Lumière d’Avent

Evangile selon saint Matthieu : «  Comme les jours de Noé, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme. 38En ces jours qui précédèrent le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, 39et les gens ne se doutèrent de rien jusqu’à l’arrivée du déluge, qui les emporta tous. Tel sera aussi l’avènement du Fils de l’homme. 40Alors deux hommes seront aux champs: l’un est pris, l’autre laissé ; 41deux femmes en train de moudre: l’une est prise, l’autre laissée. 

42Veillez donc, parce que vous ne savez pas quel jour va venir votre Maître. 43Comprenez-le bien: si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur devait venir, il aurait veillé et n’aurait pas permis qu’on perçât le mur de sa demeure. 44Ainsi donc, vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir. »

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Il est de tradition dans les pays européens du nord de placer dans les maisons une couronne, dite de l’Avent, faite de feuilles vertes où sont fichées des bougies. De la verdure et de la lumière,  de la vie et de la chaleur comme un défi à l’encontre du devenir du monde qui nous entoure ! Un défi, car quand vient le froid, quand la nuit s’allonge, quand les arbres fruitiers ont perdu leurs feuilles, il y a une angoisse : ce processus serait-il irréversible ? 

Est-ce là chose du temps passé ? Oui, mais pas seulement. En effet, le souci actuel face au dérèglement climatique prend le relais  et nous rappelle que le cours de la Nature n’obéit pas à notre désir et qu’il faudra nous soumettre à plus fort que nous, plus tenace et plus patient dans la longueur des âges. Jadis, dans les âges où la science n’était pas notre source,  les mythes exprimaient la même angoisse : Du déluge aux cavaliers de l’Apocalypse. Tous nous rappellent que notre vie est sous le signe de la précarité, de l’incertain, voire de l’imprévisible. L’évangile de ce jour le souligne. Jésus nous met en garde : il faut veiller.

Veiller, c’est d’abord être lucide. Ne pas se faire d’illusion : ne pas rêver. Ne pas faire de l’utopie le seul horizon de notre vie : un horizon qui nous dispenserait d’être présents au présent. Tel est le sens premier du mot veiller : être présent au présent.

Veiller, c’est aussi ne pas être prisonnier des apparences et ne pas nous laisser entraîner dans l’oubli. Ni le clinquant des objets de rêve, ni l’amertume du présent ne doivent être des prisons pour notre cœur. La lumière sur la couronne de l’Avent nous le dit à sa manière : Jésus nous invite à l’espérance.

Voici un point important de notre lucidité : hiérarchiser. Il y a les choses. Il y a le poids et l’opacité des situations. Mais au milieu il y a un trésor : la parole. La parole comme acte qui transcende la pesanteur. La parole qui donne sens. La parole humaine qui ouvre sur l’esprit et donc ouvre la voie de la lucidité et de la liberté : liberté de penser, liberté de tisser des liens qui vont au-delà de l’obscurité de la nuit, de la pesanteur des jours, de l’amertume des échecs et du manque.

La parole comme lumière : lumière reçue aujourd’hui de Jésus. Lumière reçue de nos frères et sœurs dans la foi et le chemin de vie ; lumière transmise dans la présence. Lumière qui va de génération en génération, dans la confiance et le partage. Cette parole qui est lumière.

Il n’y a pas que la lumière sur la couronne de l’Avent. Il y a la lumière dans notre regard, dans notre écoute, dans notre présence les uns aux autres. Il y a un appel dans le temps de l’Avent : devenir pour nos proches (parents, enfants, conjoints, compagnons, frères et sœurs, amis…) une lumière. Fragile, ô combien, mais précieuse.

Dans l’esprit de ce dimanche de l’Avent, un geste communautaire est posé. Notre communauté porte en sa prière les amis décédés ces derniers temps. Une bougie allumée au cierge de l’autel y est posée par un de leur proche. Elles forment une couronne de lumière, de lucidité et d’espérance. Les bougies allumées en mémoire de nos proches, de nos amis partis avant nous pour aller au-delà du temps qui passe, aller dans leur demeure d’éternité, nous rappellent que dans la tristesse du monde nous sommes porteurs d’une lumière dont le nom est : espérance.

Dimanche 27 novembre, premier dimanche de l’Avent

Dominicaines des Tourelles

Jean-Michel Maldamé