{"id":1845,"date":"2022-03-27T09:58:24","date_gmt":"2022-03-27T07:58:24","guid":{"rendered":"https:\/\/memetemps.fr\/domtourelles\/?p=1845"},"modified":"2022-05-31T11:18:55","modified_gmt":"2022-05-31T09:18:55","slug":"dieu-notre-pere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/2022\/03\/27\/dieu-notre-pere\/","title":{"rendered":"4\u00e8me dimanche de Car\u00eame &#8211; Dieu notre P\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab Il y a deux hommes en moi \u00bb. Confidence entendue dans les propos des philosophes, des psychologues, des \u00e9crivains, des hommes politiques ou des artistes. Je la re\u00e7ois comme un constat \u2013 peu importe que ce soit autojustification, \u00e9go\u00efsme ou aveu d\u2019un \u00e9chec\u2026 Je l\u2019entends comme la reconnaissance d\u2019un fait et cela pour aller de l\u2019avant. \u00ab Deux hommes en moi \u00bb pour dire un manque d\u2019unit\u00e9 : des contradictions et des tensions, sources de malaise. Oui, deux forces \u00e0 l\u2019\u0153uvre en moi ; je les nomme \u00e0 la lumi\u00e8re de la parabole : il y a le grand fr\u00e8re et le petit fr\u00e8re.<\/p>\n<p>Le grand fr\u00e8re a toujours fait son devoir avec s\u00e9rieux et application. Le petit fr\u00e8re revient effondr\u00e9, \u00e9cras\u00e9 par l\u2019\u00e9chec d\u2019une vie gaspill\u00e9e en pleurant une vie perdue. L\u2019a\u00een\u00e9 et le cadet de la parabole ne sont pas deux moiti\u00e9s, mais deux forces en tension qui s\u2019opposent. Elles s\u2019affrontent. Je laisse aux c\u00e9l\u00e9brations p\u00e9nitentielles la le\u00e7on de morale qui oppose devoir et plaisir, s\u00e9rieux et caprice, justice et mis\u00e9ricorde ; je regarde les forces qui s\u2019affrontent et qui sont aux racines m\u00eame de la vie re\u00e7ue ; je vois que le conflit entre deux fr\u00e8res est d\u2019abord le fait de la jalousie. Oui, jalousie : telle est la racine du drame repr\u00e9sent\u00e9 dans la parabole dans l\u2019\u00e9vangile de Luc (15, 11-32).<\/p>\n<p>Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit \u00e0 son p\u00e8re : \u00ab\u00a0P\u00e8re, donne-moi la part de fortune qui me revient.\u00a0\u00bb Et le p\u00e8re leur partagea son bien. Peu de jours apr\u00e8s, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l&rsquo;inconduite. Quand il eut tout d\u00e9pens\u00e9, une famine s\u00e9v\u00e8re survint en cette contr\u00e9e et il commen\u00e7a \u00e0 sentir la privation. Il alla se mettre au service d&rsquo;un des habitants de cette contr\u00e9e, qui l&rsquo;envoya dans ses champs garder les cochons. Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. Rentrant alors en lui-m\u00eame, il se dit : \u00ab\u00a0Combien de mercenaires de mon p\u00e8re ont du pain en surabondance, et moi je suis ici \u00e0 p\u00e9rir de faim ! Je veux partir, aller vers mon p\u00e8re et lui dire : P\u00e8re j&rsquo;ai p\u00e9ch\u00e9 contre le Ciel et envers toi ; je ne m\u00e9rite plus d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9 ton fils, traite-moi comme l&rsquo;un de tes mercenaires.\u00a0\u00bb Il partit donc et s&rsquo;en alla vers son p\u00e8re. Tandis qu&rsquo;il \u00e9tait encore loin, son p\u00e8re l&rsquo;aper\u00e7ut et fut pris de piti\u00e9 ; il courut se jeter \u00e0 son cou et l&#8217;embrassa tendrement. Le fils alors lui dit : \u00ab\u00a0P\u00e8re, j&rsquo;ai p\u00e9ch\u00e9 contre le Ciel et envers toi, je ne m\u00e9rite plus d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9 ton fils.\u00a0\u00bb Mais le p\u00e8re dit \u00e0 ses serviteurs : \u00ab\u00a0Vite, apportez la plus belle robe et l&rsquo;en rev\u00eatez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voil\u00e0 \u00e9tait mort et il est revenu \u00e0 la vie ; il \u00e9tait perdu et il est retrouv\u00e9 !\u00a0\u00bb Et ils se mirent \u00e0 festoyer. Son fils a\u00een\u00e9 \u00e9tait aux champs. Quand, \u00e0 son retour, il fut pr\u00e8s de la maison, il entendit de la musique et des danses. Appelant un des serviteurs, il s&rsquo;enqu\u00e9rait de ce que cela pouvait bien \u00eatre. Celui-ci lui dit : \u00ab\u00a0C&rsquo;est ton fr\u00e8re qui est arriv\u00e9, et ton p\u00e8re a tu\u00e9 le veau gras, parce qu&rsquo;il l&rsquo;a recouvr\u00e9 en bonne sant\u00e9.\u00a0\u00bb Il se mit alors en col\u00e8re, et il refusait d&rsquo;entrer. Son p\u00e8re sortit l&rsquo;en prier. Mais il r\u00e9pondit \u00e0 son p\u00e8re : \u00ab\u00a0Voil\u00e0 tant d&rsquo;ann\u00e9es que je te sers, sans avoir jamais transgress\u00e9 un seul de tes ordres, et jamais tu ne m&rsquo;as donn\u00e9 un chevreau, \u00e0 moi, pour festoyer avec mes amis ; et puis ton fils que voici revient-il, apr\u00e8s avoir d\u00e9vor\u00e9 ton bien avec des prostitu\u00e9es, tu fais tuer pour lui le veau gras !\u00a0\u00bb Mais le p\u00e8re lui dit : \u00ab\u00a0Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est \u00e0 moi est \u00e0 toi. Mais il fallait bien festoyer et se r\u00e9jouir, puisque ton fr\u00e8re que voil\u00e0 \u00e9tait mort et il est revenu \u00e0 la vie ; il \u00e9tait perdu et il est retrouv\u00e9 !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La parabole nous montre un conflit entre deux fr\u00e8res sur fond de jalousie. C\u2019est universel. Quand un enfant (petit fr\u00e8re ou petite s\u0153ur) vient au monde, l\u2019a\u00een\u00e9 perd sa place d\u2019enfant roi. Vient en lui un d\u00e9sir : que disparaisse ce nouveau-n\u00e9. Il est de trop ! Quant au cadet, il ne peut rester dans le cadre convenu qui le laisse \u00e0 la derni\u00e8re place. La seule issue est de partir ; aller ailleurs, o\u00f9 il pourra dire \u00ab moi je \u00bb.<\/p>\n<p>Or voil\u00e0 que tout change lorsque le cadet revient vivant. Il a gaspill\u00e9 ses biens dans la vanit\u00e9 ; il a connu la d\u00e9tresse. Il revient de p\u00e9nitent et voici qu\u2019il est re\u00e7u comme un prince ! L\u2019a\u00een\u00e9 est furieux et il se laisse emporter par la col\u00e8re. Dans cet affrontement, le malheur se redouble. La jalousie est m\u00e8re du malheur.<\/p>\n<p>C\u2019est universel. En notre place de grand, nous ne pouvons pas accepter d\u2019\u00eatre d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 de notre place surtout si la charge des biens nous incombe et que nous n\u2019avons pas failli \u00e0 nos devoirs. En notre place de cadet, nous ne pouvons pas avoir oubli\u00e9 que, quoi que nous fassions, nous sommes de la famille et que rien ne peut faire que ce soit autrement. Ainsi, en nous s\u2019entrecroisent ces deux forces de vie dont le combat est source de col\u00e8re, de d\u00e9sespoir, voire de haine\u2026 Ces deux forces sont en nous et notre vie est divis\u00e9e \u00e0 l\u2019intime. Comment en sortir ? La parabole nous dit comment.<\/p>\n<p>D\u2019abord, il y a la parole du p\u00e8re \u00e0 son ain\u00e9 : \u00ab Tu es toujours avec moi \u00bb. Ensuite, c\u2019est le geste du p\u00e8re \u00e0 son fils cadet \u00e0 qui il emp\u00eache de prononcer des paroles d\u2019humiliation. Parabole du R\u00e8gne de Dieu ? Oui en v\u00e9rit\u00e9, car c\u2019est une parole de r\u00e9v\u00e9lation. L\u2019a\u00een\u00e9 et le cadet imaginaient le p\u00e8re autrement qu\u2019il se r\u00e9v\u00e8le. L\u2019un et l\u2019autre imaginaient sa paternit\u00e9 comme un univers de r\u00e8gles, d\u2019obligations, de traditions\u2026 Mais voil\u00e0 que le P\u00e8re agit tout autrement. C\u2019est le d\u00e9voilement d\u2019un amour plus grand que ce qu\u2019ils imaginaient.<\/p>\n<p>La parabole des deux fr\u00e8res en situation de rivalit\u00e9 n\u2019est pas un conte pour enfants.<\/p>\n<p>C\u2019est une clef pour notre vie personnelle et sociale.<\/p>\n<p>D\u2019abord, pour notre histoire personnelle. Non seulement pour clarifier nos relations en famille, mais pour mettre en \u0153uvre ce qui nous est donn\u00e9 en exemple par la figure du p\u00e8re : sortir du cercle destructeur de la jalousie. Nous le faisons en disant \u00e0 Dieu \u00ab notre P\u00e8re \u00bb. Ensuite, pour lire notre histoire collective o\u00f9 les guerres sont d\u2019autant plus cruelles quelles se d\u00e9roulent entre des peuples fr\u00e8res. La parabole nous apprend que le salut n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la seule descendance d\u2019Abraham selon la chair, le peuple de la Loi (la Torah) ; il n\u2019est pas limit\u00e9 aux fronti\u00e8res politiques, religieuses ou soci\u00e9tales !<\/p>\n<p>Le jour de P\u00e2ques nous c\u00e9l\u00e8brerons la victoire du Christ qui est descendu au s\u00e9jour des morts (les enfers) pour prendre avec lui toute l\u2019humanit\u00e9 symbolis\u00e9e par Adam et Eve et leur descendance, foule innombrable o\u00f9 chacun est aim\u00e9 pour ce qu\u2019il est. Quand notre p\u00e2que sera accomplie, chacun de nous sera accueilli. Aujourd\u2019hui, nous apprenons quelle sera la parole qui sera dite : rien d\u2019autre que ce qui est dans la parabole. \u00c0 l\u2019a\u00een\u00e9 il est dit : \u00ab Tu es toujours avec moi \u00bb ; au cadet, il est dit : \u00ab Tu es enfin revenu chez moi \u00bb. \u00c0 l\u2019un et l\u2019autre il est dit :<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates mes enfants. Objets de mon amour, l\u2019un et l\u2019autre irr\u00e9ductiblement distincts, mais enfants d\u2019une m\u00eame famille o\u00f9 la vie se re\u00e7oit et se donne \u00bb.<\/p>\n<p>4<sup>e<\/sup> dimanche de car\u00eame, monast\u00e8re de Chalais, 27 mars 2022<\/p>\n<p>Jean-Michel Maldam\u00e9<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00ab Il y a deux hommes en moi \u00bb. Confidence entendue dans les propos des philosophes, des psychologues, des \u00e9crivains, des hommes politiques ou des artistes. Je la re\u00e7ois comme un constat \u2013 peu importe que ce soit autojustification, \u00e9go\u00efsme ou aveu d\u2019un \u00e9chec\u2026 Je l\u2019entends comme la reconnaissance d\u2019un fait et cela pour [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[],"class_list":["post-1845","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-homelies22"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1845","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1845"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1845\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2029,"href":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1845\/revisions\/2029"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1845"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1845"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1845"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}