{"id":1799,"date":"2022-04-29T10:09:16","date_gmt":"2022-04-29T08:09:16","guid":{"rendered":"https:\/\/memetemps.fr\/domtourelles\/?p=1799"},"modified":"2022-05-31T11:18:21","modified_gmt":"2022-05-31T09:18:21","slug":"la-voie-la-verite-et-la-vie-3-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.domtourelles.fr\/index.php\/2022\/04\/29\/la-voie-la-verite-et-la-vie-3-la-vie\/","title":{"rendered":"P\u00e2ques 2022 &#8211; \u00ab\u00a0La Voie, la V\u00e9rit\u00e9 et la Vie\u00a0\u00bb 3 &#8211; La Vie"},"content":{"rendered":"<p><strong>3. La vie <\/strong><\/p>\n<p>La troisi\u00e8me conf\u00e9rence prend en compte le troisi\u00e8me terme de l\u2019expression de J\u00e9sus qui est l\u2019objet de notre r\u00e9flexion : <strong>la vie<\/strong>. Le mot \u00ab vie \u00bb est au centre de toutes les perplexit\u00e9s de la tradition philosophique et religieuse, personnelle ou soci\u00e9tale. La preuve en est la richesse du vocabulaire. En grec, il y a deux mots. Ils sont bien connus puisqu\u2019ils sont repris dans des termes d\u2019usage commun : zoologie et biologie : <em>zo\u00e8 <\/em>et <em>bios<\/em>. Le terme <em>zo\u00e8 <\/em>d\u00e9signe habituellement la vie comme telle, l\u2019insaisissable \u00e9nigme, tandis que <em>bios <\/em>se rapporte aux vivants et \u00e0 ce qui est li\u00e9 \u00e0 la vie humaine \u2013 que l\u2019on mange bio ou pas ! L\u2019h\u00e9breu n\u2019a pas de concept abstrait. Mais pour parler des vivants et de leur vie, les auteurs bibliques prennent des mots tir\u00e9s du concret : la chair, le sang, le souffle, le c\u0153ur, la parole&#8230; Ainsi leur propos \u00e9vite les sp\u00e9culations. Cela permet de rejoindre les sciences humaines comme la psychologie ou la psychanalyse. Le fran\u00e7ais a repris la tradition philosophique grecque o\u00f9 l\u2019on parle du corps et de l\u2019\u00e2me \u2013 ce qui donne un ton dualiste \u00e0 la philosophie : l\u2019\u00e2me ayant valeur de principe invisible du concret qui se donne \u00e0 voir, \u00e0 toucher, \u00e0 mouvoir&#8230; Contre le primat donn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2me immat\u00e9rielle, nombre de philosophes modernes influenc\u00e9s par les sciences se sont ralli\u00e9s pour la plupart \u00e0 une vision r\u00e9ductionniste \u2013 au point que Michel Henry a dit que la biologie ne sait pas ce qu\u2019est la vie. Ce philosophe t\u00e9moigne de l\u2019effort fait par la philosophie (tradition ph\u00e9nom\u00e9nologique) de retrouver la vie, \u00e0 partir de ce qui est v\u00e9cu. La d\u00e9marche part donc de la subjectivit\u00e9 humaine, la conscience de soi, en privil\u00e9giant la notion de \u00ab v\u00e9cu \u00bb comme ce qui est \u00e9prouv\u00e9. De cette exp\u00e9rience fondatrice en humanit\u00e9, la pens\u00e9e part pour parler des autres vivants.<\/p>\n<p>Je n\u2019entrerai pas dans les d\u00e9bats qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 ce propos. Je prendrai comme point de d\u00e9part un fait. Je prends comme point de d\u00e9part de la r\u00e9flexion cette d\u00e9finition : la vie c\u2019est ce qui se re\u00e7oit et se transmet (ou se donne). Il me semble que cela est universel. Tous nous avons re\u00e7u la vie ; elle nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. C\u2019est un fait \u2013 inscrit \u00e0 l\u2019\u00c9tat-civil, mais la mani\u00e8re dont cela est advenu et s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 est fondateur. Attention, si cela est donn\u00e9, il y a aussi le fait de la \u00ab recevoir \u00bb &#8211; ce verbe touche au c\u0153ur de la valeur de la vie10. Corr\u00e9lativement, la vie c\u2019est ce que nous devons transmettre. Mais l\u00e0 encore donner dit l\u2019essentiel de notre situation : la mani\u00e8re de donner est la clef d\u2019une vie heureuse. La d\u00e9finition de la vie comme ce qui est re\u00e7u et transmis ne suffit pas si elle s\u00e9pare les deux actes. Le don est don s\u2019il est re\u00e7u et la transmission est, elle aussi, un don.<\/p>\n<p>Je prends cette d\u00e9finition comme point de d\u00e9part pour avancer dans l\u2019intelligence de la formule trine employ\u00e9e par J\u00e9sus : voie, v\u00e9rit\u00e9, vie. Il y a entre ces trois termes une progression. Pour cette raison, le point de d\u00e9part pour la troisi\u00e8me conf\u00e9rence sera le point final de la pr\u00e9c\u00e9dente conf\u00e9rence : qui a point\u00e9 le sens du terme \u00ab <em>logos <\/em>\u00bb la Parole : non seulement les mots mais la pr\u00e9sence de celui qui s\u2019 adresse \u00e0 un autre. Nous commencerons donc par le prologue de Jean dont voici la traduction de la Bible de J\u00e9rusalem avec quelques mots grecs.<\/p>\n<p>10 Dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, Chateaubriand dit \u00e0 propos de sa venue au monde : \u00ab Ma m\u00e8re m\u2019a inflig\u00e9 la vie \u00bb. C\u2019est l\u00e0 dire la source de tant de d\u00e9tresses et de malheurs !<\/p>\n<p>1 Au commencement (e<em>n arch\u00ea<\/em>) \u00e9tait le Verbe (<em>logos<\/em>) et le Verbe \u00e9tait avec (<em>pros<\/em>) Dieu et le Verbe \u00e9tait (<em>\u00ean<\/em>) Dieu (<em>theos<\/em>).<br \/>\n2 Il \u00e9tait au commencement avec (<em>pros<\/em>) Dieu.<br \/>\n3 Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut.<\/p>\n<p>4 Ce qui fut en lui \u00e9tait la vie (zo\u00ea), et la vie \u00e9tait la lumi\u00e8re (<em>ph\u00f4s<\/em>) des hommes.<br \/>\n5 et la lumi\u00e8re luit dans les t\u00e9n\u00e8bres et les t\u00e9n\u00e8bres ne l&rsquo;ont pas saisie.<br \/>\n6 Il y eut un homme envoy\u00e9 de Dieu ; son nom \u00e9tait Jean.<br \/>\n7 Il vint pour t\u00e9moigner, pour rendre t\u00e9moignage \u00e0 la lumi\u00e8re, afin que tous crussent par lui. 8 Celui-l\u00e0 n&rsquo;\u00e9tait pas la lumi\u00e8re, mais il avait \u00e0 rendre t\u00e9moignage \u00e0 la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>9 Le Verbe \u00e9tait la lumi\u00e8re v\u00e9ritable (<em>h\u00ean to ph\u00f4s to al\u00eathinon<\/em>), qui \u00e9claire tout homme ; il venait dans le monde.<br \/>\n10 Il \u00e9tait dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l&rsquo;a pas reconnu.<br \/>\n11 Il est venu chez lui, et les siens ne l&rsquo;ont pas accueilli.<\/p>\n<p>12 Mais \u00e0 tous ceux qui l&rsquo;ont accueilli, il a donn\u00e9 pouvoir de devenir enfants de Dieu, \u00e0 ceux qui croient en son nom,<br \/>\n13 lui qui ne fut engendr\u00e9 ni du sang, ni d&rsquo;un vouloir de chair, ni d&rsquo;un vouloir d&rsquo;homme, mais de Dieu11.<\/p>\n<p>14 Et le Verbe s&rsquo;est fait chair et il a habit\u00e9 parmi nous, et nous avons contempl\u00e9 sa gloire, gloire qu&rsquo;il tient de son P\u00e8re comme Fils unique (<em>monogenos<\/em>), plein de gr\u00e2ce et de v\u00e9rit\u00e9 (<em>pl\u00ear\u00eas karitos kai al\u00eatheias<\/em>).<br \/>\n15 Jean lui rend t\u00e9moignage et il clame : \u00a0\u00bb C&rsquo;est de lui que j&rsquo;ai dit : Celui qui vient derri\u00e8re moi, le voil\u00e0 pass\u00e9 devant moi, parce qu&rsquo;avant moi il \u00e9tait. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>16 Oui, de sa pl\u00e9nitude (<em>ek tou pl\u00ear\u00f4matos autou<\/em>) nous avons tous re\u00e7u (<em>\u00eameis pantes elabomen<\/em>), et gr\u00e2ce pour gr\u00e2ce (<em>karin kai karitos<\/em>).<br \/>\n17 Car la Loi (<em>nomos<\/em>) fut donn\u00e9e par Mo\u00efse ; la gr\u00e2ce et la v\u00e9rit\u00e9 (<em>h\u00ea charis kai h\u00ea al\u00eatheia<\/em>) sont venues (<em>egeneto<\/em>) par J\u00e9sus Christ.<\/p>\n<p>18 Nul n&rsquo;a jamais vu Dieu ; le Fils unique (<em>monogen\u00eas<\/em>), qui est tourn\u00e9 vers le sein du P\u00e8re (<em>ho \u00f4n ton kolpon tou patros<\/em>), lui, l&rsquo;a fait conna\u00eetre.<\/p>\n<p><strong><em>1. La gr\u00e2ce et la v\u00e9rit\u00e9 <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le prologue est une pr\u00e9sentation globale de la vie de J\u00e9sus. Au plan litt\u00e9raire, il remplit une fonction : \u00eatre une introduction qui a une double fonction : donner envie de lire la suite et il annonce ce qui sera rapport\u00e9. Ainsi le propos sur la lumi\u00e8re annonce le r\u00e9cit de la gu\u00e9rison de l\u2019aveugle n\u00e9 et invite \u00e0 voir la singularit\u00e9 de cette action. De m\u00eame, la parole sur le rejet de J\u00e9sus par les siens annonce ce qui advient lors de la gu\u00e9rison du paralytique \u00e0 la piscine de Bethesda et du rejet qui s\u2019en suit. Etc. Tous les \u00e9pisodes sont annonc\u00e9s et cela suscite l\u2019int\u00e9r\u00eat de la lecture.<\/p>\n<p>Prendre en compte cette correspondance entre l\u2019introduction et le r\u00e9cit qui suit donne sens au terme \u00ab parole \u00bb (<em>logos<\/em>) qui dit l\u2019identit\u00e9 de J\u00e9sus. Celui-ci n\u2019est pas un proph\u00e8te comme les autres. Cela se voit \u00e0 mani\u00e8re dont il lie la parole et l\u2019action. Il y a un accord exemplaire et, en un sens, unique. Pour Jean, c\u2019est l\u00e0 que se tient la r\u00e9v\u00e9lation : la parole de J\u00e9sus n\u2019est pas seulement une sonorit\u00e9 porteuse de sens (un message) ; elle est porteuse d\u2019une puissance de salut : le paralytique se l\u00e8ve, l\u2019aveugle voit, Lazare sort du tombeau&#8230;<\/p>\n<p>11 La traduction manuscrite de ce verset est complexe. Il peut \u00eatre entendu des chr\u00e9tiens devenus enfants de Dieu. Nous avons gard\u00e9 la traduction de la Bible de J\u00e9rusalem \u2013 diff\u00e9rente de la traduction liturgique.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-1800\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/word-image-1.png\" \/><\/p>\n<p>Il y a l\u00e0 quelque chose de neuf. Nous avons vu dans l\u2019\u00e9tape pr\u00e9c\u00e9dente que la notion de parole \u00e9tait en lien avec la notion de v\u00e9rit\u00e9. Cette notion est associ\u00e9e \u00e0 une autre dans le Prologue. Elle est associ\u00e9e \u00e0 la notion de gr\u00e2ce. Au verset 13, J\u00e9sus est dit \u00ab plein de gr\u00e2ce et de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb et au verset 17 nous lisons : \u00ab La gr\u00e2ce (<em>charis<\/em>) et la v\u00e9rit\u00e9 (<em>al\u00eatheia<\/em>) sont venues par J\u00e9sus- Christ \u00bb. Le terme \u00ab gr\u00e2ce \u00bb explicite ce que nous avons pris comme point de d\u00e9part : lier la vie et le don. En effet le terme \u00ab gr\u00e2ce \u00bb dit le don g\u00e9n\u00e9reux.<\/p>\n<p><strong>1.1. Un accomplissement <\/strong><\/p>\n<p>Le rapport entre gr\u00e2ce et v\u00e9rit\u00e9 est interpr\u00e9t\u00e9 de mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente selon les auteurs12. Les diff\u00e9rences sont tout \u00e0 la fois th\u00e9ologiques et ex\u00e9g\u00e9tiques ; en particulier pour situer la mani\u00e8re de recevoir les textes de l\u2019Ancien Testament. Une piste est de d\u2019interpr\u00e9ter dans le sens de la philosophie grecque qui vise l\u2019immat\u00e9riel de la pens\u00e9e. Ce n\u2019est pas pertinent ici o\u00f9 il convient de rester dans l\u2019h\u00e9ritage biblique. Cela permet de voir que l\u2019essentiel du propos repose sur le fait que la r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019\u00e9vangile s\u2019inscrit dans un mouvement d\u2019accomplissement.<\/p>\n<p>Le texte se d\u00e9veloppe selon un mode classique dans l\u2019art oratoire (et ce pour faciliter la m\u00e9moire), le chiasme ou la mise en boucle : on d\u00e9roule, puis on enroule et la m\u00e9moire \u00e9largit et approfondit l\u2019esprit. On voit que l\u2019expression \u00ab plein de gr\u00e2ce et de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb du verset 14 est d\u00e9velopp\u00e9e au verset 16-17. Il y a alors un d\u00e9veloppement : les versets 16-17 explicitent ce qui est dit au verset 14 avec le mot \u00ab pl\u00e9nitude \u00bb qui ouvre le verset 16. Cela met en valeur le bin\u00f4me \u00ab gr\u00e2ce et v\u00e9rit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p><em>14 Et le Verbe s&rsquo;est fait chair et il a habit\u00e9 parmi nous, et nous avons contempl\u00e9 sa gloire, <\/em><strong>A1. <\/strong><em>gloire qu&rsquo;il tient de son P\u00e8re comme <\/em><strong><em>Fils unique, plein de gr\u00e2ce et de v\u00e9rit\u00e9<\/em><\/strong><em>. <\/em><\/p>\n<p><strong><em>B1 <\/em><\/strong><em>: 15 Jean lui rend t\u00e9moignage et il clame : \u00ab\u00a0C&rsquo;est de lui que j&rsquo;ai dit : Celui qui vient derri\u00e8re moi, le voil\u00e0 pass\u00e9 devant moi, parce qu&rsquo;avant moi il \u00e9tait. \u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong>C. <\/strong><em>16 Oui, <\/em><strong><em>de sa pl\u00e9nitude <\/em><\/strong><em>nous avons tous re\u00e7u, et gr\u00e2ce pour gr\u00e2ce.<\/em><br \/>\n<strong><em>B<\/em>2 : <\/strong>17 Car la Loi fut donn\u00e9e par Mo\u00efse ; <strong><em>la gr\u00e2ce et la v\u00e9rit\u00e9 <\/em><\/strong><em>sont venues par J\u00e9sus <\/em><\/p>\n<p><em>Christ. <\/em><\/p>\n<p><em>A2 <\/em>18 Nul n&rsquo;a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourn\u00e9 vers le sein du P\u00e8re, lui, l&rsquo;a fait <em>conna\u00eetre<\/em>.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab gr\u00e2ce \u00bb d\u00e9signe dans la Bible grecque la faveur ou le don. L\u2019emploi par Paul du terme montre que le deuxi\u00e8me sens prime sur le premier qui souligne la gratuit\u00e9 du don. Le mot d\u00e9signe en grec classique le don, le bienfait. Ce sens est pr\u00e9sent dans le Nouveau Testament. Il prend alors un sens th\u00e9ologique : c\u2019est un don de Dieu et Paul insiste sur le fait que c\u2019est un salut. Mais Paul oppose souvent la gr\u00e2ce et la loi. Ce que ne fait pas Jean.<\/p>\n<p>12 Plusieurs possibilit\u00e9s. 1. Ce serait une traduction de la Gen\u00e8se o\u00f9 Dieu se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 Mo\u00efse \u00ab plein d\u2019amour (<em>hesed<\/em>) et de fid\u00e9lit\u00e9 (<em>emeth<\/em>)\u00bb. Mais les mots de la traduction grecque (<em>eleos<\/em>) ne sont pas ceux de saint Jean. On ne peut directement appliquer les termes h\u00e9breux sur le Prologue. 2. Ce serait une opposition comme dans la th\u00e9ologie de l\u2019accomplissement. Le mot <em>al\u00eatheia <\/em>dirait la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb par opposition \u00e0 la \u00ab figure \u00bb. Ce n\u2019est pas dans le contexte de Jean ici. 3. Dans la sensibilit\u00e9 protestante, on peut privil\u00e9gier le mot gr\u00e2ce en soulignant la gratuit\u00e9 du don. Mais ce sont l\u00e0 des perspectives de saint Paul. 4. Une autre interpr\u00e9tation, plus catholique, donne au mot \u00ab v\u00e9rit\u00e9 \u00bb le sens de r\u00e9alit\u00e9 divine r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Mais il s\u2019agit ici de ce qui est advenu et donc par de la nature divine supra-temporelle. 5. Donner le m\u00eame sens aux deux versets 14 et 17 et entrer dans une perspective de r\u00e9v\u00e9lation : l\u2019\u00eatre de Dieu se donne \u00e0 conna\u00eetre dans ce qui a \u00e9t\u00e9 accompli par J\u00e9sus.<\/p>\n<p><strong>1.2. L\u2019amour et la gr\u00e2ce <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019emploi du terme \u00ab <em>charis <\/em>\u00bb par Jean a des ant\u00e9c\u00e9dents dans l\u2019A.T. On le trouve dans les psaumes (Ps 84, 12), mais surtout dans le livre de la Sagesse 3, 9 : \u00ab Les justes qui mettront en Dieu leur confiance comprendront <strong><em>la v\u00e9rit\u00e9 <\/em><\/strong>et ceux qui sont fid\u00e8les demeureront aupr\u00e8s de lui dans <strong><em>l\u2019amour <\/em><\/strong>car <strong><em>la gr\u00e2ce <\/em><\/strong>et <strong><em>la mis\u00e9ricorde <\/em><\/strong>sont pour les saints et sa visite pour ses \u00e9lus \u00bb. Quatre termes : v\u00e9rit\u00e9, amour, gr\u00e2ce et mis\u00e9ricorde. La v\u00e9rit\u00e9 est ici le dessein de Dieu sur les justes. L\u2019Auteur dit que si ce dessein semble obscur maintenant ; il para\u00eetra dans sa sagesse lors du jugement. La v\u00e9rit\u00e9 est li\u00e9e \u00e0 l\u2019amour13. Dans cette perspective, pour rester dans le dynamisme du singulier, la loi est mise en opposition \u00e0 la gr\u00e2ce de la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est le dynamisme d\u2019un don de Dieu.<\/p>\n<p>Le texte de Jean redouble la mention du mot \u00ab gr\u00e2ce \u00bb. Nous lisons : \u00ab <em>Oui, de sa pl\u00e9nitude nous avons tous re\u00e7u, et gr\u00e2ce pour gr\u00e2ce. \u00bb <\/em>En grec : <em>karin anti karitos. <\/em><\/p>\n<p>La lecture imm\u00e9diate voit qu\u2019il y a un remplacement : une premi\u00e8re gr\u00e2ce, la loi de Mo\u00efse, a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par une gr\u00e2ce meilleure et ce par J\u00e9sus. C\u2019est l\u00e0 le mouvement de la vie: une croissance vers un ach\u00e8vement d\u2019accomplissement. Le redoublement est une mani\u00e8re de dire la valeur de J\u00e9sus, mais aussi de souligner le mouvement : il y a un passage de Mo\u00efse (la Loi), \u00e0 J\u00e9sus (la gr\u00e2ce). Le don par J\u00e9sus d\u00e9passe le don par Mo\u00efse. Comme il est dit au verset 17 : Car la Loi fut donn\u00e9e par Mo\u00efse ; <strong><em>la gr\u00e2ce et la v\u00e9rit\u00e9 <\/em><\/strong><em>sont venues par J\u00e9sus Christ. <\/em>Le prologue se situe dans un mouvement d\u2019accomplissement. C\u2019est une mani\u00e8re de dire la vie.<\/p>\n<p>Le rapprochement est fond\u00e9 sur l\u2019Ancien Testament. Le mouvement qui va de la Loi \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9 est pr\u00e9sent dans les psaumes, en particulier dans le psaume 119 (118) qui fait l\u2019\u00e9loge de la Loi. Pour les Juifs, la loi est un don de Dieu qui est source de vie. Dans ce contexte, le psaume dit que \u00ab la loi est v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, parce qu\u2019elle est r\u00e9v\u00e9lation de Dieu. Il ne s\u2019agit pas seulement de r\u00e8gles de vie ou de morale (une \u00ab loi \u00bb). Il en va de m\u00eame dans la litt\u00e9rature juive (\u00e0 Qumran de mani\u00e8re importante) o\u00f9 la loi est la v\u00e9rit\u00e9 des pr\u00e9ceptes de Dieu.<\/p>\n<p>La r\u00e9p\u00e9tition \u00ab loi et v\u00e9rit\u00e9 \u00bb ne met pas la loi et la v\u00e9rit\u00e9 sur le m\u00eame plan, mais dans un mouvement : celui de la vie. La loi porte la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 mettre en \u0153uvre. Le mouvement qui les porte est celui du don de Dieu. Ce mouvement a \u00e9t\u00e9 un d\u00e9passement.<\/p>\n<p>13 Un autre emploi significatif est dans l\u2019\u00e9p\u00eetre de Jean : \u00ab <em>1 Moi, l&rsquo;Ancien, \u00e0 la Dame \u00e9lue et \u00e0 ses enfants, que j&rsquo;aime en v\u00e9rit\u00e9 &#8211; non pas moi seulement mais tous ceux qui ont connu la V\u00e9rit\u00e9 &#8211; 2 en raison de la v\u00e9rit\u00e9 qui demeure en nous et restera avec nous \u00e9ternellement. 3 Avec nous seront <\/em><strong><em>gr\u00e2ce, mis\u00e9ricorde, paix<\/em><\/strong><em>, de la part de Dieu le P\u00e8re et de la part de J\u00e9sus Christ, le Fils du P\u00e8re, <\/em><strong><em>en v\u00e9rit\u00e9 et amour<\/em><\/strong><em>. <\/em>\u00bb Il a un lien entre v\u00e9rit\u00e9 et amour ! La trilogie \u00ab gr\u00e2ce, mis\u00e9ricorde et paix \u00bb est habituelle dans les salutations chr\u00e9tiennes. Les mots d\u00e9signent l\u2019exp\u00e9rience chr\u00e9tienne du don de Dieu qui d\u00e9bouche sur la vie \u00e9ternelle. Le premier mot se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un don de Dieu qui se d\u00e9ploie ensuite dans des situations diverses. Ce don a des ant\u00e9c\u00e9dents dans la Loi de Mo\u00efse et l\u2019histoire du peuple \u00e9lu. La pr\u00e9sence de J\u00e9sus est un accomplissement.<\/p>\n<p>On a un parall\u00e8le entre le verset 17 de Jean et la salutation de l\u2019\u00e9p\u00eetre : La loi (<em>nomos<\/em>)&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230; la gr\u00e2ce (<em>charis<\/em>) et la v\u00e9rit\u00e9 (<em>aletheia<\/em>)<br \/>\npar Mo\u00efse&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.par J\u00e9sus-Christ donn\u00e9e&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..advenue<\/p>\n<p><strong>1.3. \u00ab La gr\u00e2ce de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb : la vie donn\u00e9e <\/strong><\/p>\n<p>Le sens des termes <em>karis <\/em>(gr\u00e2ce), de l\u2019expression \u00ab <em>karin anti karin <\/em>\u00bb (\u00ab gr\u00e2ce sur gr\u00e2ce \u00bb) et l\u2019expression <em>h\u00ea charis kai \u00ea al\u00eateia14 <\/em>confirme que la Loi de Mo\u00efse a laiss\u00e9 place \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 plus riche : la pr\u00e9sence de Dieu qui est source de vie.<\/p>\n<p>L\u2019expression \u00ab gr\u00e2ce de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb d\u00e9signe des \u00e9v\u00e9nements advenus avec Mo\u00efse d\u2019abord, avec J\u00e9sus enfin. \u00ab Car la Loi fut donn\u00e9e par Mo\u00efse ; <strong><em>la gr\u00e2ce et la v\u00e9rit\u00e9 <\/em><\/strong><em>sont venues par J\u00e9sus Christ \u00bb <\/em>Mo\u00efse est pr\u00e9sent\u00e9 comme m\u00e9diateur de la R\u00e9v\u00e9lation. J\u00e9sus est plus que Mo\u00efse : il est le chemin. La loi \u00e9tait un don, mais la gr\u00e2ce est le don par excellence.<\/p>\n<p>L\u2019opposition entre Mo\u00efse et J\u00e9sus-Christ, entre \u00ab la Loi \u00bb et la \u00ab gr\u00e2ce et la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, marque le passage entre deux \u00e9tapes de l\u2019histoire du salut. Il s\u2019agit en effet d\u2019\u00e9v\u00e9nements fondateurs. Le temps est l\u2019aoriste15, qui dit des \u00e9v\u00e9nements, des moments pr\u00e9cis du pass\u00e9. Ce sont des dons de Dieu : la Loi et la gr\u00e2ce de la v\u00e9rit\u00e9. Il y a deux \u00ab \u00e9conomies \u00bb : la loi et la gr\u00e2ce. La Loi \u00ab a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00bb &#8211; c\u2019est le pass\u00e9. Le pr\u00e9sent est le temps de la gr\u00e2ce. La m\u00e9diation de Mo\u00efse est diff\u00e9rente de celle de J\u00e9sus-Christ. Mo\u00efse a \u00e9t\u00e9 choisi pour \u00eatre le m\u00e9diateur de l\u2019alliance du Sina\u00ef ; J\u00e9sus pour \u00eatre le m\u00e9diateur de la nouvelle alliance. J\u00e9sus est plus que Mo\u00efse. Il introduit \u00e0 une vie en participation avec Dieu.<\/p>\n<p>Si la Loi \u00e9tait un don, la v\u00e9rit\u00e9 est un don meilleur : une gr\u00e2ce, le don par excellence. Jean consid\u00e8re donc que la <em>Tora <\/em>\u00e9tait une r\u00e9v\u00e9lation incompl\u00e8te et provisoire. Ceci appara\u00eet au verset 14 : \u00ab Le Verbe devint chair&#8230;. Plein de gr\u00e2ce et de v\u00e9rit\u00e9 16 \u00bb. Les versets 16-17 disent la venue dans le temps et le verset 17 dit la transcendance. Le livre qui suit rapportera comment cela est advenu. D\u00e8s l\u2019introduction, la notion th\u00e9ologique d\u2019accomplissement manifeste ce que sera la vie, la vie de Dieu partag\u00e9e avec les humains ! Quel partage ?<\/p>\n<p><strong><em>2. Le Verbe fait chair <\/em><\/strong><\/p>\n<p>La mani\u00e8re dont Dieu partage sa vie est dite par l\u2019expression \u00ab le Verbe fait chair \u00bb. Cette expression est bien connue, car elle est dans le Symbole des ap\u00f4tres. Pour sortir de l\u2019habitude prise en la disant, il faut relever la mani\u00e8re dont le prologue l\u2019emploie \u2013 c\u2019est de mani\u00e8re subtile. En effet, elle suscite la curiosit\u00e9 du lecteur qui ouvrira le livre qui montre comment cela s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019expression est prise dans un texte bien rythm\u00e9 :<\/p>\n<p>14 La figure est dite hendiadys : une r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame sens pour une amplification<br \/>\n15 Le verbe <em>egeneto <\/em>est employ\u00e9 pour dire un \u00e9v\u00e9nement. Dans le prologue on rencontre \u00e0 six reprises le verbe \u00ab <em>egeneto <\/em>\u00bb (advenir) un aoriste qui contraste avec le parfait (<em>\u00ean<\/em>). Nous lisons : v. 3 : <em>panta di autou egeneto <\/em>; v. 10 : <em>ho kosmos di autou egeneto <\/em>; v 17 : <em>h\u00ea charis kai h\u00ea al\u00eatheia dia I\u00easou Christou egeneto.<\/em><br \/>\n16 Il faut noter l\u2019importance du terme \u00ab J\u00e9sus-Christ \u00bb. Cette nomination est rare dans l\u2019\u00e9vangile de Jean. Elle figure dans la confession de foi de Marthe \u00ab Je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui devait venir dans le monde \u00bb (Jn 11, 27). Les deux termes (Christ et Fils de Dieu) r\u00e9sument la christologie de saint Jean. Deux perspectives: la perspective messianique et la perspective th\u00e9ologique. C\u2019est un point clef: la transcendance est li\u00e9e \u00e0 la personne dans sa condition humaine. C\u2019est la th\u00e9ologie du chap. 17.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" width=\"114\" height=\"1\" class=\"wp-image-1801\" src=\"http:\/\/rzihows.cluster031.hosting.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/word-image-2.png\" \/><\/p>\n<p><em>Le Verbe s\u2019est fait chair<\/em><br \/>\n<em>Et il a habit\u00e9 parmi nous <\/em><\/p>\n<p><em>Et nous avons vu sa gloire <\/em><\/p>\n<p><em>Gloire comme unique-engendr\u00e9 venant du P\u00e8re Plein de gr\u00e2ce et de v\u00e9rit\u00e9 <\/em><\/p>\n<p>Dans cette construction, il y a trois acteurs : le Verbe, les disciples et de nouveau le Fils (Le Verbe incarn\u00e9) dont la richesse et explicit\u00e9e : il est \u00ab plein de gr\u00e2ce et de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb. C\u2019est une mani\u00e8re d\u2019expliciter le terme \u00ab gloire \u00bb. \u00ab Plein de gr\u00e2ce \u00bb dit la pl\u00e9nitude. Ainsi, \u00ab gr\u00e2ce \u00bb dit la perfection de l\u2019homme J\u00e9sus-Christ et \u00ab v\u00e9rit\u00e9 \u00bb dit l\u2019ach\u00e8vement de la r\u00e9v\u00e9lation, la pl\u00e9nitude. Ces termes disent la vie qui vient du P\u00e8re (v.14 \u00ab \u00ab la gloire venant du P\u00e8re \u00bb).<\/p>\n<p><strong>2.1. La gloire <\/strong><\/p>\n<p>La gloire est non seulement vue, mais \u00ab contempl\u00e9e \u00bb (<em>etheasametha<\/em>)17. Cette gloire manifeste l\u2019identit\u00e9 de celui qui se manifeste \u00ab fils \u00bb (unique-engendr\u00e9), car elle vient du P\u00e8re. L\u2019expression \u00ab venant du P\u00e8re \u00bb indique l\u2019origine de la mission de J\u00e9sus qui est l\u2019envoy\u00e9 du P\u00e8re. Le langage est celui de la vie qui se donne. C\u2019est explicit\u00e9 par l\u2019emploi du verbe \u00ab engendrer \u00bb.<\/p>\n<p>Le mot le plus important (au plan th\u00e9ologique) et \u00ab unique-engendr\u00e9 \u00bb (<em>monogenos<\/em>). Il se traduit par unique \u2013 <em>unigenitus <\/em>en latin \u2013 Le mot grec <em>genos <\/em>dit la race, l\u2019esp\u00e8ce, le genre, le peuple&#8230;Ce qui ouvre sur des traductions de divers niveau dogmatique. Or mot compos\u00e9 de <em>genos <\/em>et d\u2019un qualificatif est plus sp\u00e9cialement utilis\u00e9 pour dire la situation en famille (nouveau-n\u00e9, n\u00e9 dans la maison, n\u00e9 depuis longtemps, n\u00e9 le dernier&#8230;) Cela pr\u00e9cise la situation de la venue au monde avec une pr\u00e9cision sur la g\u00e9n\u00e9ration, la vie qui se donne. Le terme \u00ab unique \u00bb d\u00e9signe une excellence (valeur irrempla\u00e7able par son \u00eatre plus que par richesse, beaut\u00e9 ou intelligence&#8230;) et un amour de pr\u00e9dilection. Pour cette raison, le terme grec n\u2019est pas seulement une num\u00e9ration, mais il souligne que c\u2019est une g\u00e9n\u00e9ration \u2013 en effet, la vie se manifeste comme vie dans la f\u00e9condit\u00e9 (ce que l\u2019\u00e9p\u00eetre de Jean d\u00e9veloppe longuement). Cette origine fonde l\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui a \u00e9t\u00e9 contempl\u00e9, c\u2019est la gloire (<em>doxa<\/em>). Le terme traduit l\u2019h\u00e9breu qui parle de la manifestation de Dieu dans sa saintet\u00e9, sa majest\u00e9 et son dynamisme. L\u2019expression de cette manifestation est pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00ab gloire \u00bb. Le registre de vocabulaire est celui de la lumi\u00e8re. La gloire est une manifestation qui n\u2019est pas seulement lumi\u00e8re mat\u00e9rielle, r\u00e9v\u00e9lation dans des actes de salut. L\u00e0 encore, le texte renvoie \u00e0 la lecture du livre qui dira les \u0153uvres de J\u00e9sus et comment il les a v\u00e9cues.<\/p>\n<p>Ce sens est pr\u00e9sent dans la conclusion de la vie publique de J\u00e9sus au chapitre 12. Au versets 39-40, l\u2019\u00e9vang\u00e9liste renvoie \u00e0 la vision d\u2019Isa\u00efe qui souligne que la manifestation de la gloire de Dieu est barr\u00e9e par un aveuglement. C\u2019est la situation de J\u00e9sus qui fait les signes de la venue du royaume mais qui ne sont pas re\u00e7us. La gloire est per\u00e7ue dans la foi. C\u2019est ce que J\u00e9sus dit \u00e0 Marthe \u00ab Tu verras la gloire de Dieu \u00bb (11, 40). En effet, J\u00e9sus le dit \u00e0 propos de la<\/p>\n<p>17 La premi\u00e8re \u00e9p\u00eetre pr\u00e9cise que ce sont les disciples qui ont contempl\u00e9 (1 Jn 1,14).<\/p>\n<p>situation de Lazare : \u00ab cette maladie est pour la gloire de Dieu \u00bb (11, 4). Ainsi il y a un lien entre ce que J\u00e9sus fait et la manifestation de la gloire de Dieu. Cette manifestation n\u2019est plus l\u2019\u00e9clat d\u2019une th\u00e9ophanie dans le style de l\u2019Exode ou de la vision inaugurale d\u2019Isa\u00efe : elle est source de vie.<\/p>\n<p>Dans ces \u0153uvres, se manifeste l\u2019ob\u00e9issance de J\u00e9sus \u00e0 son P\u00e8re pour la r\u00e9alisation de son Projet de salut. Ainsi au chapitre 13, quand Judas s\u2019en va pour le livrer, J\u00e9sus dit \u00ab Maintenant le Fils de l\u2019homme a \u00e9t\u00e9 glorifi\u00e9 et Dieu a \u00e9t\u00e9 glorifi\u00e9 en lui \u00bb (13,32-31). Ce qui est en jeu c\u2019est la r\u00e9alisation de la volont\u00e9 du P\u00e8re dans un projet qui traduit son amour pour les siens. Ce chemin n\u2019est pas celui des grandeurs du \u00ab monde mondain \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements que fait r\u00e9f\u00e9rence le Prologue quand il dit : \u00ab nous avons contempl\u00e9 sa gloire \u00bb. Il ne s\u2019agit pas ici de la contemplation comme Mo\u00efse ou \u00c9lie, mais ce qui a paru dans la vie et les \u0153uvres de J\u00e9sus18. La gloire c\u2019est la manifestation de J\u00e9sus aux siens : la r\u00e9surrection de Lazare est l\u2019ach\u00e8vement de ce processus de salut qui est victoire de la vie sur la mort.<\/p>\n<p><strong>2.2. La pl\u00e9nitude <\/strong><\/p>\n<p>La pl\u00e9nitude (<em>pl\u00eares \/ pl\u00earoma<\/em>) c\u2019est le contraire du vide. Cette pl\u00e9nitude est appliqu\u00e9 au Fils \u00ab unique-engendr\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Le sens n\u2019est pas mat\u00e9riel \u2013 comme dans la physique du temps ; il dit une richesse qui rel\u00e8ve de l\u2019esprit et cela concerne la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Le parall\u00e9lisme le montre<br \/>\nv. 14 <em>Plein <\/em>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;v 16-17 <em>De sa pl\u00e9nitude nous avons tous re\u00e7u de la gr\u00e2ce <\/em>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230; <em>une gr\u00e2ce \u00e0 la place d\u2019une autre gr\u00e2ce <\/em>;<br \/>\n<em>de la v\u00e9rit\u00e9<\/em>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230; car&#8230; <em>la gr\u00e2ce de la v\u00e9rit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 faite par J\u00e9sus-Christ <\/em><\/p>\n<p>Donc apr\u00e8s avoir dit qu\u2019il y a don de la pl\u00e9nitude il est pr\u00e9cis\u00e9 que c\u2019est gr\u00e2ce et v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Autre parall\u00e9lisme.<\/p>\n<p><em>v.12-13 \u00e0 ceux qui l\u2019ont re\u00e7u il a donn\u00e9&#8230;. v. 16-17 de sa pl\u00e9nitude nous avons re\u00e7u pouvoir de devenir enfant de Dieu<\/em>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;. <em>le don de la v\u00e9rit\u00e9 <\/em><\/p>\n<p>Le verbe \u00ab recevoir \u00bb dit le point de vue des croyants qui re\u00e7oivent le don.<br \/>\nAu verset 12 c\u2019est devenir \u00ab enfant de Dieu \u00bb, au verset 17 c\u2019est le don de la v\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nIl y a un lien entre le don de la filiation et le don de la v\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nCette v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas une r\u00e9v\u00e9lation quelconque, mais la r\u00e9v\u00e9lation de ce que J\u00e9sus est en lui- m\u00eame.<\/p>\n<p>En conclusion : le lien entre le don d\u2019\u00eatre enfant de Dieu et le don de la v\u00e9rit\u00e9 sont le corollaire de l\u2019acte d\u2019accueillir et par l\u00e0 d\u2019entrer dans la vie. Il y a un seul et m\u00eame don. Le don du Fils unique est un don fondateur qui a deux aspects : devenir enfant de Dieu et recevoir la v\u00e9rit\u00e9 \u2013 cela parce que J\u00e9sus, est \u00ab le Fils unique venant du P\u00e8re plein de la gr\u00e2ce de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>18 Jean ignore la transfiguration des synoptiques.<\/p>\n<p>Donc la v\u00e9rit\u00e9 du Christ, c\u2019est le myst\u00e8re de sa filiation ; il est le \u00ab fils unique venant du P\u00e8re \u00bb. Tel est le sens du mot \u00ab vie \u00bb.<\/p>\n<p><strong>2.3. La r\u00e9v\u00e9lation <\/strong><\/p>\n<p>Le verset 14 \u00ab Fils unique venant du P\u00e8re, plein de la gr\u00e2ce de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb dit que la v\u00e9rit\u00e9 du Christ c\u2019est le myst\u00e8re de sa filiation. Cela concerne la filiation des chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit \u00e9vang\u00e9lique manifeste que cette r\u00e9v\u00e9lation se fera progressivement par mani\u00e8re de d\u00e9voilement. Il faut revenir au parall\u00e9lisme entre 14 et 18<br \/>\n<em>14 Et le Verbe s&rsquo;est fait chair et il a habit\u00e9 parmi nous, et nous avons contempl\u00e9 sa gloire, <\/em><\/p>\n<p><strong>A1. <\/strong><em>gloire qu&rsquo;il tient de son P\u00e8re comme <\/em><strong><em>Fils unique, plein de gr\u00e2ce et de v\u00e9rit\u00e9<\/em><\/strong><em>.<\/em><br \/>\n<strong><em>B1 <\/em><\/strong><em>: 15 Jean lui rend t\u00e9moignage et il clame : \u00a0\u00bb C&rsquo;est de lui que j&rsquo;ai dit : Celui qui vient derri\u00e8re moi, le voil\u00e0 pass\u00e9 devant moi, parce qu&rsquo;avant moi il \u00e9tait. \u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong>C. <\/strong><em>16 Oui, de sa pl\u00e9nitude nous avons tous re\u00e7u, et gr\u00e2ce pour gr\u00e2ce.<\/em><br \/>\n<strong><em>B<\/em>2 : <\/strong>17 Car la Loi fut donn\u00e9e par Mo\u00efse ; <strong><em>la gr\u00e2ce et la v\u00e9rit\u00e9 <\/em><\/strong><em>sont venues par J\u00e9sus <\/em><\/p>\n<p><em>Christ. <\/em><\/p>\n<p><em>A2 <\/em>18 Nul n&rsquo;a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourn\u00e9 vers le sein du P\u00e8re, lui, l&rsquo;a fait <em>conna\u00eetre <\/em>( <em>ex\u00eagesthai<\/em>).<\/p>\n<p>Le verbe <em>ex\u00eagesthai <\/em>a plusieurs sens. Il dit \u00ab raconter \u00bb, mais aussi la t\u00e2che du p\u00e9dagogue d\u2019\u00ab accompagner \u00bb l\u2019\u00e9l\u00e8ve dans son chemin d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la connaissance. Il dit la manifestation et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 inconnue auparavant. Il dit la r\u00e9v\u00e9lation par Dieu dans l\u2019histoire du salut. Ce sens appara\u00eet dans la litt\u00e9rature juive du monde \u00ab sapientiel \u00bb. Le chemin de la Sagesse est celui d\u2019un accompagnement, ou encore de suivre une trace, de scruter les traces et de d\u00e9couvrir. Dans la litt\u00e9rature biblique de Sagesse on insiste sur le fait que Dieu est inconnu19.<\/p>\n<p>L\u2019emploi du terme souligne qu\u2019il s\u2019agit du myst\u00e8re de Dieu qui n\u2019est accessible que par r\u00e9v\u00e9lation !<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce sens sapientiel que s\u2019entend le verbe employ\u00e9 par Jean \u00ab <em>ex\u00eag\u00easato <\/em>\u00bb : J\u00e9sus a racont\u00e9, annonc\u00e9. On comprend alors l\u2019opposition entre la loi et la gr\u00e2ce. La loi demande l\u2019ob\u00e9issance sans expliquer ; la gr\u00e2ce explique ce qui est demand\u00e9.<br \/>\nNous lisons aux 17-18. \u00ab <em>La Loi fut donn\u00e9e par l\u2019entremise de Mo\u00efse<\/em><br \/>\n<em>La gr\u00e2ce et la v\u00e9rit\u00e9 vint par J\u00e9sus Christ.<\/em><br \/>\n<em>Nul n\u2019a jamais vu Dieu <\/em>;<br \/>\n<em>Le Fils unique, tourn\u00e9 vers le sein du P\u00e8re,<\/em><br \/>\n<em>Lui apporta la r\u00e9v\u00e9lation <\/em>\u00bb<br \/>\nLe fondement de cette r\u00e9v\u00e9lation est que J\u00e9sus est le \u00ab fils unique \u00bb (v.14).<\/p>\n<p>19 Voir Siracide 18, 5 \u00ab <em>La puissance de sa majest\u00e9, qui pourra la mesurer, et qui pourra raconter ses mis\u00e9ricordes ? <\/em>\u00bb). Le verbe dit l\u2019action et la d\u00e9couverte de ce que l\u2019humanit\u00e9 ne peut d\u00e9couvrir par elle-m\u00eame. Ce propos est classique dans le judaisme. On lit dans le Siracide: \u00ab <em>27 Nous pourrions nous \u00e9tendre sans \u00e9puiser <\/em>le sujet ; en un mot : \u00ab\u00a0Il est toutes choses.\u00a0\u00bb 28 O\u00f9 trouver la force de le glorifier? Car il est le Grand, au-dessus <em>de toutes ses \u0153uvres, 29 Seigneur redoutable et souverainement grand, dont la puissance est admirable. 30 Que vos louanges exaltent le Seigneur, selon votre pouvoir, car il vous d\u00e9passe. Pour l&rsquo;exalter d\u00e9ployez vos forces, ne vous lassez pas, car vous n&rsquo;en finirez pas. 31 Qui l&rsquo;a vu et pourrait en rendre compte? Qui peut le glorifier comme il le m\u00e9rite ? 32 Il reste beaucoup de myst\u00e8res plus grands que ceux-l\u00e0, car nous n&rsquo;avons vu qu&rsquo;un petit nombre de ses \u0153uvres. 33 Car c&rsquo;est le Seigneur qui a tout cr\u00e9\u00e9, et aux hommes pieux il a donn\u00e9 la sagesse. <\/em>\u00bb<\/p>\n<p><strong><em>3. Le sein du P\u00e8re <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le prologue pr\u00e9cise : \u00ab le Fils unique tourn\u00e9 vers le sein du P\u00e8re \u00bb. Cette expression d\u00e9crit la relation du P\u00e8re et du Fils et le mouvement dans lequel se trouve l\u2019humanit\u00e9<\/p>\n<p><strong>3.1. Le sein du P\u00e8re <\/strong><\/p>\n<p>Le mot traduit par \u00ab sein \u00bb (en grec <em>kolpos<\/em>) d\u00e9signe le thorax : la partie du corps qui se trouve entre les deux \u00e9paules et les bras ouverts qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une femme ou d\u2019un homme. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019on tient un enfant ; pour cette raison, il dit la tendresse manifest\u00e9e dans les gestes de l\u2019enfance. L\u2019expression dit la tendresse et l\u2019affection. Il se traduirait bien par \u00ab c\u0153ur \u00bb au sens affectif du terme.<\/p>\n<p>Le terme d\u00e9signe un acte personnel d\u2019amour : l\u2019amour des parents, du proche, des amis, de Dieu&#8230; C\u2019est l\u00e0 la source de la \u00ab vraie vie20 \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019expression de Jean est particuli\u00e8re. En grec habituellement on dit \u00ab dans le sein \u00bb (en grec <em>en t\u00f4 kolp\u00f4<\/em>) ; Jean dit : \u00ab <em>ho \u00f4n eis ton kolpon <\/em>\u00bb le terme grec \u00ab <em>eis <\/em>\u00bb se rapporte \u00e0 un mouvement et accompagne un verbe de mouvement. Pourquoi ?<\/p>\n<p>Il est un autre passage qui dans le prologue dit le mouvement : le verset 2 \u00ab <em>pros ton Theon <\/em>\u00bb doit se traduire : \u00ab le Logos \u00e9tait tourn\u00e9 vers Dieu \u00bb.<\/p>\n<p>De ce rapprochement, on peut conclure que le mouvement est important puisqu\u2019il est nomm\u00e9 au d\u00e9but et \u00e0 la fin. On doit donc entendre le dernier verset comme \u00ab Le Fils unique qui est tourn\u00e9 vers le sein du P\u00e8re, il fut, lui, la r\u00e9v\u00e9lation \u00bb.<\/p>\n<p><strong>3.2. Le Fils bien-aim\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Le sujet de la phrase est \u00ab Le Fils unique \u00bb. C\u2019est un titre propre \u00e0 saint Jean. Ce titre a le m\u00e9rite de lier l\u2019intime de la vie de Dieu avec ce qui s\u2019est manifest\u00e9 dans l\u2019action et les paroles du Christ. Jean emploie aussi l\u2019expression \u00ab fils bien-aim\u00e9 \u00bb. Il y a une connotation de l\u2019amour comme en Jn 3 : \u00ab Dieu a tant aim\u00e9 le monde qu\u2019il a donn\u00e9 son Fils unique \u00bb (3,16). C\u2019est dans le don que se manifeste l\u2019amour.<\/p>\n<p>L\u2019image expressive de \u00ab sein ou c\u0153ur \u00bb dit un rapport d\u2019amour qui est r\u00e9ciproque entre le P\u00e8re et le Fils. La r\u00e9ciprocit\u00e9 dans l\u2019amour. Jean insiste sur ce point : \u00ab <em>Le P\u00e8re aime le Fils et a tout remis entre ses mains <\/em>\u00bb (Jn 3,35). \u00ab <em>Le P\u00e8re aime le Fils et lui montre tout ce qu\u2019il fait <\/em>\u00bb (Jn 5, 20) \u00ab <em>Le P\u00e8re m\u2019aime parce que je donne ma vie, pour la reprendre <\/em>\u00bb (Jn 10,17). \u00ab <em>Comme le P\u00e8re m\u2019a aim\u00e9, moi aussi je vous ai aim\u00e9s <\/em>; demeurez dans mon amour \u00bb (Jn 15,9). J\u00e9sus dit au P\u00e8re : \u00ab <em>Tu m\u2019as aim\u00e9 depuis la fondation du monde <\/em>\u00bb (17,24). \u00ab <em>Je leur ai fait conna\u00eetre ton nom et le leur ferai conna\u00eetre, pour que l\u2019amour dont tu m\u2019as aim\u00e9 soit en eux et moi en eux <\/em>\u00bb (17,26). \u00ab <em>Il faut que le monde reconnaisse que j\u2019aime le P\u00e8re et que je fais comme le P\u00e8re m\u2019a command\u00e9 <\/em>\u00bb (14,30).<\/p>\n<p>L\u2019amour du P\u00e8re et du Fils est r\u00e9ciproque : c\u2019est une communion ! (Jn 17, 20-23)<\/p>\n<p>Tout ceci est au fondement de l\u2019image qui ach\u00e8ve le Prologue. Un amour de communion dans une relation qui est celle du P\u00e8re pour le Fils. C\u2019est \u00e0 cette communion qu\u2019est invit\u00e9e l\u2019humanit\u00e9. Quand elle se r\u00e9alise, J\u00e9sus est vraiment \u00ab la vie \u00bb.<\/p>\n<p>20 Est-ce celle dont Rimbaud disait qu\u2019elle est absente ?<\/p>\n<p><strong>3.3. \u00ab \u00c9tant tourn\u00e9 vers le sein du P\u00e8re \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Le temps du verbe n\u2019est pas l\u2019aoriste, mais le participe pr\u00e9sent \u00ab \u00e9tant tourn\u00e9 \u00bb et pas \u00ab se tournant \u00bb. Le temps du verbe est riche d\u2019une le\u00e7on th\u00e9ologique ! Trois perspectives se pr\u00e9sentent.<\/p>\n<p>Pour certains, c\u2019est une d\u00e9signation de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 divine. Elle dirait ce qui est \u00ab avant \u00bb l\u2019incarnation. Est-ce une reconnaissance de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de Dieu ?<\/p>\n<p>D\u2019autres disent que la formulation dit qu\u2019il s\u2019agit du Fils ayant achev\u00e9 sa mission et entr\u00e9 dans la gloire.<\/p>\n<p>D\u2019autres enfin disent que c\u2019est une permanence dans la relation du P\u00e8re et du Fils.<\/p>\n<p>Le P\u00e8re Ignace de La Poterie pr\u00e9sente une interpr\u00e9tation en coh\u00e9rence avec l\u2019ensemble du prologue dans son enracinement historique et son mouvement d\u2019ensemble. Le participe est au pr\u00e9sent ! Cela signifie que la pr\u00e9sence de J\u00e9sus dans le sein du P\u00e8re est dans l\u2019acte de r\u00e9v\u00e9lation \u2013 simultan\u00e9 donc ! Celui qui r\u00e9v\u00e8le est celui qui est tourn\u00e9 vers le P\u00e8re (v.1) et qui est dans le sein du P\u00e8re (v. 18).<\/p>\n<p>Le fait que ce soit un pr\u00e9sent permet de voir que pendant toute sa mission J\u00e9sus est en pr\u00e9sence du P\u00e8re. Cela sera traduit par l\u2019expression \u00ab Je suis \u00bb qui indique le pr\u00e9sent de J\u00e9sus qui dit de lui-m\u00eame : \u00ab <em>Je suis le pain de vie <\/em>\u00bb (6,35), \u00ab <em>Je suis la lumi\u00e8re du monde <\/em>\u00bb (8,12) \u00ab <em>La voie, la v\u00e9rit\u00e9, la vie <\/em>\u00bb (14,6). L\u2019expression d\u00e9signe une qualit\u00e9 stable qui est en lui et qui le place dans une situation singuli\u00e8re, puisque cette pl\u00e9nitude est marque du divin. Ainsi, \u00e0 notre avis, ce qui est affirm\u00e9 au pr\u00e9sent dans les r\u00e9cits de la vie publique de J\u00e9sus est repris dans le prologue par l\u2019expression \u00ab tourn\u00e9 vers le P\u00e8re \u00bb. J\u00e9sus est dans la pr\u00e9sence de Dieu d\u2019une mani\u00e8re qui n\u2019est pas occasionnelle. C\u2019est de cette situation que les disciples ont \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins. Ils en ont conclu que J\u00e9sus et Dieu n\u2019\u00e9tait pas s\u00e9par\u00e9 et donc conduit \u00e0 conclure qu\u2019il \u00e9tait le Fils. Ils rencontraient en J\u00e9sus un aspect de la vie de Dieu et conclu qu\u2019en J\u00e9sus se rencontrait l\u2019humain et le divin, le contingent et le transcendant, l\u2019histoire et la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>La structure du Prologue le confirme. Il y a une inclusion entre le d\u00e9but et la fin (<em>pros ton theon &#8212; eis ton kolpon tou patros<\/em>). Il ne s\u2019agit pas ici de sp\u00e9culation sur la vie interne de Dieu, mais sur le fait que par son orientation constante du Christ vers le P\u00e8re, J\u00e9sus manifestait le profond de son \u00eatre que J\u00e9sus exprime par le terme de \u00ab fils \u00bb.<\/p>\n<p>Les derniers mots du prologue introduisent au r\u00e9cit de la vie de J\u00e9sus. J\u00e9sus fait des \u00ab \u0153uvres \u00bb qui sont des \u00ab signes \u00bb.<\/p>\n<p>De cette mani\u00e8re, se manifeste la notion chr\u00e9tienne de r\u00e9v\u00e9lation. Pour les gnostiques21, la r\u00e9v\u00e9lation est un message tomb\u00e9 du ciel, secret et communiqu\u00e9 \u00e0 quelques privil\u00e9gi\u00e9s. Pour Jean, la r\u00e9v\u00e9lation est dans des \u0153uvres visibles par tous dont il importe de voir que ce sont des signes car ces actes permettent de voir que J\u00e9sus est tourn\u00e9 vers le P\u00e8re qui est aussi son origine. Mais encore : la r\u00e9v\u00e9lation n\u2019est pas comprise comme dans la litt\u00e9rature d\u2019apocalypse o\u00f9 le voyant voit des signes dans le Ciel (le monde d\u2019en haut) et les transmet \u00e0 ceux qui sont sur la Terre (le monde d\u2019en bas). J\u00e9sus n\u2019est pas un voyant qui porte un message : il t\u00e9moigne par sa vie, ses \u0153uvres et ses paroles. La r\u00e9v\u00e9lation est au sens strict<\/p>\n<p>21 Jean a le souci de r\u00e9futer les erreurs du gnosticisme naissant. Il le fait dans son \u00e9p\u00eetre mais aussi dans l\u2019\u00e9criture du Prologue.<\/p>\n<p>\u00ab incarnation \u00bb. C\u2019est l\u2019homme J\u00e9sus qui est le lieu de la r\u00e9v\u00e9lation. J\u00e9sus est donc \u00e0 la fois le r\u00e9v\u00e9lateur et le r\u00e9v\u00e9l\u00e9 : Ainsi le concept de vie ne concerne pas une action circonstanci\u00e9e ; il dit le plus profond de l\u2019\u00eatre de J\u00e9sus, le Fils \u00e9ternel, venu dans le monde et prenant la t\u00eate de l\u2019humanit\u00e9 nouvelle dans une nouvelle cr\u00e9ation. Tel est le c\u0153ur de ce que d\u00e9signe le concept de vie ! C\u2019est pourquoi J\u00e9sus dit de lui-m\u00eame qu\u2019il est la vie.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Au terme de ces analyses, il appara\u00eet que la d\u00e9finition prise pour l\u2019\u00e9tude de la vie est pertinente. Elle permet d\u2019\u00e9carter toutes les r\u00e9ductions scientistes ou mat\u00e9rialistes comme la vis\u00e9e qui se cantonne dans la spiritualit\u00e9. La vie se donne et se re\u00e7oit \u2013 elle se re\u00e7oit pour \u00eatre donn\u00e9e&#8230; Le langage de la g\u00e9n\u00e9ration est pr\u00e9sent dans le vocabulaire chr\u00e9tien. Il s\u2019enracine dans la mani\u00e8re de prier de J\u00e9sus qui est transmise \u00e0 ses disciples : Dieu est P\u00e8re. Le prologue souligne ce fait en parlant de la g\u00e9n\u00e9ration du Fils. Ce don fonde l\u2019existence chr\u00e9tienne qui fait du chr\u00e9tien plus qu\u2019un disciple, mais un \u00ab enfant de Dieu \u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi la vie qui est la relation du P\u00e8re et du Fils dans le mouvement \u00e9ternel leur amour, est partag\u00e9 par les chr\u00e9tiens enfants de Dieu. Les chr\u00e9tiens sont eux aussi dans le mouvement qui unit le P\u00e8re et le Fils. En ce sens, le Fils, le Logos incarn\u00e9, est la vie. Le don de la vie n\u2019est pas l\u2019ajout d\u2019une aptitude, mais une pl\u00e9nitude donn\u00e9e \u00e0 la racine de l\u2019\u00eatre dans une nouvelle cr\u00e9ation.<\/p>\n<p><strong><em>Envoi : une r\u00e9v\u00e9lation <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Au c\u0153ur du prologue nous lisons : \u00ab <em>Dieu personne ne l\u2019a jamais vu. Le Fils unique nous l\u2019a racont\u00e9 <\/em>\u00bb (v.18). Il y a au sens strict, une r\u00e9v\u00e9lation. Ce n\u2019est pas comme au Sina\u00ef dans l\u2019\u00e9clat qui terrifie ; elle est advenue est dans un fait que l\u2019\u00e9vangile donne \u00e0 conna\u00eetre : le Verbe s\u2019est fait chair. Les disciples ont contempl\u00e9 sa gloire. Ils ont d\u00e9couvert que J\u00e9sus \u00e9tait plus qu\u2019un envoy\u00e9 comme les autres, mais qu\u2019il \u00e9tait une gr\u00e2ce du P\u00e8re.<\/p>\n<p>J\u00e9sus-Christ n\u2019est pas seulement le r\u00e9v\u00e9lateur : il est la r\u00e9v\u00e9lation.<\/p>\n<p>Tel est le sens de la trilogie : voie, v\u00e9rit\u00e9, vie. La voie est le chemin qu\u2019il faut suivre dans la foi et dans les actes de charit\u00e9. La v\u00e9rit\u00e9 est la lumi\u00e8re qui \u00e9claire le principe et la fin et permet d\u2019aller de l\u2019avant dans la connaissance de Dieu. La vie est l\u2019origine (un don) et la fin (une gr\u00e2ce) ; elle est une pl\u00e9nitude communiqu\u00e9e. Cette origine n\u2019est pas sans contenu : elle est v\u00e9rit\u00e9. J\u00e9sus est la v\u00e9rit\u00e9, car il manifeste la pr\u00e9sence de Dieu et par ses actes et les paroles qui les \u00e9clairent il est \u00ab la voie, la v\u00e9rit\u00e9 et la vie \u00bb.<\/p>\n<p>Saint Matthieu de Tr\u00e9viers, Triduum pascal, 14-16 avril 2022 Jean-Michel Maldam\u00e9<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>3. La vie La troisi\u00e8me conf\u00e9rence prend en compte le troisi\u00e8me terme de l\u2019expression de J\u00e9sus qui est l\u2019objet de notre r\u00e9flexion : la vie. Le mot \u00ab vie \u00bb est au centre de toutes les perplexit\u00e9s de la tradition philosophique et religieuse, personnelle ou soci\u00e9tale. La preuve en est la richesse du vocabulaire. 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