicalit\u00e9 qui ne peut advenir qu\u2019\u00e0 l\u2019initiative de Dieu. Le langage de l\u2019apocalypse le pr\u00e9sente comme un don gratuit et non m\u00e9rit\u00e9. Ce n\u2019est pas de l\u2019ordre de la justice, mais un acte de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de la part de Dieu. \n<\/p>\n<p><strong><em>2. Un don de Dieu <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  L\u2019esp\u00e9rance ne peut venir que d\u2019ailleurs&#8230; pas de soi.. ; pas de son semblable&#8230; Ce ne peut \u00eatre qu\u2019un don. La notion de gr\u00e2ce appara\u00eet dans la Bible pour pr\u00e9ciser et caract\u00e9riser la mani\u00e8re dont Dieu agit dans l\u2019histoire du salut. \n<\/p>\n<p><strong>2.1. Un don gratuit <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le terme dit la gratuit\u00e9. C\u2019est-\u00e0-dire un engagement de la personne dans une relation avec autrui qui transcende l\u2019ordre de la justice et des obligations qui s\u2019en suivent. Selon toute justice, tout travail m\u00e9rite salaire ; aussi l\u2019argent vers\u00e9 par le \u00ab patron \u00bb \u00e0 son \u00ab employ\u00e9 \u00bb lui est d\u00fb. Le \u00ab patron \u00bb doit verser un salaire. Cette exigence \u00e9conomique est un exemple majeur qui indique une exigence de justice fondamentale ; elle concerne d\u2019autres situations. C\u2019est de l\u2019ordre du \u00ab devoir \u00bb dans le cadre d\u2019une exigence : la justice. \n<\/p>\n<p>\n  La relation entre Dieu et le peuple rel\u00e8ve de la justice. Pour cette raison, elle est explicit\u00e9e dans les textes (et les interpr\u00e9tations traditionnelles) qui forment un ensemble que l\u2019on appelle: la Loi. Le fid\u00e8le a des devoirs envers Dieu \u2013 ou, comme on dit, des \u00ab obligations \u00bb. \n<\/p>\n<p>\n  Or la notion de \u00ab loi \u00bb n\u2019est pas absolutis\u00e9e. Elle est situ\u00e9e dans une perspective diff\u00e9rente o\u00f9 para\u00eet un autre mode d\u2019action. La relation n\u2019est enferm\u00e9e dans la grille du devoir. Plusieurs termes le disent. \n<\/p>\n<p>\n  Le mot \u1e25<em>anan <\/em>dit la bienveillance dans la relation d\u2019un \u00ab sup\u00e9rieur \u00bb \u00e0 un \u00ab subordonn\u00e9 \u00bb. Cette bienveillance qui t\u00e9moigne d\u2019un amour r\u00e9el qui entend pratiquer la justice avec indulgence. Le mot \u1e25<em>\u00e9sed <\/em>dit la fid\u00e9lit\u00e9 qui se concr\u00e9tise par des faveurs et des largesses. La fid\u00e9lit\u00e9 surmonte l\u2019usure du temps et la ferveur des premiers amours. Le mot <em>ra<\/em>\u1e25<em>am <\/em>dit la tendresse du p\u00e8re pour le petit enfant. La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 inconditionnelle de l\u2019accueil de la vie. Le mot <em>\u00e7edeq <\/em>dit l\u2019action dict\u00e9e par la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9. La stabilit\u00e9 d\u2019une relation qui surmonte le passage du temps. Ainsi le mot gr\u00e2ce qui venant du latin insiste sur la gratuit\u00e9 et \n<\/p>\n<p>\n  7 Cf. Corine PELLUCHON<em>, L\u2019Esp\u00e9rance ou la travers\u00e9e de l\u2019impossible<\/em>, Paris, Biblioth\u00e8que Rivages, Payot, 2023,p. 68s \n<\/p>\n<p>\n  25 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-30.png\" class=\"wp-image-2458\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  donc sur la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Dieu prend les harmoniques d\u2019un Dieu qui n\u2019est pas dans la seule relation autoritaire de la Loi. Ce que la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne exprime avec la notion de \u00ab paternit\u00e9 \u00bb. \n<\/p>\n<p>\n  C\u2019est dans le cadre de la pens\u00e9e de Paul que le terme devient central dans la th\u00e9ologie du Nouveau Testament. Le terme permet \u00e0 Paul de tenir \u00e0 distance les imp\u00e9ratifs de la Loi et d\u2019insister sur l\u2019universalit\u00e9 du salut. Celui-ci est pour les Juifs qui ont la Loi, mais aussi pour les pa\u00efens qui n\u2019ont pas connu cette voie. Ainsi la gratuit\u00e9 est soulign\u00e9e : c\u2019est \u00ab sans raison \u00bb que Dieu donne le salut. Ce \u00ab sans raison \u00bb a donn\u00e9 naissance \u00e0 des d\u00e9bats infinis qui sont importants pour notre compr\u00e9hension de l\u2019esp\u00e9rance. \n<\/p>\n<p><strong>2.2. Un don r\u00e9ellement donn\u00e9 <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Toute la difficult\u00e9 th\u00e9ologique repose sur la notion de don. Il faut dire deux choses : le don est donn\u00e9 \u2013 il est donc \u00e0 l\u2019initiative du donateur. Mais si le don est donn\u00e9, il appartient \u00e0 celui qui a re\u00e7u le don. On peut donc consid\u00e9rer le don dans ses deux partenaires : le donateur et le b\u00e9n\u00e9ficiaire. Le b\u00e9n\u00e9ficiaire qui a re\u00e7u un don n\u2019est plus ce qu\u2019il \u00e9tait avant de recevoir le don. \n<\/p>\n<p>\n  Il faut donc dire deux choses le don est un vrai don. Il n\u2019est pas un salaire, une reconnaissance ou une r\u00e9tribution. Il est gratuit. Mais cette gratuit\u00e9 n\u2019est pas la source d\u2019une humiliation : celui qui re\u00e7oit le don devant se sentir humili\u00e9 par la grandeur de celui qui lui fait don. \n<\/p>\n<p>\n  Le don est au-del\u00e0 de la r\u00e9ciprocit\u00e9 d\u2019une reconnaissance mutuelle. Si l\u2019initiative vient \n<\/p>\n<p>\n  8\n  <br \/>\n  du donateur, elle n\u2019est pas humiliante . Paradoxalement, c\u2019est l\u2019affirmation de la grandeur de \n<\/p>\n<p>\n  Dieu qui permet de fonder la libert\u00e9. En soulignant la transcendance de Dieu, on affirme sa capacit\u00e9 de donner sans que ce don soit fait dans le souci de grandir dans son \u00eatre. Il faut insister sur le sens premier du terme \u00ab don \u00bb. C\u2019est ce qui constitue celui qui re\u00e7oit le don comme source de son \u00eatre : mieux devenir soi. \n<\/p>\n<p>\n  Ce point fait la difficult\u00e9 \u00e0 la racine de la condition du refus de l\u2019humanisme moderne. La libert\u00e9 donn\u00e9e est comme une humiliation. Telle est la source du conflit avec l\u2019humanisme moderne. qui est \u00e0 la racine de la condition de l\u2019d\u2019accorder l\u2019action de Dieu et la libert\u00e9 humaine. Dieu et l\u2019homme sont mis en position de confrontation. \n<\/p>\n<p>\n  8 Dans la th\u00e9ologie latine (en Occident) les th\u00e9ologiens et les moralistes se sont heurt\u00e9s \u00e0 propos de la gr\u00e2ce. C\u2019est en grande raison parce que les d\u00e9bats se sont enracin\u00e9s dans les perspectives de saint Augustin. Cette figure fondatrice de la th\u00e9ologie latine a v\u00e9cu une conversion dont la radicalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e par une mise en opposition entre l\u2019avant et l\u2019apr\u00e8s sa conversion. Cette mise en opposition s\u2019est \u00e9tendue \u00e0 la vision d\u2019ensemble de la vie chr\u00e9tienne marqu\u00e9e par le traumatisme de la prise et du pillage de Rome par les barbares et par la destruction de la chr\u00e9tient\u00e9 d\u2019Afrique par les Vandales. La fin d\u2019un monde&#8230; Pour Augustin l\u2019humanit\u00e9 est en perdition irr\u00e9m\u00e9diable \u2013 c\u2019est une \u00ab <em>massa damnata <\/em>\u00bb : tout le monde ira en enfer. Tous, sauf quelques \u00e9lus qui ne le pourrons que par un don de Dieu. C\u2019est un vrai don, car rien ne saurait le m\u00e9riter ! Il y a une impuissance invincible \u00e0 faire le bien. Il faut un don de Dieu : une gr\u00e2ce au sens strict : un don qui n\u2019est pas du tout m\u00e9rit\u00e9. La libert\u00e9 de l\u2019homme est vaine. La gr\u00e2ce est donc premi\u00e8re. Sans elle, rien n\u2019est bon dans l\u2019humanit\u00e9. \n<\/p>\n<p>\n  26 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-32.png\" class=\"wp-image-2460\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  Il faut sortir du pi\u00e8ge de la notion de \u00ab destin \u00bb. La conception de Dieu est celle d\u2019une libert\u00e9 face \u00e0 une autre libert\u00e9. \n<\/p>\n<p><strong>2.3. La libert\u00e9 <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Face \u00e0 ce pessimisme ontologique, la modernit\u00e9 se situe dans une exigence humaniste qui contrecarre ce pessimisme. Elle promeut la libert\u00e9. Cela donne \u00e0 l\u2019\u00eatre humain la responsabilit\u00e9 de sa vie : ses options fondamentales et le style de vie qui est pratiqu\u00e9. \n<\/p>\n<p>\n  Les questions qui se posent alors peuvent \u00eatre saisies sur un point particulier : le d\u00e9sir. Parler de d\u00e9sir permet de reconna\u00eetre la faiblesse de l\u2019\u00eatre humain \u2013 \u00e9tant donn\u00e9 que cette faiblesse peut \u00eatre diversement comprise. Mais cette faiblesse est ouverte sur un plus : le d\u00e9sir d\u2019une vie plus riche, plus belle, plus heureuse. Le d\u00e9sir a plusieurs champs : le bonheur, mais aussi les exigences de v\u00e9rit\u00e9, de justice ou encore de relation juste avec la nature, les autres \u00eatres humains et plus radicalement la relation entre un d\u00e9sir et sa fin. \n<\/p>\n<p>\n  Cette perspective \u00e9carte les th\u00e9ologies qui se contentent de juxtaposer l\u2019ordre de la nature et l\u2019ordre de la gr\u00e2ce. La nature est, en effet, d\u00e9sirante d\u2019une pleine r\u00e9alisation des capacit\u00e9s ontologiques de l\u2019humanit\u00e9. Elle accueille donc ce qui comblera le d\u00e9sir au-del\u00e0 de ses limites actuelles en accomplissant le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre de tout \u00eatre : devenir soi. La perspective de l\u2019histoire du salut s\u2019inscrit dans cette dynamique. L\u2019alliance entre Dieu et l\u2019humanit\u00e9 est fond\u00e9e sur une participation. Cette participation est r\u00e9aliste et donc l\u2019histoire qui en d\u00e9coule est une \u00ab histoire du salut \u00bb. Le texte biblique est re\u00e7u dans sa litt\u00e9ralit\u00e9 singuli\u00e8re (le destin du peuple \u00e9lu) et compris comme paradigmatique pour toute l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est un point qui est apparu dans la th\u00e9ologie de Paul. \n<\/p>\n<p><strong><em>3. Le vocabulaire de l\u2019amour <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  La notion traditionnelle de \u00ab vertu \u00bb est traditionnelle. Le terme vient du grec. Il a ses lettres de noblesse. Malheureusement, il a \u00e9t\u00e9 falsifi\u00e9 dans une vision moralisante. \n<\/p>\n<p><strong>3.1. Par amour <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le terme prend des sens diff\u00e9rents selon les auteurs. Pour les Philosophes grecs, la vertu est dans la connaissance : chez Platon embl\u00e9matiquement \u2013 comme pour la philosophie de l\u2019\u00e9ducation nationale selon la parole de Victor Hugo : \u00ab Ouvrir une \u00e9cole, c\u2019est fermer une prison \u00bb. C\u2019est oublier l\u2019importance de la volont\u00e9 et de l\u2019engagement par des d\u00e9cisions. Le bien se fait par d\u00e9sir du bien comme tel. Or dans une d\u00e9cision, un \u00e9l\u00e9ment important rel\u00e8ve de \n<\/p>\n<p>\n  9 l\u2019amour. Or l\u2019amour implique une relation \u00e0 ce qui est aim\u00e9 . \n<\/p>\n<p>\n  9 \u00ab Pour comprendre ce qu\u2019est l\u2019esp\u00e9rance et rencontrer cette petite fille qui arrive dans le brouillard, comme l\u2019aube apr\u00e8s une nuit qui semblait ne plus avoir de fin, il faut avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u par des faux biens. Un peuple ne reconna\u00eet son identit\u00e9, qui est narrative et ouverte aux diff\u00e9rences, que s\u2019il a dig\u00e9r\u00e9 sa perte de prestige et renonc\u00e9 aux grandeurs provenant de l\u2019imaginaire de la domination. Se percevant comme une puissance moyenne qui doit compter avec les autres et mesurant le p\u00e9ril associ\u00e9 aux nations mesurant le p\u00e9ril associ\u00e9 aux nations menant des politiques de puissance, il saisit ce que la nostalgie de la grandeur pass\u00e9e et l\u2019appel au Grand Soir ont de vain. Il peut alors identifier ce qui, dans le r\u00e9el, annonce un possible plein de promesses. \u00bb (p. 68) \u00ab Un d\u00e9sir profond et pur, qui donne la joie et la certitude d\u2019\u00eatre \u00e0 sa place, \u00e9merge parce que les d\u00e9sirs impurs, la toute- puissance et la volont\u00e9 d\u2019\u00e9craser les autres se sont \u00e9vanouis. La justice, la solidarit\u00e9, le d\u00e9sir de coop\u00e9rer, le souci \n<\/p>\n<p>\n  27 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-34.png\" class=\"wp-image-2463\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  C\u2019est dans cette perspective que se situe la notion de gr\u00e2ce : un don qui appelle la reconnaissance et motive l\u2019action qui est v\u00e9cue par amour. Pour ce qui rel\u00e8ve de notre d\u00e9marche, il fait noter que cette vision fait que l\u2019esp\u00e9rance est un don surnaturel. Ce don de Dieu ne doit rien \u00e0 la nature. Le vocabulaire de l\u2019\u00e9lection est repris dans sa rigueur. Le choix de Dieu n\u2019est pas une reconnaissance du bien qui a \u00e9t\u00e9 fait, ni une validation de ce qui a \u00e9t\u00e9 accompli. Le choix est un choix au-del\u00e0 de toute raison. Toute d\u00e9marche est une reconnaissance qu\u2019un don a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 toute demande ou initiative. En d\u2019autres termes, ce n\u2019est pas la nature qui d\u00e9sire la gr\u00e2ce. Le don de la gr\u00e2ce est au-del\u00e0 de toute raison : l\u2019initiative de Dieu est radicale. Ce n\u2019est qu\u2019une fois que la gr\u00e2ce est donn\u00e9e qu\u2019il y a une reconnaissance. C\u2019est par la gr\u00e2ce que la nature est reconnue comme capacit\u00e9 de faire le bien. Sans elles l\u2019humanit\u00e9 est dans l\u2019aveuglement. Cette tradition insiste sur l\u2019initiative de Dieu qui est un amour inconditionnel. Dans cette perspective l\u2019esp\u00e9rance est un don de Dieu qui est une nouvelle initiative de Dieu pour lui donner confiance en la mis\u00e9ricorde de Dieu. C\u2019est dans l\u2019intime de la relation \u00e0 Dieu que tout se joue. C\u2019est incommensurable. \n<\/p>\n<p><strong>3.2. Amour de soi ou amour d\u2019un autre <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Un grand renversement dans le chemin de l\u2019amour. L\u2019amour de soi n\u2019est pas le dernier \n<\/p>\n<p>\n  mot. \n<\/p>\n<p>\n  T\u00e9moin la r\u00e9flexion actuelle de la philosophie centr\u00e9e sur l\u2019anthropologie. L\u2019esp\u00e9rance est la force de la vie qui est bouscul\u00e9e par ce qui rel\u00e8ve de la \u00ab d\u00e9pression nerveuse \u00bb. Le d\u00e9sespoir chez Corinne Pelluchon est dans cette perspective. Une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Kierkegaard&#8230; qui, h\u00e9las,n\u2019est pas juste. Car le d\u00e9sespoir chez ce philosophe rel\u00e8ve de la relation \u00e0 Dieu. Le d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 est celui qui est dans l\u2019absence de Dieu. \n<\/p>\n<p>\n  Les questions qui se posent alors peuvent \u00eatre saisies sur un point particulier : le d\u00e9sir. Parler de d\u00e9sir permet de reconna\u00eetre la faiblesse de l\u2019\u00eatre humain \u2013 \u00e9tant donn\u00e9 que cette faiblesse peut \u00eatre diversement comprise. Mais cette faiblesse est ouverte sur un plus : le d\u00e9sir d\u2019une vie plus riche, plus belle, plus heureuse. Le d\u00e9sir a plusieurs champs : le bonheur, mais aussi les exigences de v\u00e9rit\u00e9, de justice ou encore de relation juste avec la nature, les autres \u00eatres humains et plus radicalement la relation entre un d\u00e9sir et sa fin. Cette perspective \u00e9carte les th\u00e9ologies qui se contentent de juxtaposer l\u2019ordre de la nature et l\u2019ordre de la gr\u00e2ce. La nature est, en effet, d\u00e9sirante d\u2019une pleine r\u00e9alisation des capacit\u00e9s ontologiques de l\u2019humanit\u00e9. Elle accueille donc ce qui comblera le d\u00e9sir au-del\u00e0 de ses limites propres. La perspective de l\u2019histoire du salut s\u2019inscrit dans cette dynamique. L\u2019alliance entre Dieu et l\u2019humanit\u00e9 est fond\u00e9e sur une participation. Cette participation est r\u00e9aliste et donc l\u2019histoire \n<\/p>\n<p>\n  de prendre en compte le bien-\u00eatre des autres, humains et autres qu\u2019humains, ne sont plus des slogans, des mots us\u00e9s ou vid\u00e9s de leur sens. Ils ont une \u00e9paisseur et une pl\u00e9nitude. Quand on les prononce, ces mots sont comme des nourritures qui apaisent et fortifient le corps. Ce dernier ressemblait \u00e0 un cadavre, et voici qu\u2019il tr\u00e9saille, plein de vie, anim\u00e9 par un d\u00e9sir \u00e0 la fois puisant et doux. \u00ab L\u2019esp\u00e9rance collective revient comme quelque chose qui a manqu\u00e9 et qui est n\u00e9cessaire \u00e0 la vie d\u2019un peuple. Mais en r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit moins d\u2019un retour que d\u2019une seconde naissance. En effet, l\u2019esp\u00e9rance permet d\u2019habiter le pr\u00e9sent en \u00e9tant attentif \u00e0 ce qu\u2019il peut offrir, mais elle est surtout capable de voir ce qui travaille en profondeur et constitue un horizon d\u2019attente allant au-del\u00e0 des r\u00e9alisations actuelles et m\u00eame des retournements de situation. Elle appara\u00eet quand on peut lire, dans certains ph\u00e9nom\u00e8nes, les traces d\u2019un mouvement de fond qui oriente l\u2019avenir et autorise m\u00eame \u00e0 parle de progr\u00e8s. \u00bb (p. 68-69) \n<\/p>\n<p>\n  28 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-36.png\" class=\"wp-image-2465\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  qui en d\u00e9coule est une \u00ab histoire du salut \u00bb. Le texte biblique est re\u00e7u dans sa litt\u00e9ralit\u00e9 singuli\u00e8re (le destin du peuple \u00e9lu) et compris comme paradigmatique pour toute l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est un point qui est apparue dans la th\u00e9ologie de Paul. \n<\/p>\n<p><strong><em>Conclusion <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Au terme de ces analyses, une distinction est \u00e9clairante, voire n\u00e9cessaire. Il convient de ne pas confondre \u00ab espoir \u00bb et \u00ab esp\u00e9rance \u00bb. Certes, il y a dans les deux termes le rapport \u00e0 l\u2019avenir et le constat d\u2019une incertitude. L\u2019avenir est sous le sceau de l\u2019impr\u00e9visible \u2013 mais cette situation n\u2019est pas v\u00e9cue de la m\u00eame mani\u00e8re. L\u2019espoir se situe dans le cadre des possibilit\u00e9s humaines : la raison, les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la vie et \u00e0 la construction du cadre de vie, la culture&#8230; Ces possibilit\u00e9s ne cessent de se renouveler et de se diversifier&#8230; et donc de surmonter les \u00e9checs. Pourtant, on constate que cela ne suffit pas. La course en avant sous la banni\u00e8re du \u00ab progr\u00e8s \u00bb qui a domin\u00e9 la culture europ\u00e9enne depuis le XVIIIe si\u00e8cle a montr\u00e9 ses limites : elle laisse dans l\u2019ombre des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la vie humaine. La notion d\u2019esp\u00e9rance vient en contrepoint sur deux aspects. D\u2019abord l\u2019enracinement. Au sens o\u00f9 la th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance prend en compte toute l\u2019existence humaine. Elle ne fait pas comme le sp\u00e9cialiste qui traite une maladie et parle \u00e0 son patient de son \u00e9volution (avec comp\u00e9tence et humanit\u00e9), mais reste au seuil de questions ou d\u2019incertitudes concernant ce qui est plus radical : la vie elle-m\u00eame et m\u00eame encore plus : la raison d\u2019\u00eatre et de vivre. \n<\/p>\n<p>\n  29 \n<\/p>\n<p><em>Quatri\u00e8me \u00e9tape <\/em>\n<\/p>\n<p><strong>Teilhard de Chardin Th\u00e9ologien de l\u2019esp\u00e9rance <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Pourquoi parler de Teilhard de Chardin ? Pour la raison bien simple qu\u2019il est apparu au \n<\/p>\n<p>\n  cours du XXe si\u00e8cle comme une figure \u00e9minente de la pens\u00e9e chr\u00e9tienne. Il a \u00e9t\u00e9 contest\u00e9 par \n<\/p>\n<p>\n  les th\u00e9ologiens conservateurs qui ne pouvaient entrer dans la d\u00e9marche de ce j\u00e9suite novateur. \n<\/p>\n<p>\n  Exemplaire par sa vie religieuse nourrie de la pri\u00e8re, il le fut par la voie choisie : allier la vie \n<\/p>\n<p>\n  de pr\u00eatre \u00e0 un engagement dans ce que son temps portait de plus important, les sciences de la \n<\/p>\n<p>\n  nature \u2013 en l\u2019occurrence la g\u00e9ologie et la pal\u00e9ontologie, cette derni\u00e8re discipline assumant non \n<\/p>\n<p>\n  seulement l\u2019\u00e9tude des transformations de la nature mais demandant \u00e0 ce que l\u2019on reconsid\u00e8re \n<\/p>\n<p>\n  les origines de l\u2019humanit\u00e9. Le g\u00e9nie de Teilhard de Chardin est d\u2019avoir vu et explicit\u00e9 ce que \n<\/p>\n<p>\n  cela implique \u2013 dans ses publications de 1930 \u00e0 1955. Le livre dans lequel il a exprim\u00e9 sa \n<\/p>\n<p><em>10 <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  vision de l\u2019immense aventure de la vie sur la plan\u00e8te Terre est <em>le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain <\/em>livre n\u2019est pas facile \u00e0 lire&#8230; \n<\/p>\n<p>\n  . Ce \n<\/p>\n<p>\n  Quel lien entre Teilhard et l\u2019esp\u00e9rance ? Il appara\u00eet clairement quand on lit les auteurs de r\u00e9f\u00e9rence de l\u2019\u00e9poque et qui ont occup\u00e9 le devant de la sc\u00e8ne dans les sciences et l\u2019anthropologie. Le biologiste Jean Rostand a \u00e9crit au terme de son ma\u00eetre livre : \u00ab Il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain que la terre, un jour, se refroidira, jusqu\u2019\u00e0 ne plus admettre la continuation de la vie humaine. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame limite du possible, l\u2019Homme se maintiendra, s\u2019incrustera sur la terre hostile. Mais un jour, in\u00e9vitablement \u2013 \u00e0 moins qu\u2019il ne trouve moyen d\u2019\u00e9migrer sur quelque plan\u00e8te plus cl\u00e9mente \u2013 il lui faudra bien succomber dans ce combat in\u00e9gal. O\u00f9 en sera-t-il parvenu de sa courbe spirituelle, quand il se laissera ensevelir pour jamais dans le linceul de la glace ? &#8230; Sa fi\u00e9vreuse activit\u00e9 n\u2019est qu\u2019un tout petit ph\u00e9nom\u00e8ne local, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, \n<\/p>\n<p>\n  11 \n<\/p>\n<p>\n  sans significative et sans but.\n  <br \/>\n  \u00abLe monde a commenc\u00e9 sans l\u2019homme et il s\u2019ach\u00e8vera sans lui. Les institutions, les coutumes, que j\u2019aurai pass\u00e9 ma vie \u00e0 inventorier et \u00e0 comprendre, sont une efflorescence passag\u00e8re d\u2019une cr\u00e9ation par rapport \u00e0 laquelle elles ne poss\u00e8dent aucun sens, sinon peut-\u00eatre de permettre \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 de jouer son r\u00f4le. Loin que ce r\u00f4le lui marque une place ind\u00e9pendante et que l\u2019effort de l\u2019homme \u2013 m\u00eame condamn\u00e9 \u2013 soit de s\u2019opposer vraiment \u00e0 une d\u00e9ch\u00e9ance universelle, il appara\u00eet lui-m\u00eame comme une machine, peut-\u00eatre plus perfectionn\u00e9e que les autres, travaillant \u00e0 la d\u00e9sagr\u00e9gation d\u2019un ordre originel et pr\u00e9cipitant une mati\u00e8re puissamment organis\u00e9e vers une inertie toujours plus grande et qui sera un jour d\u00e9finitive [&#8230;] Plut\u00f4t qu\u2019anthropologie, il faudrait \u00e9crire entropologie, le nom d\u2019une discipline vou\u00e9e \n<\/p>\n<p>\n  10 Une \u00e9tude parue aujourd\u2019hui donne des \u00e9l\u00e9ments pour mieux comprendre le livre de Teilhard : Dominique LAMBERT, Marie BAYON DE LA TOUR, Paul MALPHETTES, <em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain de Pierre Teilhard de Chardin. Gen\u00e8se d\u2019une publication hors normes<\/em>, Bruxelles, \u00c9ditions j\u00e9suites, 2022. Il apporte des \u00e9l\u00e9ments importants, en particulier gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ouverture des archives de la Compagnie de J\u00e9sus. Cet ouvrage donne les \u00e9l\u00e9ments qui permettent de mieux comprendre le livre et sa place dans la culture (le rapport entre science, philosophie et th\u00e9ologie). Cela donne \u00e0 voir le g\u00e9nie de Teilhard et l\u2019actualit\u00e9 de son livre pour toute r\u00e9flexion sur l\u2019esp\u00e9rance. 11 Jean ROSTAND, <em>L\u2019Homme. Introduction \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la biologie humaine<\/em>, Paris, 1926, p. 166. \n<\/p>\n<p>\n  \u00bb\u2019 L\u2019anthropologue et sociologue Claude L\u00e9vi-Strauss a \u00e9crit : \n<\/p>\n<p>\n  30 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-38.png\" class=\"wp-image-2467\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  12\n  <br \/>\n  \u00e0 \u00e9tudier dans ses manifestations les plus hautes ce processus de d\u00e9sint\u00e9gration. \u00bb Ces textes \n<\/p>\n<p>\n  montrent quel est l\u2019enjeu de l\u2019argumentation de Teilhard. \n<\/p>\n<p><strong><em>1. Gen\u00e8se d\u2019une \u0153uvre <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Apr\u00e8s le baccalaur\u00e9at qui \u00e9tait alors un examen qui faisait du laur\u00e9at un privil\u00e9gi\u00e9 dans \n<\/p>\n<p>\n  la soci\u00e9t\u00e9, car attestant la ma\u00eetrise de l\u2019expression et la connaissance des fondements de la \n<\/p>\n<p>\n  13\n  <br \/>\n  culture classique, Pierre Teilhard de Chardin est entr\u00e9 dans la compagnie de J\u00e9sus . Ce jeune \n<\/p>\n<p>\n  \u00e2ge \u00e9tait alors dans l\u2019ordre des choses. \n<\/p>\n<p><strong>1.1. Rep\u00e8res dans la vie <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Comme tout jeune j\u00e9suite, apr\u00e8s le noviciat, Teilhard a enseign\u00e9 dans un coll\u00e8ge ; il a enseign\u00e9 la Physique en \u00c9gypte ! Face aux paysages de cet autre monde, il a \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 et, voulant bien comprendre ce qui se donnait \u00e0 voir, il s\u2019est passionn\u00e9 pour la g\u00e9ologie. Ensuite, Teilhard a fait sa formation th\u00e9ologique en Angleterre14 (1908-1911). Ce n\u2019est pas sans influence sur la suite de sa recherche, car la pens\u00e9e anglaise \u00e9tait alors marqu\u00e9e par la pens\u00e9e de Darwin et les d\u00e9bats sur l\u2019\u00e9volution. Mais aussi, les \u00e9tudes en lien avec le Museum d\u2019Histoire naturelle (1912-1914). La notion d\u2019\u00e9volution est pour lui centrale dans les sciences. Vint la guerre 14-18. La R\u00e9publique a mobilis\u00e9 les clercs exil\u00e9s, les faisant revenir en France pour participer \u00e0 la guerre. Teilhard refusa un poste dans des services loin du front ; il fut toute la guerre au premier rang dans les tranch\u00e9es. Il y fut h\u00e9ro\u00efque (croix de guerre, m\u00e9daille militaire, l\u00e9gion d\u2019honneur&#8230;). Pendant la guerre, confront\u00e9e \u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 du conflit et au scandale de la mort injustifi\u00e9e de tant d\u2019hommes, Teilhard \u00e9crivait ses m\u00e9ditations dont l\u2019essentiel a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9. Ensuite, Teilhard s\u2019est inscrit \u00e0 Paris pour des \u00e9tudes couronn\u00e9es par un doctorat dont la qualit\u00e9 lui ouvrait les portes du Museum d\u2019Histoire Naturelle. Au plan scientifique, il fut g\u00e9ologue-pal\u00e9ontologue \u2013 ses travaux portent effectivement sur ces domaines \u2013 cela fait un \u0153uvre scientifique de premier plan : onze volumes publi\u00e9s. \n<\/p>\n<p>\n  Teilhard ne s\u2019est pas enferm\u00e9 dans une carri\u00e8re scientifique ; il a vu que la vision du monde li\u00e9e aux sciences de la nature \u00e9tait la base la culture dite \u00ab moderne \u00bb et que toute \u00e9vang\u00e9lisation devait en prendre acte. Il ne l\u2019a pas vu de l\u2019ext\u00e9rieur, mais de l\u2019intime de sa vie : sa recherche scientifique et la vision du monde qu\u2019elle porte, mais aussi ses relations avec des coll\u00e8gues qui respectaient ses qualit\u00e9s scientifiques et tout cela v\u00e9cu avec une vie de pri\u00e8re et de r\u00e9flexion th\u00e9ologique. Cette vision pluridimensionnelle \u00e9tait marqu\u00e9e par \n<\/p>\n<p>\n  12 Claude L\u00c9VI-STRAUSS, <em>Tristes tropiques<\/em>, Paris, Plon, 1955, p. 374.\n  <br \/>\n  13 Teilhard exprime dans un texte que son intuition fondatrice remonte \u00e0 l\u2019enfance o\u00f9 il a eu un d\u00e9sir de communion avec la nature et d\u2019avoir sublim\u00e9 ce d\u00e9sir. Il \u00e9crit \u00e0 ce propos : \u00ab Pour \u00eatre tout, me fondre avec tout. Voil\u00e0 le geste mystique o\u00f9 m\u2019eut logiquement entra\u00een\u00e9, \u00e0 la suite de tant de po\u00e8tes et de mystique hindous, un besoin natif, incoercible, de me pl\u00e9nifier par accession, je ne dis pas aux autres, mais \u00e0 l\u2019Autre, &#8211; si, par chance n\u2019avait pas \u00e9clos en moi, juste \u00e0 temps, comme un germe sorti de je ne sais d\u2019o\u00f9, l\u2019Id\u00e9e d\u2019\u00e9volution. C\u2019est au cours de mes ann\u00e9es de th\u00e9ologie, \u00e0 Hastings, (c\u2019est-\u00e0-dire juste apr\u00e8s les \u00e9merveillements d\u2019\u00c9gypte), que petit \u00e0 petit, &#8211; beaucoup moins comme une notion abstraite que comme une pr\u00e9sence -, a grandi en moi, jusqu\u2019\u00e0 envahir mon ciel int\u00e9rieur tout entier, la conscience d\u2019une D\u00e9rive profonde, ontologique, totale, de l\u2019Univers autour de moi \u00bb.\n  <br \/>\n  14 Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, nous sommes au temps du conflit entre la R\u00e9publique et l\u2019\u00c9glise catholique. Les couvents sont ferm\u00e9s et, pour les religieux, les \u00e9tudes th\u00e9ologiques se font \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u2013 pour Teilhard Jersey puis Hastings. \n<\/p>\n<p>\n  31 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-40.png\" class=\"wp-image-2469\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  l\u2019exp\u00e9rience de la guerre qui est folie humaine et pose la question du mal. La d\u00e9marche de Teilhard fut un effort constant pour surmonter le scandale du mal \u2013 dont les humains ont la responsabilit\u00e9. Il a cherch\u00e9 la r\u00e9ponse dans la figure du Christ. Selon la tradition j\u00e9suite, le Sacr\u00e9 C\u0153ur y occupe une place importante. Il ne s\u2019agit pas de l\u2019amour divin, mais de l\u2019amour humain de J\u00e9sus, un amour v\u00e9cu dans la sensibilit\u00e9 humaine. La m\u00e9ditation de Teilhard le conduit \u00e0 \u00e9largir cet amour non seulement aux fid\u00e8les, mais \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 et \u00e0 toute la cr\u00e9ation \u2013 trois domaines qui sont mieux compris dans le cadre de la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution. De fait, la pens\u00e9e de Teilhard est centr\u00e9e sur deux grands p\u00f4les : le Christ et le monde en \u00e9volution. La grande question est : comment les articuler ? Teilhard a consacr\u00e9 sa vie \u00e0 donner une r\u00e9ponse \u00e0 cette question. D\u2019abord, repenser l\u2019\u00e9volution. En effet, le milieu scientifique est marqu\u00e9 par une philosophie rationaliste, agnostique \u2013 voire ath\u00e9e ; il faut montrer que l\u2019\u00e9volution n\u2019est en rien contraire \u00e0 la foi chr\u00e9tienne. Ensuite, il faut aussi approfondir l\u2019intelligence de l\u2019action du Christ ! Ce projet est ardu tant la notion d\u2019\u00e9volution s\u2019\u00e9carte de la vision traditionnelle de la th\u00e9ologie. Ce projet est risqu\u00e9, car il demande une remise en cause des concepts m\u00e9di\u00e9vaux qui structurent la th\u00e9ologie catholique. \n<\/p>\n<p><strong>1.2. Le passage par le feu <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Pour Teilhard, les ann\u00e9es de guerre v\u00e9cues aux premi\u00e8res lignes des combats sont un temps de fondation. En 1914, Teilhard a une exp\u00e9rience humaine et spirituelle riche, puisque v\u00e9cue au noviciat j\u00e9suite, en enseignant, aux \u00e9tudes de th\u00e9ologie et dans le d\u00e9but d\u2019un travail de recherche&#8230; \n<\/p>\n<p>\n  Teilhard a une vie de pri\u00e8re exigeante ! Ainsi, en bon j\u00e9suite, pendant les temps de repos loin des lignes du front, il prie et m\u00e9dite. Il a besoin d\u2019\u00e9crire \u2013 ce qui est habituel dans la tradition de vie spirituelle j\u00e9suite qui demande r\u00e9flexion et lucidit\u00e9 critique sur ce qui est v\u00e9cu. Teilhard met \u00e0 l\u2019abri ses \u00e9crits en les confiant \u00e0 ses proches, dans sa famille (une cousine) et ses compagnons. Ils ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s et publi\u00e9s &#8211; sous le titre \u00ab Ecrits du temps de guerre \u00bb. L\u2019ouvrage contient des textes qui participent de diff\u00e9rents registres : la pri\u00e8re, l\u2019exp\u00e9rience mystique, la vision du monde, etc. Il y a des textes tr\u00e8s \u00e9mouvants, comme un texte bref, dit \u00ab pri\u00e8re \u00bb qui s\u2019ach\u00e8ve par les mots : \u00ab Ceci est mon testament d\u2019intellectuel (24 avril 1916 &#8211; jeudi de P\u00e2ques au Fort-Mardik &#8211; Dunkerque) \u00bb. Les textes rassembl\u00e9s dans le volume sont \u00e9crits \u00e0 l\u2019ombre de la mort ! \n<\/p>\n<p>\n  Parmi eux, il y a une m\u00e9ditation, reprise ensuite et publi\u00e9e avec pour titre \u00ab Messe sur le monde \u00bb. Ne pouvant dire la messe dans les tranch\u00e9es, Teilhard priait \u00e0 partir du texte de la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique. Ce n\u2019est pas original, car cette pratique de d\u00e9votion \u00e9tait pratiqu\u00e9e par les pr\u00eatres. Ne pouvant c\u00e9l\u00e9brer (en d\u00e9placement ou en maladie&#8230;), ils prenaient le temps de lire ou de r\u00e9citer de m\u00e9moire le texte de la messe (d\u00e9votion dite \u00ab messe blanche \u00bb). Ainsi \n<\/p>\n<p>\n  15\n  <br \/>\n  Teilhard a repris le texte de la messe, faute de pouvoir la c\u00e9l\u00e9brer . Il le fit amplement, dans \n<\/p>\n<p>\n  un texte de m\u00e9ditation, sous le titre \u00ab le Pr\u00eatre \u00bb. Ce d\u00e9veloppement n\u2019est pas une pri\u00e8re de demande, c\u2019est une ressaisie de sa vocation par la contemplation de l\u2019\u0153uvre accomplie par le \n<\/p>\n<p>\n  15 <em>\u0152uvres<\/em>, t. 12, p 313s. Il le refera pendant la croisi\u00e8re jaune qui pour la premi\u00e8re travers\u00e9e en voiture automobile de l\u2019Asie de la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 Chine \u2013 ce qui donnera la version d\u00e9finitive de <em>La Messe sur le monde<\/em>. \n<\/p>\n<p>\n  32 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-42.png\" class=\"wp-image-2471\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  Christ. C\u2019est une longue m\u00e9ditation dont le d\u00e9roulement suit le d\u00e9roulement de la pri\u00e8re eucharistique. \n<\/p>\n<p>\n  Le premier moment de cette m\u00e9ditation est l\u2019offrande. Teilhard \u00e9crit : \u00ab Puisque je n\u2019ai aujourd\u2019hui, Seigneur, moi votre Pr\u00eatre, ni pain, ni vin, ni autel, je vais \u00e9tendre mes mains sur la totalit\u00e9 de l\u2019Univers, et prendre son immensit\u00e9 comme mati\u00e8re de mon sacrifice. \u00bb (p. 313) Puis Teilhard encha\u00eene sur la cons\u00e9cration. \n<\/p>\n<p>\n  \u00ab Le pain sacramentel est fait de grains press\u00e9s et broy\u00e9s. Sa p\u00e2te a \u00e9t\u00e9 longuement p\u00e9trie. Vos mains, J\u00e9sus, l\u2019ont rompu avant de le sanctifier&#8230; \n<\/p>\n<p>\n  Qui exprimera, Seigneur, la violence que subit l\u2019Univers, d\u00e8s lors qu\u2019il est tomb\u00e9 sous votre domination. Le Christ est l\u2019aiguillon qui harcelle la cr\u00e9ature sur la voie de l\u2019effort, de l\u2019exhaussement, du d\u00e9veloppement. Il est le glaive qui s\u00e9pare, sans merci, les membres indignes ou g\u00e2t\u00e9s. \n<\/p>\n<p>\n  Il est la Vie plus forte, qui tue inexorablement les \u00e9go\u00efsmes inf\u00e9rieurs\u00bb \n<\/p>\n<p>\n  Pour que J\u00e9sus p\u00e9n\u00e8tre en nous, il faut alternativement le travail qui dilate et la douleur qui tue, la vie qui fait cro\u00eetre l\u2019homme pour qu\u2019il soit sanctifiable, et la mort qui le diminue pour qu\u2019il soit sanctifi\u00e9. \n<\/p>\n<p>\n  L\u2019Univers craque ; il se scinde douloureusement au c\u0153ur de chaque monade, \u00e0 mesure que na\u00eet et cro\u00eet la Chair du Christ. Comme la cr\u00e9ation qu\u2019elle rach\u00e8te et quelle d\u00e9passe, l\u2019Incarnation, si d\u00e9sir\u00e9e, est une op\u00e9ration redoutable ; elle se fait par le Sang. \n<\/p>\n<p>\n  Que le sang de J\u00e9sus (le sang qui s\u2019infuse et le sang qui se r\u00e9pand, le sang de l\u2019effort et le sang du renoncement&#8230;) <em>Hic est calix sanguinis mei<\/em>. \u00bb (p. 317-318) \n<\/p>\n<p>\n  Le deuxi\u00e8me moment est l\u2019adoration qui suit la cons\u00e9cration \u2013 Cette pri\u00e8re accompagne le geste de l\u2019\u00e9l\u00e9vation qui re\u00e7oit alors une dimension cosmique. \n<\/p>\n<p>\n  \u00ab Comme une flamme int\u00e9rieure \u2013 ici libre, vive et lumineuse, l\u00e0 obscurcie, mais ardente encore sous la cendre qu\u2019elle rejette \u2013 le Divin illumine, maintenant, toutes choses par le dedans. \n<\/p>\n<p>\n  M\u00eal\u00e9 \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re cr\u00e9\u00e9e tout enti\u00e8re, Dieu m\u2019environne et il m\u2019assi\u00e8ge. Je m\u2019agenouille, Seigneur, devant l\u2019Univers devenu secr\u00e8tement, sous l\u2019influence de l\u2019Hostie, vote Corps adorable et votre Sang divin. Je me prosterne en sa pr\u00e9sence, ou plut\u00f4t, bien mieux, je me recueille en lui. \n<\/p>\n<p>\n  Le Monde est plein de vous ! \n<\/p>\n<p>\n  O Christ-Universel, v\u00e9ritable fondement du monde, qui trouvez votre consommation dans la r\u00e9p\u00e9tition de tout ce que votre puissance a fait surgir du N\u00e9ant, je vous adore, et je m\u2019absorbe dans la conscience de votre pl\u00e9nitude universellement r\u00e9pandue. (p. 318-319) \n<\/p>\n<p>\n  Cette m\u00e9ditation s\u2019ach\u00e8ve par l\u2019envoi (<em>ite missa est<\/em>) qui est d\u00e9velopp\u00e9 par la m\u00e9ditation sur sa vocation de pr\u00eatre &#8211; un texte clef pour comprendre l\u2019\u0153uvre de Teilhard. \n<\/p>\n<p><strong>1.3. L\u2019universel <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  33 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"463\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-44.png\" class=\"wp-image-2473\" srcset=\"https:\/\/www.domtourelles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-44.png 463w, https:\/\/www.domtourelles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-44-300x1.png 300w, https:\/\/www.domtourelles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-44-150x1.png 150w\" sizes=\"(max-width: 463px) 100vw, 463px\" \/>\n   \n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"463\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-46.png\" class=\"wp-image-2475\" srcset=\"https:\/\/www.domtourelles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-46.png 463w, https:\/\/www.domtourelles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-46-300x1.png 300w, 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S\u2019il est conscient de sa dignit\u00e9, il ne doit plus vivre pour lui, mais pour le Monde, \u00e0 l\u2019exemple de celui qui est oint pour le repr\u00e9senter. \n<\/p>\n<p>\n  Pour moi, J\u00e9sus, il me semble que ce devoir prend une urgence plus imm\u00e9diate, et une signification plus pr\u00e9cise, que pour beaucoup d\u2019autres, bien meilleurs que moi. Innombrables sont les nuances de votre appel ! Essentiellement diverses les vocations !&#8230; Les contr\u00e9es, les nations, les cat\u00e9gories sociales, ont eu chacune leurs Ap\u00f4tres. Je voudrais \u00eatre, Seigneur, moi, pour ma tr\u00e8s humble part, l\u2019ap\u00f4tre, et (si j\u2019ose dire) l\u2019\u00e9vang\u00e9liste <em>de votre Christ dans l\u2019Univers<\/em>. \u2013 je voudrais, par mes m\u00e9ditations, par ma parole, par la pratique de toute ma vie, d\u00e9couvrir et pr\u00eacher les relations de continuit\u00e9 qui font, du Cosmos o\u00f9 nous nous agitons, un milieu divinis\u00e9 par l\u2019Incarnation, divinisant par la Communion, divinisable par notre coop\u00e9ration. (p. 328-329) \n<\/p>\n<p>\n  Teilhard lance alors un appel \u00e0 ses compagnons engag\u00e9s dans la guerre aupr\u00e8s des soldats. Ce propos qui atteste une vision particuli\u00e8re du sacerdoce \u00e9claire notre r\u00e9flexion sur l\u2019esp\u00e9rance, car il ouvre sur une vision du monde et corr\u00e9lativement du salut par le Christ. Il est clair que l\u2019attention ne se porte pas sur le point que rel\u00e8ve le cat\u00e9chisme : l\u2019hostie pr\u00e9sent\u00e9e ensuite \u00e0 l\u2019adoration. Il y a une dynamique universelle. Certes, Teilhard d\u00e9veloppe la symbolique du pain et du vin devenus le corps et le sang du Christ ; mais il lui donne une dimension universelle \u2013 une universalit\u00e9 qu\u2019il faut repenser \u00e0 la lumi\u00e8re des sciences. \n<\/p>\n<p><strong><em>2. Une vision de la nature <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p><strong>2.1. Un j\u00e9suite bien sage <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le point de d\u00e9part de la r\u00e9flexion de Teilhard est un constat : dans les sciences de la nature rien ne s\u2019explique hors du sch\u00e9ma pr\u00e9sent\u00e9 par la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution. Depuis la formation de la Terre, la g\u00e9ologie et toutes les formes de la vie depuis les champignons jusqu\u2019aux animaux sup\u00e9rieurs et \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, tout s\u2019inscrit dans une perspective de transformation et d\u2019encha\u00eenements. Ce constat scientifique s\u2019impose \u00e0 tout esprit cultiv\u00e9. Teilhard le pr\u00e9sente dans une note \u00e9crite pour le <em>Dictionnaire apolog\u00e9tique de la foi catholique<\/em>, (t. II, 1915). Dans cette note, il rel\u00e8ve que la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution ne contredit pas la foi en la cr\u00e9ation. L\u2019article reste dans le cadre de la th\u00e9ologie classique qui distingue deux ordres de causalit\u00e9 : cause premi\u00e8re (Dieu) et causes secondes (l\u2019action des cr\u00e9atures). Teilhard distingue nettement les ordres de causalit\u00e9. \n<\/p>\n<p>\n  Par contre, en 1921, Teilhard publie dans la revue <em>\u00c9tudes <\/em>une \u00e9tude o\u00f9 il va au-del\u00e0 de la reprise du langage habituel. Il voit dans (l\u2019\u00e9volution que l\u2019on appelle alors transformisme) un ph\u00e9nom\u00e8ne global de croissance et d\u2019\u00e9mergence de formes nouvelles. C\u2019est universel. Il situe l\u2019action cr\u00e9atrice dans ce mouvement. Il note que Dieu \u00ab fait moins les choses qu\u2019il ne \n<\/p>\n<p>\n  les fait se faire \u00bb. Teilhard fait partie des \u00ab transformistes chr\u00e9tiens \u00bb qui ne sont alors qu\u2019une minorit\u00e9 respect\u00e9. On tol\u00e8re cette minorit\u00e9 \u2013 \u00e0 condition qu\u2019elle reste dans son strict domaine. Or Teilhard ne le fait pas. Pour lui, le Christ n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9 de la cr\u00e9ation et la cr\u00e9ation n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9e des processus de transformation de la nature. Pour Teilhard, la notion de transformisme convient \u00e0 tous les \u00eatres qui sont dispos\u00e9s selon une \u00e9chelle des \u00eatres \u2013 image classique qui va de la mati\u00e8re \u00e0 l\u2019esprit dans la tradition philosophique et qui va de la g\u00e9ologie \u00e0 l\u2019anthropologie ; la modernit\u00e9 change la mani\u00e8re de construire cette \u00ab \u00e9chelle \u00bb en introduisant la notion d\u2019\u00e9volution : un passage progressif et continu. \n<\/p>\n<p>\n  L\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9volution est une id\u00e9e dont la port\u00e9e est universelle. Teilhard l\u2019expose dans un article \u00e9crit pour la <em>Revue des Questions Scientifiques<\/em>. Un \u00e9v\u00e9nement advient : la publication de cet article, qui a eu l\u2019aval des responsables de la Revue, n\u2019est pas autoris\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00eaque de Malines et ce sur un point pr\u00e9cis. Dans l\u2019article, l\u2019\u00e9volution se fait selon une continuit\u00e9 entre les \u00e9tapes qui sont franchies. Pour le censeur, Teilhard ne marque pas nettement la diff\u00e9rence entre la mati\u00e8re et la vie. La motivation des censeurs est que la morale perd son fondement, faute de souligner la diff\u00e9rence entre mati\u00e8re et vie. Le censeur veut qu\u2019on affirme une diff\u00e9rence radicale entre la vie et la mati\u00e8re, faute de quoi il ne peut y avoir de morale ; il veut que l\u2019on s\u00e9pare nettement les \u00eatres vivants (qui ont une \u00e2me) de la science qui ne saisit que la mati\u00e8re. Au contraire, pour Teilhard l\u2019\u00e9volution est plus que le jeu de m\u00e9canismes ; c\u2019est une vision d\u2019ensemble ; elle concerne tout ce qui est : depuis les atomes, jusqu\u2019\u00e0 la conscience humaine. \n<\/p>\n<p>\n  Dans un autre article, Teilhard pr\u00e9cise que l\u2019\u00e9volution rapporte une histoire de la vie et qu\u2019elle donne coh\u00e9rence \u00e0 tout le monde des vivants. Il pr\u00e9cise que si l\u2019\u00e9volution est un concept scientifique, celui-ci ne doit pas \u00eatre r\u00e9duit avec ce que disent les philosophies mat\u00e9rialistes. Il ajoute alors que, loin de contredire la foi traditionnelle, l\u2019\u00e9volution conduit \u00e0 une vision th\u00e9ologique meilleure que le fixisme traditionnel (exprim\u00e9 par la lecture litt\u00e9rale de l\u2019expression de la Gen\u00e8se \u00ab chacun selon son esp\u00e8ce \u00bb). Pour lui, c\u2019est une invitation \u00e0 une th\u00e9ologie de la cr\u00e9ation renouvel\u00e9e. \n<\/p>\n<p><strong>2. Une vision historique <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Ce qui vaut des ennuis \u00e0 Teilhard c\u2019est qu\u2019il pr\u00e9sente la vision \u00ab transformiste \u00bb comme av\u00e9r\u00e9e, ne cessant d\u2019\u00eatre confirm\u00e9e par les d\u00e9couvertes dont il est t\u00e9moin et acteur. Pour lui (et pour tous ceux qui travaillent dans le domaine scientifique), cette vision s\u2019impose \u2013 elle a une port\u00e9e universelle. Cela a une cons\u00e9quence sur la mani\u00e8re de placer l\u2019humanit\u00e9 dans le monde de l\u2019\u00e9volution. On reproche \u00e0 Teilhard de ne pas marquer assez nettement la diff\u00e9rence entre le monde humain et le monde animal. Pourtant cette vision ne cesse d\u2019\u00eatre valid\u00e9e par les d\u00e9couvertes pal\u00e9ontologiques. C\u2019est incontestablement av\u00e9r\u00e9. \n<\/p>\n<p>\n  C\u2019est cette inscription de l\u2019\u00e9volution \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 qui rend Teilhard suspect aux th\u00e9ologiens conservateurs, dont Garrigou-Lagrange est la figure embl\u00e9matique. C\u2019est cette perspective historique globale qui est pr\u00e9sente dans la pens\u00e9e de Teilhard, tant au plan scientifique que th\u00e9ologique. La cr\u00e9ation n\u2019est pas limit\u00e9e au r\u00e9cit d\u2019une \u00absemaine inaugurale \u00bb ; elle englobe la totalit\u00e9 du cours de l\u2019histoire de l\u2019univers. L\u2019acte cr\u00e9ateur ne \n<\/p>\n<p>\n  35 \n<\/p>\n<p>\n  consiste pas \u00e0 poser dans l\u2019\u00eatre des entit\u00e9s qui resteront dans le cadre d\u2019une nature fig\u00e9e. Il y a des transformations. D\u00e9sormais tout doit se comprendre selon ce devenir. Cela suppose une attention au temps et donc un regard sur ce qui vient. \n<\/p>\n<p><strong>2.3. Une vision \u00e9largie <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Dans le cadre d\u2019une vision o\u00f9 tout est mouvement \u2013 la g\u00e9ologie \u00e9tant la formation du \n<\/p>\n<p>\n  socle continental \u2013 Teilhard cherche \u00e0 donner une vision d\u2019ensemble. Il y voit un grand \n<\/p>\n<p>\n  mouvement de transformation o\u00f9, d\u2019un \u00e9tat min\u00e9ral, on est conduit \u00e0 la pr\u00e9sence de la pens\u00e9e \n<\/p>\n<p>\n  16\n  <br \/>\n  avec l\u2019humanit\u00e9 . Teilhard en expose les grands th\u00e8mes dans des congr\u00e8s internationaux aux \n<\/p>\n<p>\n  Etats Unis en 1937 \u2013 ce qui place sa vision \u00e0 la Une des questions disput\u00e9es. Les autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques sont alors alert\u00e9es de cette vision qui non seulement consid\u00e8re l\u2019\u00e9volution comme un fait incontestable pour l\u2019humanit\u00e9, mais aussi comme un ph\u00e9nom\u00e8ne universel. \n<\/p>\n<p>\n  Teilhard travaille \u00e0 la r\u00e9daction de son propos qu\u2019il appelle d\u2019abord \u00ab l\u2019homme \u00bb. Une r\u00e9daction d\u2019ensemble est faite en 1940. Il soumet son travail \u00e0 son Ordre pour recevoir la permission de l\u2019\u00e9diter. Les critiques viennent de plusieurs fronts: les scientifiques rationalistes y voient un retour \u00e0 la philosophie spiritualiste ; corr\u00e9lativement les autorit\u00e9s religieuses y voient du mat\u00e9rialisme \u2013 faute de marquer une diff\u00e9rence radicale entre l\u2019humanit\u00e9 et le monde non-humain et aussi de ne pas correspondre au texte biblique. C\u2019est face \u00e0 ces critiques et aux retouches apport\u00e9es que r\u00e9pond le nouveau titre \u00ab le ph\u00e9nom\u00e8ne humain \u00bb. Ph\u00e9nom\u00e8ne, car il s\u2019agit d\u2019un savoir qui n\u2019est ni \u00ab m\u00e9taphysique \u00bb ni \u00ab spiritualiste \u00bb ; c\u2019est une \u00e9tude rationnelle qui se veut objective, car attentive aux faits. Le titre \u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne humain \u00bb dit \u00e0 la fois la prise en compte de tout ce qui se donne \u00e0 l\u2019observation et \u00e0 la r\u00e9flexion humaine et l\u2019exigence de rationalit\u00e9 qui s\u2019enracine dans le concret. Teilhard ne parle pas de la nature humaine intemporelle, ni de l\u2019essence \u00e9ternelle, mais de ce qui se donne \u00e0 voir et \u00e0 penser. \n<\/p>\n<p><strong><em>3. L\u2019esp\u00e9rance en \u0153uvre <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p><em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain <\/em>est un livre difficile. Ce n\u2019est pas un texte scientifique comme beaucoup qui rapportent des faits en les classant selon les \u00e2ges. Ce n\u2019est pas non plus une th\u00e8se de philosophie sur l\u2019\u00e9volution et sur la vie. Ce n\u2019est pas non plus un trait\u00e9 de th\u00e9ologie sur la cr\u00e9ation de l\u2019humanit\u00e9&#8230; C\u2019est une synth\u00e8se qui entend rendre raison de la situation de notre plan\u00e8te&#8230; J\u2019en fais ici une rapide pr\u00e9sentation pour mettre en valeur la perspective de l\u2019esp\u00e9rance \u2013 ce n\u2019est pas une analyse exhaustive de ce livre \u00e0 la grande richesse, mais souvent difficile car le style n\u2019est pas celui de l\u2019expos\u00e9 \u00ab objectif \u00bb du philosophe ou du th\u00e9ologien critique : c\u2019est la transmission d\u2019un message dont le but est de donner du sens \u00e0 tout ce qui advient par les voies convergentes de l\u2019exp\u00e9rience humaine et de son \n<\/p>\n<p>\n  16 <em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain <\/em>a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Teilhard pendant son s\u00e9jour en Chine. A ce moment-l\u00e0, son travail scientifique est consid\u00e9rable. En g\u00e9ologue-pal\u00e9ontologue, Teilhard parcourt le vaste territoire chinois \u2013 son statut lui donne le soutien des autorit\u00e9s car il travaille dans une \u00e9quipe chinoise, o\u00f9, de fait, il joue un r\u00f4le majeur dans l\u2019interpr\u00e9tation des observations. Son travail scientifique donne une explicitation de l\u2019ensemble de la structure g\u00e9ologique du centre de l\u2019Asie. Il est pour cela oblig\u00e9 d\u2019aller en Inde et dans la p\u00e9ninsule indochinoise pour donner une vision de la formation du continent. L\u2019attention port\u00e9e aux d\u00e9couvertes li\u00e9es \u00e0 la pal\u00e9ontologie n\u2019est qu\u2019une partie de son travail, mais c\u2019est le plus important pour sa r\u00e9flexion th\u00e9ologique. \n<\/p>\n<p>\n  36 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-98.png\" class=\"wp-image-2529\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  d\u00e9veloppement dans les sciences de la nature et de la vie, la philosophie, la religion&#8230; Au- del\u00e0 de l\u2019humanisme, une mystique de la cr\u00e9ation. Je rel\u00e8ve trois points qui structurent sa pens\u00e9e de l\u2019esp\u00e9rance \u2013 dans un langage plus riche que celui du cat\u00e9chisme. \n<\/p>\n<p><strong>3.1. L\u2019\u00e9nergie <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Le premier des trois \u00e9l\u00e9ments qui fondent une th\u00e9ologie de l\u2019esp\u00e9rance est le terme \n<\/p>\n<p>\n  \u00ab \u00e9nergie \u00bb. Ce terme a chez Teilhard un sens pl\u00e9nier. Pl\u00e9nier, en ce sens qu\u2019il ne s\u2019enferme \n<\/p>\n<p>\n  pas dans ce que mesurent les instruments (conceptuels ou exp\u00e9rimentaux) du physicien ou du \n<\/p>\n<p>\n  chimiste. Ce que Teilhard appelle \u00ab \u00e9nergie \u00bb ne se r\u00e9duit pas au sens du terme chez les \n<\/p>\n<p>\n  philosophes grecs, les ing\u00e9nieurs, ni les \u00e9conomistes. La notion qui fait partie de la physique \n<\/p>\n<p>\n  ouvre sur une explication non mat\u00e9rialiste. Cette option fait que le livre suit un chemin qui \n<\/p>\n<p>\n  n\u2019est pas celui des trait\u00e9s de m\u00e9canique, ni celui des \u00e9conomistes. L\u2019\u00e9nergie c\u2019est ce qui est au \n<\/p>\n<p>\n  c\u0153ur des ph\u00e9nom\u00e8nes analys\u00e9s par les physiciens et pens\u00e9s comme des forces dont on peut \n<\/p>\n<p>\n  donner une repr\u00e9sentation math\u00e9matique. Pour Teilhard, l\u2019\u00e9nergie est une puissance de \n<\/p>\n<p>\n  transformation, plus exactement une capacit\u00e9 d\u2019action. Cette capacit\u00e9 d\u2019action est la source \n<\/p>\n<p>\n  17 destransformations . \n<\/p>\n<p>\n  Pour Teilhard, la mati\u00e8re est autre chose que ce que disent les manuels de physique- chimie, o\u00f9 des \u00ab objets mat\u00e9riels \u00bb agissent et interagissent selon leurs aptitudes \u2013 d\u00e9crites en termes de masse et de force. Le terme \u00ab \u00e9nergie \u00bb est plus riche ; il d\u00e9signe une capacit\u00e9 d\u2019action, car la mati\u00e8re n\u2019est pas une juxtaposition d\u2019atomes, mais un pouvoir faire. Or ce pouvoir faire n\u2019est pas une limite infranchissable comme un enfermement ce qui advient pour les objets qui sont pris dans leur forme. Parler d\u2019\u00e9nergie, c\u2019est reconna\u00eetre une valeur quand l\u2019\u00e9nergie se d\u00e9pense pour se r\u00e9investir dans une r\u00e9alisation meilleure et plus riche. \n<\/p>\n<p>\n  Si, selon le bon sens, \u00ab on a rien sans rien \u00bb, ce qui est engag\u00e9 dans l\u2019action n\u2019est pas perdu quand ce qui est r\u00e9alis\u00e9 est meilleur que ce qui \u00e9tait avant. C\u2019est ce qui se fait voir dans l\u2019\u00e9volution des vivants : des formes de vie aux faibles capacit\u00e9s \u00e9mergent des formes plus complexes. Cette notion d\u2019\u00e9nergie a pour cons\u00e9quence que tout ce qui advient est dans un \n<\/p>\n<p>\n  18\n  <br \/>\n  devenir vers une meilleure r\u00e9alisation de ce qui est donn\u00e9 comme un possible . La notion \n<\/p>\n<p>\n  d\u2019\u00e9nergie permet \u00e0 Teilhard de faire le lien entre tous les niveaux de l\u2019\u00eatre qui sont habituellement s\u00e9par\u00e9s : la physique, la chimie, la biologie, l\u2019anthropologie, la philosophie, la th\u00e9ologie&#8230;. \n<\/p>\n<p>\n  Cette pr\u00e9sentation gradu\u00e9e n\u2019est pas originale; elle est tr\u00e8s traditionnelle dans l\u2019histoire de la pens\u00e9e depuis les Grecs. En ce sens, Teilhard renouvelle une tradition qui le pr\u00e9c\u00e8de et qui a ses lettres de noblesse en th\u00e9ologie. Le th\u00e8me de \u00ab la grande \u00e9chelle des \u00eatres \u00bb, matricielle dans le n\u00e9oplatonisme qui part de la mati\u00e8re, acc\u00e8de \u00e0 la vie, atteint l\u2019esprit \n<\/p>\n<p>\n  17 \u00ab Sous ce mot [\u00e9nergie] la Physique a introduit l\u2019expression pr\u00e9cise d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019action, ou plus exactement d\u2019inter-action. L\u2019\u00e9nergie est la mesure de ce qui passe d\u2019un atome \u00e0 l\u2019autre au cours de leurs transformations. Pouvoir de liaison, donc ; mais aussi, parce que l\u2019atome para\u00eet s\u2019enrichir ou s\u2019\u00e9puiser au cours de l\u2019\u00e9change, valeur de constitution \u00bb (p. 36) \n<\/p>\n<p>\n  18 \u00ab Retenons les constatations et les mesures indiscutables de la Physique. Mais \u00e9vitons de nous attacher \u00e0 la perspective d\u2019\u00e9quilibre final que celles-ci paraissent sugg\u00e9rer. Une observation plus compl\u00e8te des mouvements du Monde nous obligera peu \u00e0 peu \u00e0 la retourner, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 d\u00e9couvrir que, si les choses tiennent et se tiennent, ne n\u2019est qu\u2019\u00e0 force de complexit\u00e9, par en haut \u00bb (p. 37). \n<\/p>\n<p>\n  37 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-99.png\" class=\"wp-image-2530\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  et s\u2019accomplit dans le divin. Teilhard insiste sur la continuit\u00e9 entre les \u00abniveaux ontologiques \u00bb des \u00eatres sur l\u2019\u00e9chelle. Mais il fait davantage. Il entend r\u00e9pondre aux questions que se posaient les Anciens qui reconnaissaient des continuit\u00e9s mais ne pouvaient les expliquer. Teilhard r\u00e9pond \u00e0 ces questions ! C\u2019est l\u2019originalit\u00e9 de sa pens\u00e9e ; elle repose sur deux lois ou principes : la loi de complexit\u00e9 conscience d\u2019une part, et, d\u2019autre part, l\u2019amour par attraction. . \n<\/p>\n<p><strong>3.2. La loi de complexit\u00e9-conscience <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Un autre \u00e9l\u00e9ment essentiel \u00e0 la pens\u00e9e de Teilhard est ce qu\u2019il appelle la \u00ab loi de complexit\u00e9-conscience \u00bb. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une loi au sens de l\u2019expression math\u00e9matique des relations entre entit\u00e9s physiques ou chimiques, mais de la raison fondamentale qui permet \n<\/p>\n<p>\n  19\n  <br \/>\n  de comprendre le mouvement des \u00eatres vers une r\u00e9alisation optimale . La complexit\u00e9 se \n<\/p>\n<p>\n  manifeste dans l\u2019action faite par celui qui agit. La richesse de ce qui est fait (ou produit) est le fruit d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019autant plus grande qu\u2019elle repose sur une richesse int\u00e9rieure. Cette richesse est dans la coexistence de plusieurs \u00e9l\u00e9ments qui interagissent. Plus que la quantit\u00e9, l\u2019organisation prime. Cette organisation est appel\u00e9e par Teilhard \u00ab complexit\u00e9 \u00bb. Ainsi dans une pr\u00e9sentation de la cosmologie, Teilhard note \u00ab Historiquement l\u2019\u00e9toffe de l\u2019Univers va se concentrant en formes toujours plus organis\u00e9es de Mati\u00e8re \u00bb (p. 45). \n<\/p>\n<p>\n  Faire le lien entre \u00ab complexit\u00e9 \u00bb et \u00ab conscience \u00bb permet \u00e0 Teilhard d\u2019unifier les connaissances dans le d\u00e9veloppement du grand arbre de la nature. Le passage entre les \u00ab niveaux \u00bb sur le \u00ab grand arbre de la vie \u00bb n\u2019est pas un saut, mais une mani\u00e8re d\u2019assumer une situation, de la r\u00e9organiser et de lui faire donner le meilleur. Tous les \u00e9l\u00e9ments sont l\u00e0, mais ils ne sont pas pris dans un acte qui leur donne de remplir leur fonction de mani\u00e8re \u00e0 enrichir l\u2019unit\u00e9 dont ils font partie. Ainsi les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une cellule pour que ce soit une unit\u00e9 autonome&#8230; ainsi les cellules dans un organe pour qu\u2019il remplisse sa fonction&#8230; etc. Il faut un franchir un seuil qui assumera le potentiel pr\u00e9sent en lui permettant de faire du neuf. La croissance de la complexit\u00e9 franchit un seuil et il n\u2019est pas besoin de faire appel \u00e0 des interventions ext\u00e9rieures. C\u2019est de l\u2019intime qu\u2019un \u00eatre r\u00e9alise le meilleur en se \u00ab surpassant \u00bb. C\u2019est ce dynamisme que l\u2019on peut appeler \u00ab amour \u00bb : c\u2019est une r\u00e9ponse \u00e0 un appel du meilleur. \n<\/p>\n<p>\n  Cette analyse, qui vaut pour les formes \u00e9l\u00e9mentaires de la vie, s\u2019accomplit lorsqu\u2019il s\u2019agit de la pens\u00e9e. La pens\u00e9e n\u2019est pas une activit\u00e9 organique au sens biologique du terme ; mais elle est v\u00e9cue par un \u00eatre humain \u00ab en son corps et en son \u00e2me \u00bb. La loi de complexit\u00e9- conscience permet de voir un lien. La reconnaissance de l\u2019unit\u00e9 entre ce qui est mat\u00e9riel et spirituel est le point de clivage des d\u00e9bats entre philosophie et science. La pens\u00e9e dominante dans le monde scientifique est la position dualiste qui place d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ce qui est mati\u00e8re et de l\u2019autre ce qui est esprit. Ce clivage caract\u00e9rise la modernit\u00e9 en Europe depuis le XVIIe si\u00e8cle. Le travail de Teilhard est de surmonter ce clivage. Ce qu\u2019il appelle \u00ab loi de complexit\u00e9- \n<\/p>\n<p>\n  19 Ainsi dans une pr\u00e9sentation de la cosmologie, Teilhard note \u00ab Historiquement l\u2019\u00e9toffe de l\u2019Univers va se concentrant en formes toujours plus organis\u00e9es de Mati\u00e8re \u00bb (p. 45). A l\u2019heure o\u00f9 la cosmologie \u00e9tait encore ind\u00e9cise sur la structure de l\u2019univers, cette phrase m\u00e9rite attention, car elle a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par ce que nous avons appris depuis lors ! Pour Teilhard c\u2019est un premier pas qui le conduit \u00e0 pr\u00e9senter ce que l\u2019on appelle \u00ab la loi de complexit\u00e9 conscience \u00bb. \n<\/p>\n<p>\n  38 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-100.png\" class=\"wp-image-2531\" \/>\n   \n<\/p>\n<p>\n  conscience \u00bb est le levier qui permet de lever les dalles qui enferment l\u2019esprit dans des cat\u00e9gories o\u00f9 la r\u00e9flexion s\u2019est enferm\u00e9e. C\u2019est l\u00e0 ouvrir une voie \u00e0 la reconnaissance de la dignit\u00e9 humaine : l\u2019humanit\u00e9 n\u2019est pas enclose dans le monde biologique ; elle est si pleinement construite qu\u2019elle est ouverte sur ce qui ne rel\u00e8ve plus de la biologie : la pens\u00e9e. Teilhard introduit alors la notion de \u00ab personne \u00bb. Le terme, entendu au sens fort, dit la transcendance par rapport aux autres vivants, sans que rien ne soit \u00e9cart\u00e9 de ce qui rel\u00e8ve de la biologie ou de la sociologie. C\u2019est une ouverture pour un d\u00e9sir qui transcende les conditions de la vie. Ainsi, la notion d\u2019esp\u00e9rance se trouve honor\u00e9e : l\u2019\u00eatre humain regarde l\u2019avenir et d\u00e9sire collaborer lucidement \u00e0 son accomplissement. La pens\u00e9e est elle-m\u00eame prise dans un mouvement d\u2019ensemble, que Teilhard appelle \u00ab Noosph\u00e8re \u00bb. La prise en compte de la Noosph\u00e8re invite \u00e0 voir l\u2019aspiration qui la fonde et l\u2019unifie. Comment rendre raison de cette mont\u00e9e ? \n<\/p>\n<p><strong>3.3. L\u2019amour par attraction <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Teilhard note que cette mont\u00e9e est le fruit de ce qui est dans l\u2019intime des \u00eatres et qui prend forme \u00e9minente chez le vivant et parmi les vivants chez les humains. Cette \u00ab mont\u00e9e \u00bb vers plus de complexit\u00e9 et de conscience est le fruit d\u2019un d\u00e9sir d\u2019\u00eatre et de grandir, d\u2019am\u00e9liorer ses aptitudes et d\u2019aller toujours plus avant dans la r\u00e9alisation de son d\u00e9sir. La r\u00e9ponse \u00e0 la question est la reconnaissance que cette mont\u00e9e (de complexit\u00e9 et de conscience) est le fruit d\u2019une attraction. La notion a un sens en physique ; elle a un sens dans le monde des vivants ; elle a un sens en humanit\u00e9. Les \u00eatres sont habit\u00e9s par le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre vraiment ce qu\u2019ils sont. Ce d\u00e9sir universel n\u2019est pas anarchique ; il est unifi\u00e9 par la pr\u00e9sence attractive ou attirante d\u2019un acteur dont la pr\u00e9sence permet de comprendre non seulement le fait de la croissance de la \u00ab complexit\u00e9-conscience \u00bb, mais son ampleur et son universalit\u00e9. Ce dynamisme est l\u2019amour. Ainsi le chemin de la compr\u00e9hension des choses n\u2019est pas de revenir \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire ; si n\u00e9cessaire que soit cette d\u00e9marche (comprendre la cellule par les mol\u00e9cules, le social par l\u2019individuel, les math\u00e9matiques par le calcul&#8230;) il faut consid\u00e9rer un principe d\u2019unit\u00e9, celui qui pr\u00e9side \u00e0 l\u2019\u00e9mergence. Teilhard consid\u00e8re qu\u2019il faut suivre cette voie, non seulement pour une situation particuli\u00e8re, mais pour la totalit\u00e9 de ce qui existe. Il faut donc nommer une source de ce mouvement d\u2019accomplissement. Teilhard le nomme, \u00ab Om\u00e9ga \u00bb. Le passage \u00e9tant fait, Om\u00e9ga est reconnu pour \u00eatre ce qu\u2019il est : le principe qui r\u00e9pond au d\u00e9sir d\u2019\u00eatre et assure le d\u00e9passement. \n<\/p>\n<p>\n  La mont\u00e9e selon le processus de complexit\u00e9 conscience r\u00e9pond \u00e0 un d\u00e9sir de grandir et \n<\/p>\n<p>\n  de se fortifier, de r\u00e9aliser pleinement ses possibilit\u00e9s. Ainsi l\u2019arbre de la vie est couronn\u00e9 par \n<\/p>\n<p>\n  20\n  <br \/>\n  l\u2019Esprit qui s\u2019\u00e9panouit dans la Noosph\u00e8re . Cet Esprit agit par attraction ou d\u00e9sir. Om\u00e9ga agit \n<\/p>\n<p>\n  par sa pr\u00e9sence qui est source de l\u2019amour qui fait tendre tout \u00eatre \u00e0 son accomplissement. Cette fonction d\u2019attraction est corr\u00e9lative de l\u2019accomplissement des potentialit\u00e9s de ce qui existe. Ainsi l\u2019amour de la musique invite l\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 s\u2019appliquer \u00e0 ses exercices&#8230; Cette situation est universelle : tout \u00eatre est appliqu\u00e9 \u00e0 devenir le meilleur pour r\u00e9pondre au d\u00e9sir qui le fait grandir. Cela vaut pour tous les \u00e9l\u00e9ments du monde : ils sont attir\u00e9s par le Point Om\u00e9ga qui \u00e9tant leur fin est leur source. \n<\/p>\n<p>\n  39 \n<\/p>\n<p>\n  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/word-image-101.png\" class=\"wp-image-2532\" \/>\n<\/p>\n<p>\n  20 Noosph\u00e8re parce que les \u00e9l\u00e9ments sont en interaction comme les \u00e9l\u00e9ments contenus dans un m\u00eame espace. \n<\/p>\n<p>\n  Chez Teilhard, la notion d\u2019Om\u00e9ga reste dans le cadre d\u2019une vision g\u00e9n\u00e9rale du monde. La temporalit\u00e9 est assum\u00e9e dans la r\u00e9alisation du meilleur. Elle correspond \u00e0 un accomplissement ; sa r\u00e9alisation atteste la r\u00e9alit\u00e9 de son principe et la nature de son principe l\u00e9gitime le mode de la mont\u00e9e par complexit\u00e9-conscience. \n<\/p>\n<p><strong><em>Conclusion <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n  Dans <em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain<\/em>, Teilhard fait \u0153uvre de philosophie fond\u00e9e sur les sciences. Il ne parle pas au nom d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation ou d\u2019une tradition th\u00e9ologique. Il s\u2019exprime dans un langage qui n\u2019emprunte pas le langage des th\u00e9ologiens. Il ne parle pas de cr\u00e9ation, de providence ou d\u2019action divine. Il reste dans l\u2019ordre d\u2019une ph\u00e9nom\u00e9nologie. En respectant cette r\u00e9serve et en accueillant sa prise de distance par rapport au langage traditionnel des th\u00e9ologiens, Teilhard met en \u0153uvre une conviction li\u00e9e \u00e0 sa foi. Elle repose sur un texte de l\u2019\u00e9vangile de Jean, au chapitre 12. \n<\/p>\n<p>\n  40 \n<\/p>\n<p><em>Evangile selon saint Jean<\/em>, chap. 12 : \u00ab <em>23 J\u00e9sus r\u00e9pond \u00e0 ses disciples : \u00ab\u00a0Voici venue l&rsquo;heure o\u00f9 doit \u00eatre glorifi\u00e9 le Fils de l&rsquo;homme. 24 En v\u00e9rit\u00e9, en v\u00e9rit\u00e9, je vous le dis, si le grain de bl\u00e9 <\/em>tomb\u00e9 en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s&rsquo;il meurt, il porte beaucoup de fruit. <em>[&#8230;] 27 Maintenant mon \u00e2me est troubl\u00e9e. Et que dire ? P\u00e8re, sauve-moi de cette heure ! Mais c&rsquo;est pour cela que je suis venu \u00e0 cette heure. 28 P\u00e8re, glorifie ton nom !\u00a0\u00bb Du ciel vint alors une voix : \u00ab\u00a0Je l&rsquo;ai glorifi\u00e9 et de nouveau je le glorifierai.\u00a0\u00bb <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  29 La foule qui se tenait l\u00e0 et qui avait entendu, disait qu&rsquo;il y avait eu un coup de tonnerre ; \n<\/p>\n<p><em>d&rsquo;autres disaient : \u00ab\u00a0Un ange lui a parl\u00e9.\u00a0\u00bb 30 J\u00e9sus reprit : \u00a0\u00bb Ce n&rsquo;est pas pour moi qu&rsquo;il y a eu <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  cette voix, mais pour vous. 31 C&rsquo;est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va \u00eatre jet\u00e9 dehors ; 32 et moi, une fois \u00e9lev\u00e9 de terre, <strong><em>j&rsquo;attirerai tout \u00e0 moi<\/em><\/strong><em>. \u00ab\u00a0\u00bb <\/em>\n<\/p>\n<p>\n  Dans sa derni\u00e8re manifestation au peuple, \u00e0 J\u00e9rusalem, J\u00e9sus est boulevers\u00e9. Il annonce sa mort et la pr\u00e9sente comme un passage pour la pl\u00e9nitude de gloire. La traduction habituelle est trop r\u00e9ductrice. Au verset 32, on le lit le terme grec \u00ab <em>pantas <\/em>\u00bb qui signifie \u00ab tous \u00bb. La traduction \u00ab tous les hommes \u00bb est une interpr\u00e9tation fort l\u00e9gitime, mais elle laisse dans l\u2019ombre la perspective d\u2019une nouvelle cr\u00e9ation. Teilhard lisait et m\u00e9ditait le Nouveau Testament en latin et il lisait \u00ab <em>omnia <\/em>\u00bb qui signifie \u00ab tout \u00bb se rapportant alors \u00e0 une nouvelle cr\u00e9ation (th\u00e9ologie d\u00e9velopp\u00e9e dans l\u2019Apocalypse). La lecture de Teilhard est la meilleure. Dans <em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne humain<\/em>, Teilhard ne fait ni de la cat\u00e9ch\u00e8se, ni de l\u2019apolog\u00e9tique. Il clarifie le chemin de sa pens\u00e9e avec le souci de l\u2019universel. Ce qui ressort de cette \u00ab philosophie naturelle \u00bb est l\u2019importance du d\u00e9sir de r\u00e9alisation optimale de l\u2019aspiration de tout \u00eatre. Il explicite dans cette voie les exigences qui donnent toute sa valeur au mot \u00ab esp\u00e9rance \u00bb. La d\u00e9marche de Teilhard permet de voir comment l\u2019esp\u00e9rance est inscrite dans l\u2019univers o\u00f9 tout aspire \u00e0 la r\u00e9alisation optimale de ses possibilit\u00e9s en m\u00eame temps que d\u2019en affirmer la transcendance. \n<\/p>\n<p>\n  Dominicaines des Tourelles Saint Matthieu de Tr\u00e9viers, 6,7 et 8 avril 2023 Jean-Michel Maldam\u00e9 \n<\/p>\n<p>\n  41 \n<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vivre l\u2019esp\u00e9rance \u00a0 Le propos sur l\u2019esp\u00e9rance a \u00e9t\u00e9 dominant dans la th\u00e9ologie du XXe si\u00e8cle. Il prend aujourd\u2019hui une dimension plus modeste. 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